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De «je dois me débrouiller seule» à «nous pouvons nous adapter ensemble»
Pendant des années, Anne et Sylviane ont mobilisé une énergie considérable. L'une cachait sa malentendance, l'autre s'adaptait sans même comprendre que ses difficultés étaient liées à une perte auditive. Leurs parcours montrent qu'un tournant s'opère lorsque la communication devient une responsabilité partagée.
Les personnes malentendantes apprennent souvent très tôt à s'adapter. Elles anticipent les conversations, devinent les mots manquants ou évitent certaines situations. Ces stratégies permettent souvent de poursuivre une vie professionnelle, sociale et familiale riche, mais elles ont un coût. Les témoignages d'Anne et de Sylviane lors du dernier congrès annuel de la Fondation Audition Suisse (anciennement FoRom écoute) montrent qu'à un moment de leur parcours, une évidence s'est imposée: elles ne pouvaient plus porter seules tout le poids de la communication.
Cacher sa différence... puis décider de ne plus le faire
Pour Anne, la prise de conscience remonte à l'adolescence. Jusqu'alors, se perte auditive unilatérale ne lui avait pas posé de difficultés majeures. Tout change lorsqu'elle entre dans un pensionnat, où les repas sont notamment pris à une longue table. Ne disant rien de sa situation, elle subit les remarques de camarades qui interprètent ses difficultés avec rudesse. «Tu es sourde, ou quoi?», lui lance-t-on régulièrement. Pendant plusieurs années, elle vit cette réalité dans le silence.
A la sortie du pensionnat, elle prend une décision qui ne la quittera plus : dorénavant, elle annoncera d’emblée sa malentendance. Quitte à demander aux personnes de répéter ou de se placer du bon côté. Pour elle, cette transparence n'est pas une résignation. C'est une manière de permettre aux autres de comprendre la situation et d'adapter naturellement leur façon de communiquer.
Découvrir que l'effort peut être partagé
Le parcours de Sylviane est différent. Sa perte auditive n'est diagnostiquée qu'à 26 ans. Jusque-là, elle s'est adaptée, voire suradaptée, sans réaliser qu’elle était malentendante. Même après son diagnostic, elle continue pendant de nombreuses années à fournir de grands efforts, l’audioprothésiste lui ayant indiqué à l’époque qu’aucun appareillage adapté n’était possible. Dans son activité professionnelle, les colloques deviennent pourtant de plus en plus éprouvants. Elle s'équipe d'appareils auditifs, qui ne compensent toutefois pas entièrement sa perte auditive. Et elle continue de considérer que c'est uniquement à elle de combler l'écart avec les personnes entendantes.
Ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle réalise qu'elle peut aussi demander des adaptations à son employeur et à ses collègues. Aujourd'hui, elle insiste sur cette idée: les personnes malentendantes font certes la plus grande partie du chemin, mais leur entourage a également un rôle à jouer.
Mettre en œuvre des solutions... ensemble
Cette évolution se retrouve aussi dans les loisirs. Sylviane a suivi différents cours de danse et de tai-chi, mais elle a longtemps rencontré de grandes difficultés, faute de pouvoir suivre toutes les consignes. Aujourd'hui, elle a beaucoup de plaisir à danser le folk. Avec un micro Bluetooth qu’elle donne à la personne en charge du cours, elle reçoit les explications directement dans ses appareils auditifs, en même temps que les autres participants.
Mais encore faut-il expliquer son fonctionnement et, parfois, convaincre. Lorsqu'elle demande à utiliser le micro, ses interlocuteurs cherchent parfois d'abord une autre solution, plus proche de leurs habitudes: «Reste près de moi, je parlerai plus fort». Une proposition qui peut sembler bien intentionnée, mais qui ne correspond pas à son besoin. Sylviane doit alors rappeler que c'est elle qui connaît le mieux les adaptations qui lui permettent rééllement de participer dans les mêmes conditions que les autres. Cette expérience illustre le fait que, si les solutions techniques existent, elles ne sont efficaces que lorsque l'interlocuteur accepte lui aussi de s'adapter.
A l'inverse, l'entourage peut aussi se révéler spontanément un véritable allié. Anne raconte avec le sourire comment son petit-fils, alors âgé de 4 ans, expliquait tout naturellement à sa sœur que leur grand-mère n'entendait pas bien. Pour elle, ce souvenir montre qu'en parlant simplement de sa malentendance, on permet aussi aux autres de mieux comprendre la situation et d'apporter leur soutien.
Changer d’approche
Pendant longtemps, Anne comme Sylviane ont considéré que les difficultés de communication leur appartenaient. Avec le temps, elles ont compris qu'elles pouvaient exprimer leurs besoins et attendre, en retour, quelques adaptations de leur entourage. Un changement de perspective qui ne fait pas disparaître les obstacles, mais qui transforme une difficulté individuelle en responsabilité collective. Car une communication réussie ne dépend jamais d'une seule personne : elle se construit ensemble.
▶️ Pour découvrir ou revoir ces témoignages en vidéo, retrouvez l’interview croisée d’Anne et Sylviane sur YouTube.
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Photo © Sébastien Monachon
Témoignage
8 septembre 2026
Publié le :

Malentendance et formation: quand les conditions d’apprentissage font la différence
En ce début d'année scolaire et à l'approche de la rentrée universitaire, les conditions dans lesquelles on apprend ont toute leur importance. Selon une récente étude, 42% des personnes malentendantes rencontrent des limitations dans le suivi d’une formation. L’occasion de se rappeler que des ajustements parfois simples peuvent déjà faire une grande différence.
Un chiffre donne la mesure de l'enjeu: selon l'Indice d'inclusion 2026, 21% des personnes dont le handicap principal est auditif se disent fortement limitées et 21% plutôt limitées lorsqu'il s'agit de suivre sans problème une formation initiale ou continue. Publiée en mai 2026, cette étude réalisée par Grünenfelder Zumbach sur mandat de Pro Infirmis repose sur les réponses de 2'207 personnes en situation de handicap âgées de 16 à 64 ans et domiciliées en Suisse.
Apprendre, c'est aussi suivre les échanges
Suivre un cours ne consiste pas simplement à entendre l'enseignante ou l'enseignant. Il faut aussi comprendre les questions posées depuis différents endroits de la salle, prendre des notes tout en écoutant, suivre les interventions des autres ou encore participer à des travaux de groupe. Autant de situations dans lesquelles la façon dont l'information circule peut faciliter ou compliquer l'apprentissage.
C'est précisément ce que souligne aussi l'Indice d'inclusion 2026. Parmi les personnes en situation de handicap qui rencontrent des limitations dans le domaine de la formation, 31% indiquent que les conditions d'apprentissage ne sont pas suffisamment adaptées à leurs besoins, par exemple en ce qui concerne les outils pédagogiques ou le type d'enseignement. Cet obstacle est également mentionné par les personnes présentant un handicap auditif.
Mieux entendre, voir et suivre
Pour faciliter l'accès à l'information, différents leviers peuvent être mobilisés selon les situations: une bonne qualité acoustique, la réduction des bruits de fond, la visibilité du visage de la personne qui parle, des prises de parole organisées, des supports écrits, le sous-titrage ou certaines technologies d'aide.
Le projet «Voir pour comprendre», auquel participe notre fondation, rappelle plusieurs bonnes pratiques très concrètes. Parler face à la personne malentendante, avec le visage bien éclairé, prendre la parole à tour de rôle ou encore écrire les noms propres et les termes techniques peut considérablement faciliter les échanges. Dans une discussion de groupe, identifier rapidement qui parle est essentiel. Et lorsqu'une information importante est également disponible par écrit, elle ne dépend plus uniquement de ce qui a pu être entendu à un instant donné. Un autre détail compte en classe: éviter de parler en écrivant au tableau ou sur un flip-chart, lorsque le visage n'est plus visible.
Ces pratiques sont simples, mais encore faut-il les connaître. Une meilleure compréhension de la déficience auditive et des moyens d'améliorer la communication joue donc un rôle important. Notre fondation propose d'ailleurs des formations et sensibilisations destinées aux professionnels en contact avec des personnes malentendantes dans le cadre de leur activité.
Des moyens techniques et des aides
Les aides auditives et autres moyens techniques constituent naturellement une autre dimension importante. S’ils permettent de mieux accéder à la parole, ils ne compensent jamais entièrement les déficiences auditives et fonctionnent d'autant mieux que l'environnement et les pratiques de communication sont favorables.
Pour soutenir les jeunes dans leur parcours, notre fondation dispose notamment du Fonds Jean-Bernard Lathion, qui peut accorder une aide financière aux jeunes malentendants de 16 à 30 ans qui résident et suivent une formation en Suisse romande.
Reconnaître les difficultés, mais aussi les réussites
S'intéresser aux difficultés rencontrées est essentiel pour identifier des solutions, sensibiliser et améliorer concrètement la situation des personnes malentendantes. Mais il est tout aussi important de mettre en valeur les réussites.
Depuis 2004, notre fondation distingue chaque année des jeunes ayant mené à bien leur formation. En 2026, nous avons ainsi remis un prix à 32 jeunes issus de parcours scolaires, gymnasiaux et professionnels variés.
Cette distinction reconnaît les efforts accomplis et met en lumière les parcours de jeunes malentendants qui ont franchi avec succès une étape importante de leur formation.
Pour aller plus loin:
- Voir pour comprendre: conseils pour faciliter la communication avec les personnes malentendantes.
- Formations et sensibilisations de la Fondation Audition Suisse: sensibilisation à la déficience auditive et à la communication adaptée.
- Indice d'inclusion 2026: étude sur l'inclusion des personnes en situation de handicap en Suisse, Grünenfelder Zumbach, sur mandat de Pro Infirmis, mai 2026.
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Photo de Sincerely Media sur Unsplash
Point fort
1 septembre 2026
Publié le :

Menuhin Festival Gstaad: deux soirées placées sous le signe du partage et de l'accessibilité
Pour la quatrième année consécutive, la Fondation Audition Suisse a eu le privilège d'accompagner des personnes malentendantes au Menuhin Festival Gstaad. Rendues possibles grâce au renouvellement de notre partenariat avec les organisateurs du festival et au soutien d'une fondation donatrice, ces deux soirées ont une nouvelle fois allié excellence musicale, convivialité et inclusion.
Dans un article paru dans notre magazine en mai dernier, nous abordions les questions du droit à la culture et de la lutte contre l’isolement pour vous présenter les raisons fondamentales qui nous motivent à nous engager pour permettre aux personnes malentendantes de prendre part à des concerts et autres spectacles vivants. Aujourd’hui, c’est sur les moments partagés les 15 et 16 août derniers au cœur des Alpes bernoises que nous souhaitons revenir.
Deux soirées, deux univers musicaux
Près d'une centaine de personnes ont pris part à ces deux soirées. Le samedi 15 août, le spectacle «Celebration» a mis en vedette le Gstaad Festival Orchestra sous la direction d’Alexander Shelley, avec le violoniste Daniel Hope. Le programme incluait des œuvres d'Elgar et de Beethoven.
Le dimanche 16 août, Iván Fischer et son Budapest Festival Orchestra ont accueilli la pianiste Isata Kanneh-Mason. Le répertoire a notamment mis à l’honneur des œuvres de Rachmaninow et de Mahler.
Une accessibilité pensée dans sa globalité
Comme les années précédentes, l’objectif était de lever tous les freins à la participation, qu’ils soient auditifs, financiers ou logistiques. Grâce au soutien généreux d’un donateur anonyme, notre fondation a pu offrir la gratuité complète des billets.
A cette prise en charge s’ajoute l’installation d’une boucle magnétique dans la Tente du Festival, qui permet aux personnes équipées d’appareils auditifs disposant de la position «T» de recevoir directement le signal sonore dans leurs appareils. Des membres du conseil de la fondation donatrice ont également pu tester le dispositif au moyen de casques reliés à la boucle magnétique. Cette mise en situation leur a permis de faire concrètement l’expérience de cette solution d’accessibilité et de mieux percevoir ce qu’elle apporte aux personnes malentendantes. En quelques secondes, on comprend ce qu’aucune description ne peut faire ressentir.
Le transport gratuit en autocar a également contribué à lever les freins liés à la distance. Un départ depuis La Chaux-de-Fonds, avec des arrêts à Neuchâtel, Lausanne et Vevey, avait été organisé afin de faciliter l’accès au festival pour les participants venant de différentes régions. Le trajet a aussi constitué un premier temps d’échange avant même l’arrivée sur place.
Un apéritif dînatoire est venu compléter chacune des soirées, offrant un moment de partage dans un cadre privilégié. C’est également à cette occasion que plusieurs allocutions ont été adressées aux personnes malentendantes. Celle de Daniel Hope, directeur artistique du Festival, a particulièrement marqué les participants par la sensibilité et la justesse avec lesquelles il a évoqué leur situation. Une prise de parole d’autant plus forte qu’elle venait d’un musicien de son rang, au cœur même de l’événement.
La parole à celles et ceux qui y étaient
Au-delà de l’excellence musicale, ce qui reste de ces soirées, ce sont aussi les rencontres et les ressentis uniques. Voici ce que certains participants et participantes ont souhaité partager:
«Un grand MERCI pour ces moments inoubliables. Nous avons énormément apprécié les deux concerts et beaucoup de personnes autour de nous disaient la même chose.»
Christiane et Jacques
«Je tenais à vous remercier très chaleureusement de m’avoir donné l'occasion d’assister au magnifique concert de dimanche. Quelle soirée exceptionnelle vous nous avez offerte! Tout était parfaitement organisé, des transferts en bus à l’apéritif de bienvenue, sans oublier les excellentes places qui nous étaient réservées. J’ai passé un moment inoubliable et vous en suis extrêmement reconnaissante.»
Caroline
Ces deux soirées au Menuhin Festival Gstaad ont montré que rendre la culture accessible ne repose pas uniquement sur un dispositif technique. Cela passe aussi par l’attention portée aux personnes concernées, par les mots qui leur sont adressés et par la volonté de leur permettre de vivre pleinement ces moments de musique et de partage.
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Photo de Darrin Vanselow
Culture & Loisirs
25 août 2026
Publié le :












