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Publié le: 19 août 2018

Retranscription de la journée à thème – Après-midi, table ronde

Retranscription de la journée à thème – Après-midi, table ronde

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FOROM ÉCOUTE du 09/06/2018 à Lausanne

Après-midi – Table ronde :

TROIS ENJEUX MAJEURS POUR LE MALENTENDANT : ACCEPTER SA PERTE AUDITIVE, RÉUSSIR SON APPAREILLAGE, FINANCER SES APPAREILS

On reprend pour le fameux débat de l’après-midi. Vos questions sont les bienvenues.

Avant de commencer, l’un des participants présents ce matin m’a demandé de vous communiquer une information : une personne m’a demandé de vous informer que l’association avait aussi des modalités d’aide financière pour les personnes qui demandent des aides auditives.

Forom écoute tient également à votre disposition une liste de fondations à votre secours en cas de besoin.

Je travaille chez Acoustique suisse audition santé. Vous avez parlé du lyrique. Vous avez dit que l’appareil ne pouvait pas s’enlever et ne prenait pas en charge le lyrique. Mon information : actuellement, la personne a la possibilité de l’enlever. Allez-vous quand même prendre en compte ou pas ?

  • -Ce n’est pas le fait qu’il ne puisse pas l’enlever. Le lyrique, c’était toujours possible. Le problème, c’était de le remettre : il faut la marque de l’audioprothésiste. Vous devez l’insérer avec un microprocesseur à quelques millimètres du tympan. Dans la définition d’un moyen auxiliaire, il doit pouvoir l’enlever et le remettre tout seul.

L’AI est gérée par une fédération générale. Une question naïve, mais importante : comment faisons-nous pour avoir une loi fédérale et finalement des modalités cantonales très différentes ?

  • -Il y a la loi, et il y a la circulaire : ce sont des écrits avec une partie d’interprétation. Chacun a sa sensibilité et chacun peut ou pas accepter un terme dans une phrase. Dans le canton de Vaud, nous avons une sensibilité par rapport aux moyens auxiliaires. Nous l’avons lu, avec peut-être plus de largesse qu’à Genève. Pour l’instant, l’Ofas ne nous a pas dit que nous avions faux à Genève ou inversement. Les audits ont lieu chaque année, en septembre. Dans l’ensemble, sur la Suisse, on peut nous reprocher d’être trop généreux. D’un autre côté, nous ne souhaitons pas l’être moins.

Vous comprenez que cela peut donner l’impression qu’elles sont incomprises ?

  • -Oui c’est évident. Mais la circulaire prête à interprétation. Par exemple, pour une simple perruque, la circulaire ne parle pas de foulard. Alors que c’est accepté dans le canton de Vaud : cela recouvre la tête. Dans certains cantons, on la refuse parce que la circulaire ne l’a pas édité.

Est-ce que vous facturez vos prestations aux personnes ou c’est entièrement gratuit ?

  • -La prestation est entièrement gratuite.

Pour résumer pour tout ce qui est des personnes âgées qui ont une perte d’audition, j’ai remarqué que le docteur qui était là ce matin, par exemple, quand on va à la piscine, quand on dehors, on est obligé d’enlever ses appareils. On a donc des soucis au niveau de la communication. Par exemple, une personne âgée qui a des petits enfants, c’est extrêmement compliqué pour elle de communiquer. Il serait peut-être intéressant de faire une sensibilisation à la langue des signes, pour garder un minimum de communication.

À la télévision, on voit le journal interprété en langue des signes. Bien sûr, c’est un niveau élevé. Mais avec un minimum de langue des signes, cela permet aux personnes de communiquer avec leur entourage.

Il y a aussi tous les appareils avec les boucles.

Moi, quand j’étais petit, j’ai eu des appareils avec un micro. Très vite je l’ai enlevé parce que cela me dérangeait. Je respecte les gens implantés. L’important, c’est qu’il y ait un échange au niveau humain et une adaptation au cas par cas. C’est vrai, on apprend la lecture labiale. Mais un minimum d’apprentissage de la langue des signes serait intéressant.

En 1975 jusqu’à 1990, il n’y avait pas d’interprètes autrefois. Moi je communiquais avec mon père. Il nous fallait une aide. Chez moi, on a toujours utilisé la langue des signes. On a également eu des aides au niveau des flashs lumineux, etc.

Autrefois, il n’y avait pas d’interprètes alors on faisait plus appel à Pro Infirmis pour le quotidien. L’association nous aide beaucoup et je voudrais les remercier aujourd’hui pour toutes les démarches faites.

Peut-être que l’on pourrait demander à Pro Infirmis de donner des cours de langue des signes ?

  • -Je rebondis sur la question de l’aide financière pour des cours de LSF : sous condition de ressources, nous étudions toutes les demandes qui nous parviennent. Il ne faut pas hésiter à nous contacter, nous évaluerons les possibilités.
  • -Nous avons été sensibilisés à la culture sourde et à la langue des signes.

C’est vrai qu’on peut toucher un public qui est déjà celui de Pro Infirmis.

Nous avons la loi pour la suppression des inégalités qui doit permettre l’accès aux services publics pour les personnes en situation de handicap. Par exemple, les CSF ont 20 ans pour se mettre à jour. Le cadre législatif est là. Ensuite, à nous chacun de notre côté de renseigner de sensibiliser.

Concernant les cours, ils sont remboursés jusqu’à quel point ?

  • -Oui, nous remboursons les cours de lecture labiale. En général pour le premier appareillage, et on fait des exceptions pour des aggravations. Quand cela nécessite cette nouveauté en plus, on va l’octroyer. On aura une limite de nombre d’heures qui peuvent être dépassées sur prescription. Oui, on rembourse.

On entend souvent parler d’une liste reconnue AI. Mais tous les médecins ORL ne sont pas reconnus par l’AI et où trouve-t-on la liste ?

  • -En effet, tous les ORL ne sont pas reconnus. Le médecin ORL qui peut bénéficier de l’agrément doit faire les démarches nécessaires à Berne. Ce sont des formations coachées par un collègue qui a déjà ce bénéfice et il contresigne ses expertises pour validation. La liste est sur le site de l’Ofas. Mais si vous nous téléphonez, on va vous renseigner en vous donnant les ORL les plus proches de votre domicile sans préférence. On peut aussi vous transmettre la liste complète.
  • -C’est la même chose à Genève. Les ORL sont formés à l’hôpital. Il y a des ORL plus intéressés par les problèmes chirurgicaux.

Je suis malentendante, appareillée depuis l’âge de huit ans. Je fais mon premier renouvellement depuis la nouvelle loi qui est passée en 2008. C’est un peu difficile de voir qu’on devrait plus s’impliquer et parfois se justifier.

La dernière fois, on m’avait dit que j’avais choisi un appareil performant. Je n’ai pas trop réagi.

Mais je trouve cela difficile. Pour moi, ce n’est pas le choix d’un appareil plus performant, mais un appareil adapté à ma surdité. Moi, je veux bien un appareil simple ou moins coûteux, mais cela ne m’est pas utile. Je suis obligé de m’adapter. Je fais une demande de cas de rigueur. Je fais actuellement un burnout et je suis en arrêt de travail. Puis-je avoir l’espoir d’avoir ce cas de rigueur ?

  • -Pour avoir droit à un cas de rigueur, il ne faut pas travailler. Ce qu’il faut entendre : même une personne qui serait aujourd’hui au bénéfice d’assurance chômage aurait droit au cas de rigueur. Pourquoi parce que en lui refusant, on lui refuse le droit à travailler ? Donc on met une limite à sa réadaptation ce qui est contraire à l’article 21 de la loi AI. Logiquement, vous êtes toujours sous contrat donc toujours en emploi.

Concernant l’appareil : je suis tentée de le garder encore une deux années. Mais il n’y a pas de service de réparation. Faut-il changer tous les six ans même si on pouvait prolonger d’une année ou deux ?

  • -Au niveau de l’AI, on prend en charge la réparation au niveau de l’AI même s’il a huit ans.
  • -La limite du fabricant : c’est plutôt six ans.
  • -Je dois vérifier, mais le fabricant quand il met le dernier appareil sur le marché, il le répare encore pendant cinq ans. S’il est encore réparable par le fabricant, vous pouvez tout à fait continuer à conserver votre appareil. Ce n’est pas une obligation.

Cela dépend comment on fonctionne. Depuis la concurrence, j’ai des clients qui viennent avec des appareils de 7 – 8 ans et je fais une révision. En général, je fais un devis pour voir le coût de la réparation, et puis s’il faut le jeter dans trois mois. Je fais tous les réglages. Moi, je facture la consultation. C’est tout à fait faisable. C’est facturé.

Je me demandais si je devais prendre le risque de ne pas le changer si jamais ça ne fonctionne plus.

  • -Il m’est arrivé de voir des gens venir me trouver après six ans en me disant : « je voudrais un nouvel appareillage ». Mais ça fonctionne toujours. « Mais j’ai droit à un nouvel appareillage, même si je n’ai pas vu l’acousticien pendant six ans ». C’est dommage. Il faut aller voir régulièrement l’acousticien, faire des tests. Tant que l’audition ne change pas ou peu et que l’appareil fonctionne, il n’y a pas de raison de changer l’appareil au bout de six ans même si vous avez ce droit.

Est-ce que l’appareil le plus cher est forcément le meilleur ?

  • -Clairement, non. Pour moi, le meilleur est l’appareil le mieux choisi par rapport à la situation sonore dans laquelle on est.

Parfois, avec un appareil cher, j’ai parfois des résultats moins performants comparés à un appareil plus simple. Il faut tenir compte de la capacité du cerveau à décoder les données. Si cette capacité est limitée, la finesse ne sera pas décodée au niveau du cerveau. Ce n’est pas grave, mais c’est dépenser de l’argent pour rien.

Je viens de changer mon appareil, il est encore à l’essai. Ça se passe à Genève : j’ai bénéficié d’une action pour une reprise de mon appareil à CHF 1’000.- de rabais. Il sera utilisé dans le tiers-monde. Il ne sera pas jeté. C’était l’occasion de renouveler l’appareillage et de faire des essais avec le nouvel appareillage. C’est intéressant d’un point de vue écologique.

  1. Furioux, pouvez-vous expliquer à tout le monde ce que vous m’avez expliqué ? J’avais ce souci de passage des ondes dans mon cerveau à cause de l’appareillage. Comme nous sommes entourés par tout un tas d’ondes comme le wi-fi, etc., je pense que je ne suis pas la seule à être inquiète.
  • -La question était la suivante : si on met deux appareils qui communiquent l’un avec l’autre, est-ce que ces ondes vont endommager le cerveau ?

Ce sont des aides extrêmement faibles, bien plus que toutes les ondes, radios et wi-fi qui passent un peu partout y compris dans cette salle. Et on n’en a pas conscience.

On ne peut pas dire que le risque zéro n’existe pas. Mais si ces ondes-là vous font quelque chose, c’est que les autres ondes sont bien plus nocives.

J’ai eu une personne qui un jour ne souhaitait pas porter d’appareils pour cette raison. Je lui ai dit que les ondes à la maison étaient bien plus fortes.

Madame Francesconi, je représente l’Association romande des enseignantes en lecture labiale (ARELL). Merci pour les informations pertinentes de ce matin.

Une question à MM. Liard et Furioux. Quand une personne présentant un trouble auditif vient consulter chez vous, vous le médecin spécialisé au niveau médical, et vous ll’audioprothésiste spécialisé sur la technique, il me semble que c’est important dans le parcours d’une personne malentendante qu’elle puisse rencontrer des enseignants en lecture labiale.

Je pensais que les interactions des trois personnes pouvaient apporter un mieux-être pour la personne malentendante.

  • -Oui, moi sur Yverdon, j’en parle. Dès que je vois une personne pour qui la lecture labiale pourrait être intéressante, je lui donne les contacts. Ne serait-ce que pour avoir des renseignements plus précis. Après, j’ai rarement des retours ; c’est difficile de savoir si les personnes y vont.
  • -Dans ma salle d’attente, j’avais une affiche. J’en parlais, mais malheureusement, à Genève, il y a des réticences ; je me suis fait refuser une prise en charge par l’AI pour une personne déjà appareillée qui avait déjà bénéficié de tout ce qu’il fallait. Je ne site personne, mais à Genève on considère qu’une personne appareillée est normo-entendante et qu’il ne faut rien faire de plus. Ce qui est totalement faux. Visiblement, ça se passe nettement mieux dans le canton de Vaud.

J’ai une question concernant les prestations de l’AI qui ont constamment diminué depuis que je suis appareillé il y a 15 ans. C’est par rapport aux coûts et à la situation financière de l’AI. Ce qui m’ennuie, je suis malentendant depuis 15 ans ; si je change d’appareil, je dois repasser par l’ORL. Je n’ai jamais entendu que les oreilles se réparent d’elles-mêmes.

  • -Non, mais elles peuvent se détériorer. Cela reste une atteinte médicale ; le médecin reste le maître à bord. On doit suivre ses indications. C’est lui qui dit oui ou non. Ce sont ses données qui vont permettre le renouvellement ou pas.
  • -Pour répondre à Monsieur, oui, ce sont des coûts. Mais il n’y a pas que la baisse auditive qui peut intervenir, mais toutes sortes de pathologies. Nous avons une formation possible pour les détecter, mais on n’a pas l’assurance que chaque audioprothésiste peut voir sa maladie.

S’il y a un début de cancer ou quelque chose qui se développe dans l’oreille, le fait de passer chez le médecin, on est certain que ce sera pris en compte.

Si votre audition a baissé surtout dans les fréquences aiguës, on pense que c’est une atteinte neurosensorielle qui risque malheureusement de s’aggraver.

Mais il y a des patients qui ont des problèmes sur l’oreille moyenne et sur l’oreille interne. C’est important de savoir : est-ce l’atteinte de l’oreille moyenne qui s’est aggravée ? Ce qui va changer le regard de l’acousticien. Donc il est important de refaire une analyse.

Est-ce que les offices AI ont des objectifs chiffrés d’économie ?

  • -Vous déposez votre demande en janvier ou décembre, on n’a pas de quotas. L’avantage, nous ne sommes pas limités. On ne va jamais nous dire : vous avez payé trop d’appareils auditifs en 2016, en 2017 ou 2018. Je n’ai jamais entendu ce discours.

Je viens du Jura, je suis malentendante. Ce matin, on a abordé le sujet du cerveau. Cela m’a interpellé. La personne peut diminuer en audition. Mais on oublie de penser que le cerveau n’est peut-être plus correctement apte à un moment donné à enregistrer toutes les données de l’appareil auditif. Une question qui me préoccupe beaucoup ayant fait l’année dernière trois AVC en l’espace de quelques mois. J’avais perdu quelques neurones. Ma question : est-ce qu’il y a des moyens de récupérer un petit peu les pertes que j’ai eues au niveau de ces neurones ? Que peut-on faire ?

  • -D’une part, on a presque tous tendance à perdre l’audition. Le cerveau a une plasticité extraordinaire. Je pense qu’avec un entraînement, à définir naturellement, vous pouvez retrouver non pas des neurones, mais des connexions. Cela va dépendre de l’entraînement que vous aurez, qui va le faire, etc. Il faut savoir que les zones d’audition sont très diffuses surtout le cerveau.

Une fibre nerveuse, lorsqu’elle arrive au bas du cerveau dans le tronc cérébral, une arborescence extraordinaire va se faire sur toutes les aires cérébrales. Malheureusement, avec un AVC, on va perdre des neurones.

Merci docteur. C’est rassurant pour ce qui me concerne. Dans le sens qu’il faut rester toujours actif, s’intéresser et travailler.

  • -Absolument, il faut rester le plus actif possible. Vous devez porter vos appareils toute la journée même si vous êtes seule pour tout entendre.

Je travaille à l’Association Genevoise des Malentendants comme assistante sociale. J’étais très contente d’entendre M. Furioux raconter le problème des factures. Nous voyons beaucoup de personnes désemparées qui n’arrivent pas à payer leurs appareils. On demande aux audioprothésistes de fournir des factures détaillées. Très souvent, elles étaient complètement opaques, mais cela s’améliore. Il y avait un montant global qui mélangeait l’appareil et la prestation. On incite les malentendants à demander des comptes, ce qui est vraiment compris dans la facture.

  • -Il y a des audioprothésistes qui facturent du simple au double. Le travail effectué de manière très différente. Il faut bien poser des questions. Je sais que c’est compliqué de comparer pour un appareil auditif. Ce n’est pas comme les lunettes. Mais tout de même, il faut se poser la question, cela vaut la peine d’être curieux.

J’ai une question pour Mme Calcagno : vous avez dit que pour les cas de rigueur, les intras ne sont pas remboursés. Je n’arrive pas à comprends le motif de cette remarque, si c’est vraiment dans la loi comme ça ? On ne peut pas les rembourser ?

  • -Cela fait partie d’une circulaire éditée et envoyée aux assurés. On parle des contours d’oreille parce que c’est simple.
  • -On ne peut pas dire que derrière l’oreille c’est simple, et dedans c’est compliqué. Il y a une performance complète plus large dans les contours d’oreille que dans les intras. C’est plus restreint. Et notamment, dans les appareils avec plus de six fréquences, les intra ne vont pas aussi loin non plus. Mais ils sont plus chers, car il y a la coque. L’électronique est montée en fonction de la forme de l’oreille. Pour la même performance, un contour d’oreille sera moins cher qu’un intra.
  • -Effectivement, c’est inadmissible que les acousticiens facturent 5 voire 6 années de maintenance. L’AI devrait refuser des factures avec un montant global de plusieurs milliers de francs pour six ans.
  • -Les gens bougent beaucoup : si demain vous allez vous installer dans une autre ville, vous aurez payé CHF 3’000.- ou CHF 4’000.-. Et c’est perdu. Je trouve que l’AI pourrait refuser ces factures complètement gonflées.
  • -On le fait, on ne paye pas. Je l’ai présenté ce matin. La prestation de services, ce sont des prestations pour le futur. L’AI ne paye jamais pour le futur. Dans les cas de rigueur, on ne paiera pas la prestation de services, mais que le travail des audioprothésistes.
  • -Je n’ai pas à justifier : je suis audioprothésiste, mais aussi entrepreneur. On doit faire tourner une boutique : loyer, assurance, et on doit vivre avec un salaire. Si je me mets à la place du client, moi, je sais ce que je paye. Dans mes factures, il y a des frais de port. Il n’y a rien de gratuit : si vous venez chez moi, le nettoyage d’appareil, vous le paierez parce que j’utilise du produit désinfectant, une machine, un aspirateur. Ce sont des coûts. Je rends ce service payant. Au lieu de payer des grandes sommes diffuses, vous savez exactement ce que vous payez. L’audioprothésiste est le compagnon au long cours du malentendant. La relation n’est pas symétrique. Comme les opérations téléphoniques : c’est très compliqué. Comment faire pour avoir cette transparence ? Je ne peux pas me prononcer pour les autres. De plus en plus, il y a la transparence.

L’enjeu, c’est de ne pas payer plus que ce que l’on est censé payer. C’est très difficile à identifier pour le malentendant.

Personnellement, je fais toujours les mêmes examens qui coûtent tant. Chez certains patients, je vais le faire une fois en une heure. Chez d’autres, trois fois en 20 minutes. Je ne peux pas dire le nombre de rendez-vous. Après, pour le suivi, ça fluctue. Les gens reviennent et payent entre CHF 80.- et CHF 250.-.

Je suis l’épouse depuis 44 ans d’un malentendant sourd profond. Fin 2016, il a fallu que mon mari ait ses appareils qui tombent vraiment en panne. Sans appareil de remplacement pendant 2 mois ! On a une entreprise de peinture, on s’est toujours serré les rangs en famille pour l’aider. C’est la première fois que je mettais mon nez dans son univers de malentendant. Je l’ai accompagné chez le médecin ORL. Il nous a parlé de cochléaire. J’ai demandé à combien était sa surdité et on m’a dit, pour avoir un certificat de surdité, cela coûtera CHF 70.-.

J’ai parlé d’implant cochléaire quand j’ai su qu’il était 100 % sourd ce que mon mari n’avait jamais su. C’était le cas depuis 10 ans, c’est ce que nous avons appris. D’autre part, nous n’avons jamais été informés sur le cas de rigueur par l’ORL.

Mais quelle chance, mon mari a été implanté cochléaire et il entend ! Je trouve que ne pas donner une chance à un sourd profond, ce n’est pas juste. C’est une équipe formidable. Quelle chance ! Si on peut faire plus d’implants cochléaires ? Je posais la question et on m’a répondu : non.

  • -Je pense qu’on pourrait mettre beaucoup plus d’implants cochléaires. Au-delà du seuil de surdité de 90 dB, les cas de rigueur ne vont pas changer la donne. La seule chose à faire, c’est l’implant cochléaire. Personnellement, j’envoyais un certain nombre de patients vers l’implant cochléaire. Il y a des ORL qui sont plus intéressés par la chirurgie du cancer de la gorge et qui vulgairement s’en foutent de l’implant cochléaire. C’est une méconnaissance et c’est dommage. Si vous avez une surdité profonde et que le médecin ORL vous dit que ce n’est pas nécessaire, allez voir immédiatement un autre ORL. Il va vous envoyer au CHU de Genève. Avec les tests, on va déterminer que vous êtes un bon candidat ou non. Dieu merci pour votre mari, il est implanté et vous êtes satisfaits.

Oui et il s’est ouvert comme une fleur. Je le déplore, 10 ans en arrière, il était déjà sourd profond. C’est quand même de la responsabilité de l’ORL.

  • -Ce matin, je citais l’exemple des gens appareillés avec une prothèse conventionnelle. Plusieurs m’ont dit : le ” Docteur, il y a encore des oiseaux à Genève ». La première personne à qui j’ai mis des implants cochléaires était une personne âgée et son audition avait baissé progressivement dans sa seconde oreille. Jusqu’au jour où la prothèse conventionnelle ne lui donnait plus rien du tout. Je l’ai envoyé vers l’implant cochléaire. Et six mois plus tard le téléphone a sonné et c’était la dame. Une joie immense !

Est-ce qu’il y a une limite d’âge pour l’implantation cochléaire ?

  • -Par rapport au refus du cas de rigueur, j’aimerais ajouter : malheureusement, dans votre cas, ce n’est pas la profession ou le manque de profession de votre mari. Mais clairement, c’est que l’appareil ne servait à rien. Le professeur Maire l’a très bien fait ressortir de son rapport. On a fait un refus parce que c’était inutile. Du moment qu’on refuse, on ne paye pas.
  • -J’insiste pour qu’ils se fassent implanter parce qu’ils ne peuvent plus rien faire et ils ne veulent pas, pensant que c’est de l’argent jeté par les fenêtres, et qu’il y aura moins d’héritage pour les petits-enfants !

Je suis malentendante, ça a baissé. Je voudrais comprendre ce que Madame disait par rapport à l’implant cochléaire. J’ai vu l’audioprothésiste que je connais depuis 15 ans. Il m’a proposé des appareils d’une valeur de CHF 10 000.- à peu près. J’ai essayé, c’était moyen.

J’ai vu un autre audioprothésiste qui m’a dit : cela ne vous sert à rien ! Au stade où en est votre perte d’audition. J’ai vu M. Maire à Genève qui m’a dit la même chose. Mais si je n’avais pas eu ce réflexe, j’aurais acheté ses appareils alors que je n’ai pas tant d’argent. C’est très grave. Et puis, j’étais un temps intéressée pour apprendre la langue des signes parce que je ne comprenais plus grand-chose. Quand vous comprenez encore que vous apprenez à lire sur les lèvres et que vous ne pratiquez pas, vous n’arrivez pas à apprendre !

Michèle Bruttin, responsable Forom écoute. On a parlé de l’appareillage précoce. Pouvez-vous nous expliquer ce que c’est et pourquoi, M. Furioux ?

  • -L’appareillage précoce c’est quand on n’a pas encore les 20 % de perte pour avoir droit aux subsides. Personnellement, je fais toujours la différence quand les gens viennent pour faire un test auditif. Parce que les gens me disent : « Je suis gêné dans telle ou telle situation ». Ils arrivent à 18 ou 19 % de perte et on sait qu’ils n’ont pas droit aux subsides. Mais il faut bien faire la différence entre le besoin que l’on a et l’aspect financier. J’essaye d’être très clair. Actuellement, les appareils ont beaucoup évolué. On est très vite dans des appareils haut de gamme parce qu’ils ont le plus de subtilité et l’oreille perçoit encore des choses fines. On va être très sensible aux finesses. C’est un appareillage qui peut le faire. L’appareillage précoce permet d’améliorer une situation du quotidien sans les subsides.

Il va aussi réactiver toutes les connexions synoptiques dont on parlait avant et le cerveau est beaucoup plus large dans ses possibilités de compréhension.

Actuellement, avec les IRM, on sait qu’il n’y a pas que le côté gauche qui entre en matière. Je montrai à mes patients des photos de zones du cerveau qui s’activent suivant les langues. Plus vite on active le cerveau, plus vite il arrive à décoder.

Les gens rient parce que je porte des appareils, je suis entre 0 et 20 donc je n’ai pas de perte auditive officiellement. Parfois, je tends l’oreille. Je portais des appareils au début pour voir les subtilités des réglages et voir comment ça répond concrètement.

Et à force, je me suis rendu compte que c’est plus simple. Je les porte depuis deux ans alors que je n’en ai pas besoin, je peux vivre sans.

Mais mon entourage a pris l’habitude de mes appareils et mon fils qui a six ans me gronde quand je n’ai pas mes appareils. Je ne le comprends pas d’une pièce à l’autre. Ce n’est pas une obligation, c’est du confort.

Étonnamment, personne ne me pose des questions sur mes lunettes ! Et pourtant, ça se voit mieux.

Mes lunettes sont aussi des lunettes de confort, je n’en ai pas besoin. Mais le soir, je suis beaucoup mieux en ayant mes lunettes.

J’ai des tests faits par les ORL qui sont très incomplets ; je les ai faits moi-même pendant de longues années. On teste des sons purs dans le silence et on dit : ” l’appareillage n’est pas nécessaire ». Mais il y a des gens qui ont vraiment des troubles de la compréhension entre 0 et 15 décibels.

Il y a des tests beaucoup plus poussés qui montrent les défaillances qui ne sont pas suffisamment marquées pour avoir des encoches à l’audiogramme.

Je me souviens d’un patient qui était musicien qui me disait : « Je sais que j’ai un trou à 5245 Hz ».

Vous allez tester le 4000 et le 6000. Et si vous avez un audiomètre suffisamment sophistiqué qui vous permet de faire des tranches par décibels à 5245 vous avez une grosse encoche. Cette personne était extrêmement gênée pour comprendre certaines consonnes parce qu’il y avait un tel trou qu’il ne pouvait pas comprendre. Si vous avez un clavier de piano devant vous ; si vous voulez entendre le la de la quatrième octave et que cette touche n’existe pas, vous pouvez appuyer sur la note précédente : le sol ou la note d’après. Mais ce ne sera jamais le la, ce seront d’autres sons.

Dans l’oreille, vous pouvez avoir des encoches auditives très gênantes qui donnent des troubles de la compréhension, mais qui ne se voient pas à l’audiogramme tonal.

L’AI se base sur des tabelles qui sont sur 500/1000/2000/4000/8000. La personne peut ne pas correspondre aux critères de l’AI alors qu’avec un appareillage la personne aurait un confort.

Alors c’est du confort ou c’est indispensable ?

  • -Cela dépend de la profession des gens. Un prof d’université avait une perte sur les 6000 et 8000, mais les dames en haut de l’auditoire qui parlaient doucement, il ne pouvait pas les comprendre. Avec l’appareil, il les comprenait.

Une précision : il y a les quatre fréquences et trois intensités : 50 dB, 70 et 75 dB. On calcule chaque intensité qui a une valeur, et cela amène à la perte des 20 % qu’il faut.

Actuellement, on est obligé de faire cela pour répondre aux critères de l’AI. Mais sur le terrain, on mesure beaucoup plus de fréquences. Et personnellement, je mesure la compréhension dans le bruit.

Vous prenez un appareil moyen et un haute performance dans le silence, il n’y aura pas une grande différence, le résultat sera plus ou moins identique.

Mais si on ajoute du bruit dérangeant avec de la voix derrière, il y aura une plus grande différence au niveau de l’appareillage : un appareillage performant va beaucoup plus filtrer et on aura un résultat de compréhension beaucoup plus grand qu’avec un appareillage bas de gamme moyen.

Les tests ont du mal à suivre. Mais les appareils évoluent.

Quelque chose m’a interpellée quand vous avez parlé des cas de rigueur et les intras qui ne sont pas pris en charge. Je porte des intras et j’ai mon cas de rigueur. Est-ce propre à chaque canton ? Je ne comprends pas.

  • -C’est peut-être propre à vous-même. Il faut comprendre qu’on se met au simple et adéquat par rapport à la personne même. N’oubliez jamais que derrière un bureau ou un office que ce sont des êtres humains comme vous qui travaillent. Vous avez peut-être eu de la chance, je ne connais pas votre dossier. Le gestionnaire qui valide la facture ne l’a pas vu. La centrale de compensation qui vous a remboursé ne l’a pas vu non plus ; vous êtes passée entre les gouttes et vous avez eu la chance de voir votre intra pris en charge.

Donc on ne peut pas faire une généralité en disant que tous les intras n’entrent pas dans le cas de rigueur ?

  • -Normalement, cela ne devrait pas. Mais si le professeur Maire du CHUV nous explique que seul cet appareil-là vous convient, on ne peut pas aller contre les avis médicaux.

Je n’étais pas sur le canton de Vaud, mais sur un autre.

  • -Je l’ai dit, la loi est interprétative : il y a des cantons qu’il applique aux mots. D’autres sont plus souples et puis il y a le bon sens. Il faut réfléchir avant de déménager !

Grégoire, secrétaire bénévole au sein du Conseil de fondation de forom écoute. Concernant le cas de rigueur puisque nous sommes sur ce terrain-là, moi je suis en formation. J’ai un emploi d’étudiant. Je travaille dans un supermarché au contact des clients. A forom écoute, on a aussi énormément de contacts. Est-ce que si je me lance dans un cas de rigueur, est-ce que je peux espérer l’obtenir ?

  • -Même sans l’aide de Pro Infirmis, à mon avis. Le premier critère pour accéder au cas de rigueur, vous êtes étudiant. Une activité ou une formation professionnelle.

Le montant de CHF 4’607.-c’est sur une année. J’ai omis de le signaler ce matin.

Je rebondis sur la complexité du dossier sur les cas de rigueur : c’est pour mieux apprécier chaque cas ? Ou c’est une chicane pour décourager les malentendants ?

  • -Pour les cas simples qui représentent les gens en formation, les étudiants, les personnes qui travaillent, c’est beaucoup de tracasseries administratives : on pourrait se baser simplement sur une attestation d’études.

Mais les démarches prennent tout leur sens pour une mère au foyer. On doit clairement déterminer à quel point elle est avec ses enfants, qu’a-t-elle besoin d’entendre ?

Jusqu’à un certain âge, je ne suis pas choquée qu’une maman avec de jeunes enfants nous demande un cas de rigueur, et que nous l’acceptions, il y a une question de sécurité pour l’enfant et une question de dignité pour la maman.

Je suis une maman, j’ai été heureuse d’entendre les retours des instituteurs sur les enfants, de participer à leur sortie, d’aller chez le pédiatre sans un interprète à côté de moi, etc.

Mme Couso et M. Nisticò, avez-vous ce sentiment-là ? Les dossiers sont là pour apprécier le cas de la personne réellement ? Ou avez-vous l’impression d’une chicanerie sur le plan administratif ?

  • -Pour les situations où l’on sait que cela va aboutir, c’est beaucoup d’administration, bien sûr. Mais de répondre à certaines normes, certaines lois qui sont là. Si on veut pouvoir obtenir quelque chose, il faut simplement répondre à ces questions-là. On n’a rien sans rien.

Il faut parfois donner un peu de son temps ; perdre du temps pour des choses agréables pour obtenir quelque chose de plutôt agréable au bout.

Bien sûr, il y a des démarches embêtantes. Mais on s’y soumet. On y va à fond et on fait ce qu’il faut faire sans trop se poser de questions. Nous sommes des assistants sociaux. Nous ne sommes pas les meilleures personnes pour répondre sur l’aspect administratif.

  • -Je veux ajouter que moi je suis audioprothésiste, je n’aime pas l’administratif. J’aurais volontiers passé les premiers cas de rigueur par la fenêtre ! Et après je me suis posé des questions, je me suis renseigné. Actuellement, je ne les trouve plus du tout compliqués. Je comprends les garde-fous. J’ai eu une maman qui a l’âge d’être grand-maman ; elle a obtenu son cas de rigueur parce qu’elle gardait des enfants. Si on sait à quoi il faut répondre, les indications, finalement, c’est 1,5 page de rapport écrite facilement.

Si elle n’entend pas, un enfant peut partir, se noyer dans la baignoire, etc. Si on met ce genre de choses, si on donne des données techniques, du premier coup ils ont toutes les réponses et cela se passe relativement vite. Mais c’est à l’audioprothésiste de se renseigner.

Je ne laisse pas mes clients faire le rapport tout seuls : je propose de le faire. Je sais qu’il y aura des demandes supplémentaires. Je donne tout de suite les réponses avant qu’on me pose les questions !

Anne Grassi de forom écoute : j’ai une demande pour Mme Calcagno. Vous avez dit que lors d’un premier appareillage, il est possible d’obtenir des cours de lecture labiale : il s’agit de cours privés ou en groupe ?

  • -Dans le cadre de cours privés, cela doit être justifié.

J’ai deuxième question pour vous : qui interpelle les malentendants de manière générale. Pourquoi six ans pour les gens en âge AI, pourquoi cinq ans pour les gens en âge AVS ?

  • -On a peut-être voulu faire une fleur pour les gens AVS. Je n’ai malheureusement pas de réponse à cette question.

Oui, parce que je me dis que les personnes en âge AI travaillent et l’usure est plus rapide quelque part que les gens en âge AVS.

Une dernière question : je crois que le remboursement de l’AI en règle générale n’est parfois pas rapide. Le malentendant attend son remboursement et l’audioprothésiste doit gagner sa vie. Est-ce que les délais vont se raccourcir un jour ?

  • -Rétrécir les délais, on a déjà fait. Nous avons gagné quelques semaines sur les années. A l’heure actuelle, nous sommes environ à six semaines à partir du moment où nous réceptionnons la facture. Il faut comprendre que les offices AI n’ont pas d’argent : nous sommes des organes décideurs. Nous rendons des décisions, les assurés nous transmettent leurs factures que nous contrôlons et validons. Mais c’est la Caisse de compensation de Genève qui verse les montants. Le gestionnaire, l’enregistre par le service AI puis l’envoie à Genève avec de nouveau un contrôle. Nous, des choses nous échappent. Eux, ils retrouvent des erreurs et les factures sont payées. Mais il faut six semaines pour tout cela.

J’ai une question pour M. Furioux. A forom écoute, nous recevons de plus en plus de demandes de personnes qui ont des proches décédées et des appareils qui ne sont plus utilisés et pourtant qui sont neufs. Les gens demandent où envoyer les appareils pour récupération.

  • -Il n’y a pas d’organe précis. Chaque audioprothésiste fait différemment. De mon côté, je récupère les appareils les plus récents, ceux qui ont moins d’une année. J’essaye de les revendre d’occasion aux personnes qui sont dans le besoin. Et cela fait un petit pécule à la personne qui les vend. Les appareils un peu plus anciens n’intéressent personne. J’ai essayé.
  • -Je travaillais avec une infirmière qui amène les appareils à différents organes. Plus pour des enfants défavorisés qui n’ont pas les moyens de se payer des aides auditives. Elle va là-bas et elle s’occupe de l’adaptation.
  • -Il faut demander aux audioprothésistes s’ils les reprennent ou pas et ce qu’ils en font.
  • -Apportez-les à l’Association genevoise des malentendants. Nous nous chargerons de les redistribuer aux personnes qui en ont besoin.

Quand on arrive à l’âge AVS, si on a eu avant une rente d’impotence, est-ce qu’on continue de l’avoir ?

  • -Il y a un droit sur l’allocation d’impotence également.

Je suis très sensible au fait d’avoir entendu, quand on est maman, c’est hyper important. Mais après ? Le handicap reste. Il reste même plus lourdement avec l’âge, la concentration diminue, le stress au travail augmente. Il y a encore des choses à vivre. La surdité au niveau de l’exclusion, c’est beaucoup de personnes qui sont amenées à déprimer. Porter un appareil, c’est primordial. Pour soi, pour son entourage, sa famille. J’avais juste envie de dire ça.

Enseignante en lecture labiale, j’avais une question au niveau de l’AI. Avant 2011, les personnes qui étaient nouvellement appareillées ou qui faisaient un changement d’appareil devaient retourner chez leur médecin ORL pour faire une expertise pour juger si l’appareillage était conforme. Ce qui fait que Madame a dû payer CHF 7’000.- pour rien. S’il y avait eu cette contre-expertise, le médecin ORL se serait aperçu que l’appareil ne servait à rien. Je trouve que c’est dommage, il n’y a plus de contrôle.

Il y a de très bons audioprothésistes, mais il y a aussi des vendeurs.

  • -Il y a aussi des ORL qui sont moins bons !
  • -Je veux vous dire que je regrette, je suis un peu gêné pour vous le dire, mais je le dis quand même, les expertises 1 et 2 étaient nettement trop payées par l’AI. C’est pour ça que l’expertise 2 est tombée. L’AI devant faire des économies, elle a supprimé. Quand il y avait l’expertise 2, je calculais le gain réalisé par les audioprothésistes et je téléphonais à l’audioprothésiste et je disais : ” Il n’y a aucun gain”. Vous enlevez l’appareillage et on en rediscute.» On serait arrivé à l’idée d’autre chose comme l’implant cochléaire. Parce qu’on voyait des choses mal faites, donc je regrette la fin de ce contrôle.
  • -Je le regrette aussi. Personnellement, je fais toujours un contrôle. Et j’envoie une copie au médecin de famille.

Certains patients me disent : « il n’y a pas d’amélioration ».

Et quand je montre les graphes, ils disent : ” ah oui, c’est quand même beaucoup ».

J’ai l’exemple d’un client qui était énervé parce que quand il parlait à sa femme à l’étage dans sa chambre la porte fermée alors qu’elle était dans la cuisine faisant un rôti, il était très fâché. Je lui expliquais que ça ne fonctionnerait jamais même à ce prix-là. Mais elle avait un très bon résultat. J’ai montré le graphe et les choses ont été beaucoup mieux.

Nous, audioprothésistes, nous ne sommes plus non plus obligés de faire ce test. Néanmoins, vous êtes en droit de le demander.

Je rebondis par rapport à ce que vous avez dit ; ce qui m’interpelle j’espère que ce témoignage apportera quelque chose aux autres. Mon mari a été appareillé fin 2016.

L’expertise a été faite le 15 août 2017 au CHUV pour apprendre que ses appareils ne servaient à rien.

Mais si nous n’avions pas fait cette demande de cas de rigueur, mon mari serait toujours sourd profond avec des appareils qui ne servent à rien.

Moi je mets aussi en compte le médecin ORL ; quelque part, il n’a pas fait son travail.

J’ai appris en allant rechercher 10 ans en arrière les audiogrammes pour le HUG, j’apprends qu’il était déjà sourd profond 10 ans en arrière.

Donc ce médecin ORL : que devrais-je faire ? L’interpeller ? Ce serait pour les autres, pas pour nous. Mais je pense qu’il a une responsabilité.

  • -Quand on a des doutes, il ne faut pas hésiter à demander un deuxième avis médical. Les gens viennent chez moi simplement pour me demander si leurs appareils sont bien réglés. Je fais des tests et je leur montre les courbes. Et de temps en temps je dis : il ne faut pas changer les appareils, mais on peut faire de meilleurs réglages. Je le fais et je facture.

Et je prends le temps de faire l’examen en indiquant le coût ; mais parfois, je dis que l’audioprothésiste a fait le maximum et qu’on n’obtiendra rien de mieux.

  • -On pourrait demander à Raphaël Maire les courbes réalisées avant ou après implant cochléaire. Peut-être qu’il comprendrait ?

Pour ceux qui ont une ouïe à 100 %, comment pouvoir la conserver ? Comment préserver son audition. Une question pour l’ORL ?

  • -Ce n’est pas évident ! La première chose à faire, essayez d’éviter d’être exposé à des bruits. Mais il y a des choses que vous ne pouvez pas éviter malheureusement.

Je me souviens d’une jeune femme qui était venue me voir après un concert de rock. Elle n’avait rien trouvé de mieux que de se mettre la tête dans les colonnes pendant longtemps. Elle avait une surdité très gênante, des acouphènes, elle était vraiment mal dans sa peau.

Il faut moins s’exposer au bruit, mais on pourra protéger ses oreilles.

Mais d’autres choses peuvent entrer en ligne de compte : des médicaments par exemple.

Dans des maladies graves comme certains cancers, hélas on utilise des substances comme le cisplatine : chez 20 à 30 % des gens, cela aboutit à une surdité. Il faut jongler entre préserver la vie et prévenir la surdité.

D’autres antibiotiques peuvent entrer en compte qui ne sont pas utilisés dans la pratique courante, mais pour des cas graves. Mais il y a des choses que vous ne pouvez pas éviter.

La surdité qui arrive sur une personne qui se trouve à un arrêt de bus : il tape avec la roue contre le trottoir, le pneu éclate.

Les pathologies appelées les surdités brusques idiopathiques. Idiopathiques = on ne sait pas ce que c’est. Des gens ont une audition normale et en l’espace de très peu de temps, une heure ou deux, l’ouïe est perdue sur une oreille voire les deux oreilles. C’est rare, malheureusement on ne peut rien faire.

  • -Je dois dire que c’est difficile de faire de la prévention. J’essaye, mais c’est difficile. Dans la mesure du possible, il faut toujours mettre des protections auditives dès qu’on est dans des situations bruyantes. Actuellement c’est facile. On peut aussi faire des protections sur mesure. Je les ai dans ma poche personnellement depuis 10 ans. Il ne faut pas aller à des concerts devant les colonnes sans protection.

Et je le dis pour les plus jeunes, il faut avoir des temps de récupération : ne pas être constamment exposé au bruit.

On se lève : on met la radio. Sur le chemin il y a les baladeurs. Et puis de la musique en arrière-fond. Il y a toujours une sollicitation. L’oreille est fatiguée, elle s’use plus vite. Des moments de silence reposeraient qui reprendra des forces.

J’ai une question pour Mme Calcagno sur l’expertise de l’AI. J’ai entendu que l’AI doit faire des économies. Mes cheveux se sont dressés. Parce que vous faites des économies sur des personnes qui ont besoin des moyens auxiliaires pour vivre normalement. Je trouve ça injuste.

Moi, je suis malentendante. J’ai deux appareils acoustiques, j’ai perdu la vue. On a besoin d’avoir des moyens auxiliaires pour vivre plus ou moins normalement et de façon autonome. Et on doit recevoir moins d’argent, moins de soutien financier parce qu’il faut économiser !

Alors qu’il n’y a pas seulement des personnes avec un handicap et des besoins auxiliaires. Il y a d’autres handicaps qui n’ont pas de besoins. C’est là qu’il faut économiser. Mais pas chez nous.

  • -J’entends très bien. Je comprends. Les économies sont faites sur les moyens auxiliaires, des grandes économies ont été faites puisque nous faisons beaucoup de réadaptation des personnes dans des activités adaptées à leur handicap.

Au niveau des moyens auxiliaires, la principale économie a été faite sur la deuxième expertise : après, le montant du forfait est discutable c’est vrai. L’Ofas a expliqué que c’était pour faire marcher la concurrence des prix. On le sait, les appareils ne sont pas au même prix chez X que chez Y. Mais j’entends très bien ce que vous voulez dire.

On peut ajouter que c’est le législateur qui a fixé cela. Vous appliquez les lois.

  • -Oui, le législateur est là. Quelque part, on a tous notre part de responsabilité puisque c’est le législateur qui le met en place. A un moment donné, ils prennent des décisions et nous appliquons. Nous sommes des exécutants de la loi : mais ne pas confondre, nous ne sommes pas toujours d’accord avec les décisions. Mais nous devons les appliquer.

Au niveau de la prévention. Je suis moi-même malentendant. Je dis à mes amis qui vont dans des boîtes, qui écoutent de la musique très tard, je leur dis de mettre des bouchons d’oreille.

Les gens ne savent pas ce qu’est être malentendant. Ceux qui vivent avec moi peuvent un peu l’imaginer, mais malgré cela, c’est très difficile de faire de la prévention.

Je vous encourage à faire de la prévention, c’est un combat commun, je vous invite à nous aider dans ce combat pour éradiquer ce fléau. On n’y arrivera jamais, mais au moins que les plus jeunes ne soient pas touchés !

Michèle Bruttin : je n’ai pas seulement des questions, mais plutôt des encouragements. Pour nous, en tant qu’organisme subventionné par l’Ofas, on doit toujours justifier les ayants droit avec différentes questions comme le questionnaire d’aujourd’hui : nom prénom adresse, entendant malentendant, bénéficiaire d’une aide AI…

On se rend compte que les conseils que l’on donnait avant qui étaient bien plus importants en quantité, on en donne moins parce qu’il y a le site Internet.

Mais on a toujours la difficulté de savoir à qui on à affaire. Pour nous, la personne entendante qui pose des questions par rapport à la malaudition par rapport à un proche ou simplement pour le savoir n’a pas forcément la manne de l’Ofas.

Je vous encourage à participer à des journées comme celle-ci. Mais je vous invite à relayer l’information par exemple par forom écoute : posez des questions. Nous avons une journaliste qui peut relayer par le site mais également par des partenaires.

On a nos enseignantes en lectures labiales qui sont en bon nombre aujourd’hui et qui donnent aussi l’information sur le terrain. Je les remercie. On a des personnes qui sont venues aujourd’hui pour écouter les orateurs de qualité. Il faut vraiment pouvoir exprimer tout ce qu’on ressent.

On vient d’avoir l’Ofas pendant deux jours en audit. Plus on aura d’informations pour prouver que les malentendants sont moins visibles par leur handicap, alors tous les témoignages que nous pourrons relayer auront bien plus de force. Que ce soit pour la lecture labiale, les cas de rigueur, vous pouvez nous écrire. Nous sommes plusieurs au front, et c’est notre rôle, indépendamment de notre devoir, de pouvoir relayer plus haut pour dire : attendez, voilà ce qui se passe !

D’autant plus que pour 2020/2023, il y a un nouveau crédit Ofas. Et l’Ofas va revoir les ayants droit qui sont leur priorité par rapport aux proches et personnes de référence.

N’hésitez pas à nous déranger.

Je dois mettre des appareils pour garder mon permis de conduire. Est-ce que cela fait cas de rigueur ?

  • -Clairement pas.

Vous êtes au bénéfice d’une rente AVS ? Vous avez 70 ans ?

Non, je ne fais que du bénévolat.

  • -Vous n’avez pas bénéficié de cas de rigueur avant 65 ans. Alors, clairement pas.

J’ai une question sur les acouphènes. Qu’est-ce qu’on peut faire ? Je ne sais pas si c’est le sujet d’aujourd’hui, mais j’aimerais comprendre ce que l’on peut faire. Le matin, parfois je me réveille avec des acouphènes tellement forts que je ne peux plus me rendormir même s’il est 4h00 du matin.

  • -C’est une question extrêmement difficile et compliquée, il faudrait refaire une journée comme celle-là.
  • -Dans la grande majorité des cas, il n’y a pas grand-chose à faire. On propose des médicaments pour lutter contre les acouphènes. Mais les gens reviennent voir en disant : « ça ne joue pas, ce n’est pas le bon médicament ». Mais alors on en essaye un autre.

J’ai beaucoup travaillé avec un sophrologue : l’objectif c’est de mieux vivre avec l’acouphène, mais pas de le traiter.

On ne connaît pas l’origine des acouphènes : mais on s’aperçoit qu’ils ont tendance à survenir avec la perte de l’audition. En tout cas dans bon nombre de cas.

C’est un peu la douleur fantôme de l’amputé : quelqu’un n’a pas sa main, mais il ressent ses doigts.

En fait ce ne sont pas ses doigts puisqu’il ne les a plus, mais ce sont les boucles au niveau de son cerveau qui ne fonctionne pas. Il y a une surdité, peut-être que cette boucle est rompue. Cela pourrait expliquer un certain nombre de cas d’acouphènes.

Par exemple, Monsieur qui a un implant cochléaire, s’il avait des acouphènes avant, on est très surpris par certains patients qui reçoivent un implant cochléaire et qui disent : « Non seulement j’entends, mais en plus je n’entends plus mes acouphènes ». Le fait d’avoir redonné une information au cerveau, les acouphènes sont fortement atténués. C’est ce qui explique peut-être l’hypothèse que la boucle est interrompue au niveau du cerveau.

Mais pour le moment aujourd’hui, dans la grande majorité des cas, on n’a rien à proposer.

Les acouphènes peuvent être aggravés par toutes sortes de choses : exposition à des bruits, des médicaments. A partir d’un certain âge, on a des médicaments. Moi, je faisais le toilettage des médicaments = je supprimais tout ce qui était inutile.

Cela se fait avec le médecin traitant. S’il n’est pas nécessaire, pourquoi prendre un médicament ?

Il faut contrôler ces paramètres vitaux, l’hypertension artérielle, etc. Et faire attention à ce que l’on consomme.

  • -Pour répondre, je suis en train de mettre en place une prise en charge acouphènes. C’est très complexe. Seul, on ne peut rien faire. C’est de concert avec le médecin de famille, l’ORL, l’audioprothésiste. Et après, on propose un accompagnement pour avoir une influence, pour changer les habitudes du cerveau.

On travaille avec la sophrologie, et on a des résultats avec la thérapie comportementale cognitive et l’EMDR. C’est long.

Mais j’ai des premiers résultats positifs qui commencent à venir pour les gens qui sont d’accord pour participer à cette chaîne d’ensemble.

Forom écoute a mis en place un groupe de paroles pour les personnes qui souffrent d’acouphènes avec un accompagnement en sophrologie. Il n’y a pas eu assez d’inscrits, mais le groupe est ouvert à ceux qui souhaitent participer. C’est sur le site internet www.ecoute.ch.

  • -Charaf : un grand merci aux orateurs, Mmes Calcagno, Couso et MM. Furioux, Liard et Nisticò dêtre venus aujourd’hui et d’être restés cet après-midi pour le jeu des questions-réponses.
  • -Grégoire : Je veux remercier Charaf qui a accueilli les orateurs et qui a animé l’après-midi.

Je remercie tout le staff qui a participé à la mise en place de cette journée, le comité de fondation,

l’équipe de Scop Le Messageur, Marc Rapelli le technicien du Musée Olympique.

Et merci à vous tous pour votre présence aujourd’hui.