Anaïs Avert : « ma vocation ? Aider les autres ! »

Née en 1999, sourde de naissance, Anaïs Avert vit à Villars-Sainte-Croix, dans le canton de Vaud, où elle suit un apprentissage d’assistante en soins et santé communautaire. Rencontre avec une jeune fille joyeuse et bien dans sa peau qui s’épanouit entre ses études et sa famille.

En juin dernier, vous avez reçu le Prix aux élèves malentendants, décerné par forom écoute….

Je ne m’y attendais pas, et ça m’a fait plaisir. Je l’ai vécu comme une reconnaissance des efforts que j’ai fournis, quelque chose qui montre que nous ne sommes pas oubliés !

Depuis quand êtes-vous malentendante ?

En fait, je suis sourde, probablement depuis la naissance, mais on ne s’en est rendu compte que vers l’âge de 3 ans, quand j’ai eu du retard pour commencer à parler ! C’était une surdité profonde et j’ai été appareillée aussitôt des deux oreilles. En plus en 2007, comme la perte s’aggravait de plus en plus, j’ai été opérée et on m’a posé un implant cochléaire à gauche… ça m’allait bien, je voulais l’implant depuis que j’étais toute petite (rires) !

Savez-vous quelle est la cause de cette surdité ?

Non, pas vraiment. Mais comme ma jeune sœur est également sourde, on soupçonne bien sûr une origine génétique !

Comment s’est déroulée votre scolarité ? Dans une école spécialisée ou dans une école normale ?

En fait, avant la scolarité, et en alternance avec la garderie, j’étais à l’Ecole cantonale pour enfant sourds de Lausanne. Puis, j’ai ensuite intégré une école ordinaire, depuis l’enfantine jusqu’à la fin de la scolarité obligatoire.

Et cela s’est bien passé ?

Oui, avec l’appui d’enseignants spécialisés, puis d’une codeuse, tout s’est bien passé. Au début, cela n’a pas été facile, bien sûr. Mais à partir de la 5ème année, j’ai commencé à avoir beaucoup de plaisir à aller à l’école. Les enseignants et les élèves ont été très ouverts, ils se sont intéressés à mes problèmes auditifs… Pour finir, j’ai terminé ma scolarité obligatoire en juin 2015 !

A quoi attribuez-vous votre réussite ?

D’abord au fait que j’ai dû beaucoup travailler à la maison ! Ensuite, à mes parents qui m’ont beaucoup soutenue et que je tiens à remercier ! Ils ont toujours été là pour me remonter le moral quand celui-ci flanchait (rires)!

Et quelles études suivez-vous depuis la rentrée ?

Je fais un CFC d’assistante en soins et santé communautaire dans un EMS pas loin de chez moi, à Cheseaux. Et bien entendu, les lundis et mardis sont consacrés aux cours !

Cet apprentissage, c’était votre choix ?

Ah oui ! J’avais fait des tests à l’école qui avaient montré que j’étais faite pour ça. Et maintenant je peux confirmer : j’adore ce que je fais, c’est vraiment ma vocation. J’aime venir en aide aux autres, dont la détresse me touche beaucoup…

Qu’aimez-vous exactement dans ce métier ?

Tout ! Et particulièrement le contact avec les autres, surtout les personnes âgées. Celles-ci m’apportent énormément, je passe de très bons moments avec elles…

Vos problèmes auditifs vous posent-ils des soucis ?

Pas vraiment ! Souvent, les résidents sont eux-mêmes sourds, ils ont donc tendance à parler plus fort. Et puis, je les informe d’emblée de mon handicap et cela ne me gêne pas du tout de faire répéter ! En fait, je suis très fière d’être sourde !

Fière ? Comment ça ?

Parce que je suis différente des autres, parce que je me suis battue pour y arriver malgré les difficultés, parce que c’est une force qui me fait avancer en réalité !

Et les cours, comment se déroulent-ils ?

C’est super intéressant, mais ce n’est vraiment pas facile et cela exige beaucoup de travail, car ce n’est plus du tout le même rythme que l’école ! Les journées sont fatigantes et les tests plus difficiles. Heureusement, de temps en temps, mais pas tout le temps, je fais appel à une codeuse-interprète, ce qui me permet de me reposer un peu. Le reste du temps, je me débrouille avec mon micro et les enseignants jouent bien le jeu.

Et au niveau notes, êtes-vous satisfaite de vos résultats ?

Ce n’est pas encore à la hauteur du travail que je fournis, mais j’espère que ça va venir car je m’épanouis beaucoup dans cet apprentissage !

Et que pensez-vous faire à l’issue de vos études, dans trois ans ?

Franchement, je n’en ai aucune idée! Je vais exercer mon métier quelques années, ça c’est sûr. Mais ensuite, tout est ouvert : peut-être m’engager dans une maturité, ou pourquoi pas – ce serait vraiment un rêve -, aller travailler quelques temps dans un Mercy Ship, ces bateaux-hôpital qui sillonnent le monde pour soigner les gens ! Ce serait une expérience extraordinaire !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed

En photo: Anaïs à droite avec sa soeur Camille à gauche, dans une réelle complicité.