www.atelierloree.ch Charaf Abdessemed France de Goumoëns, une thérapeute hors norme Difficile de trouver parcours plus atypique que celui de France de Goumoëns. Car avec l’art-thérapie, cette ancienne juriste, qui a tour à tour travaillé pour la Chambre de commerce genevoise puis pour le secteur bancaire, en est à sa « troisième vie ». Un virage à 180° donc, mais qui lui a « sauvé la vie ». « Dans ce monde de pouvoir très masculin où tant de gens ont mal fini, je me statufiais, admet-elle aujourd’hui. Changer de vie était une question de survie ! » Cap donc pour le conservatoire de Genève, où elle devient comédienne, puis crée une troupe de théâtre. « C’est le théâtre qui m’a amenée à l’art-thérapie, se souvient-elle. Dans les cours que je donnais, je voyais bien qu’il se passait quelque chose avec les enfants et les adolescents qui s’ouvraient à la vie ». Ni une ni deux, cette femme de caractère entame alors une formation en art-thérapie et obtient un diplôme à la HES-SO de Lausanne. " />

Atelier d’expression créatrice pour malentendants : retrouver son potentiel créatif

L’atelier est de dimensions modestes, mais cosy et accueillant. De la large verrière qui le ceinture, s’engouffrent des flots de lumière. A l’intérieur : quatre femmes et un homme, tous malentendants, affairés derrière leurs tableaux.

« Aujourd’hui, nous sommes dans le bleu, commente France de Goumoëns, diplômée en art-thérapie et qui dirige l’atelier pour forom écoute. La semaine dernière, c’était le rouge, en attendant le jaune lors de la prochaine séance ».

Objectif de cet atelier d’expression artistique : permettre aux participants d’enrichir leur expérience sensorielle, motrice et visuelle en expérimentant plusieurs techniques de création : peinture et dessin bien sûr, mais aussi collages, écriture, travail dans la nature, modelage etc.

Révélation

« Ce sont des gens qui n’ont jamais touché un pinceau, remarque France de Goumoëns. Pour les premières séances de cet atelier, le but est donc de procéder à une sorte d’alphabétisation de la peinture. On travaille d’abord sur les couleurs primaires, puis on passera à autre chose que le jaune, le rouge ou le bleu. L’idée est que les participants se fassent plaisir et se laissent surprendre, puisque par essence, la création est thérapeutique, même si ce n’est pas son objectif premier. Un des grands principes de l’art-thérapie, c’est de travailler sans critique et sans jugement, d’avoir une révélation et de pouvoir se dire : c’est moi qui ai fait ça ! »


Et ça marche ! Consciencieux, les cinq participants à l’atelier s’affairent sur leurs « œuvres », entamées à peine deux heures plus tôt. Avec une touchante concentration, les voilà qui s’escriment sur leurs chevalets, peignant non seulement avec des pinceaux, mais aussi avec des matériaux aussi hétéroclites que des cartes de crédits ou des CD-Rom.

Plaisir

« Cet atelier me permet de me recentrer, remarque une participante, je fais ça pour me concentrer sur quelque chose ! » « Je n’ai aucun don artistique, je fais de la peinture naïve, rigole une autre. Mais j’ai beaucoup de plaisir à faire quelque chose de mes mains ».
Plaisir est incontestablement le maître mot. « C’est juste, c’est vraiment le plaisir de  faire quelque chose, s’extasie une pétillante septuagénaire. Je ne pensais pas que j’étais capable de faire ça, même si France m’a prodigué de précieux conseils ! » « Oui, on s’amuse un peu », concède Jean-Michel, un rien pince-sans-rire, et visiblement très satisfait de sa première participation à l’atelier.

En quelques dizaines de minutes, les lieux s’égayent de plusieurs tableaux, figuratifs ou non, chacun reflétant la personnalité de son créateur. Chaque atelier dure deux heures et demie. C’est le temps minimal pour se mettre en train, prendre le temps de démarrer et, à partir d’une feuille blanche, arriver à créer quelque chose. « C’est le deuxième principe de cet atelier d’expression créatrice, remarque France de Goumoëns : il ne faut pas hésiter à sacrifier ce qu’on a fait si on n’en est pas satisfait, et prendre le risque de redémarrer quelque chose de neuf. Au fond, c’est une manière d’apprendre à accepter de lâcher-prise, et c’est déjà pas mal ! »

Pas de différence

Quelle plus-value un atelier de ce type est-il capable d’apporter aux personnes souffrant de problèmes d’audition ? « Pour moi, estime France de Goumoëns, il n’y a aucune différence à travailler avec des malentendants : c’est le même plaisir. J’ignore en revanche ce que ça peut leur apporter à eux exactement, au-delà du côté extrêmement valorisant. Mais je suis sûre d’une chose : s’ils ont perdu un de leurs sens, il leur en reste quatre autres. Il est donc très important de travailler avec, et de leur montrer que l’audition n’est pas indispensable pour pouvoir exprimer une création ! Mais qui sait ? Je vais peut-être faire l’essai de travailler en mettant de la musique, et voir ce que cela donne ! »

Espace de création pour personnes malentendantes. France de Goumoëns, art-thérapeute Hes-So. En Bramafan 21, 1143, Apples. Natel. 079.274.17.39. www.atelierloree.ch

Charaf Abdessemed

France de Goumoëns, une thérapeute hors norme

Difficile de trouver parcours plus atypique que celui de France de Goumoëns. Car avec l’art-thérapie, cette ancienne juriste, qui a tour à tour travaillé pour la Chambre de commerce genevoise puis pour le secteur bancaire, en est à sa « troisième vie ». Un virage à 180° donc, mais qui lui a « sauvé la vie ». « Dans ce monde de pouvoir très masculin où tant de gens ont mal fini, je me statufiais, admet-elle aujourd’hui. Changer de vie était une question de survie ! » Cap donc pour le conservatoire de Genève, où elle devient comédienne, puis crée une troupe de théâtre. « C’est le théâtre qui m’a amenée à l’art-thérapie, se souvient-elle. Dans les cours que je donnais, je voyais bien qu’il se passait quelque chose avec les enfants et les adolescents qui s’ouvraient à la vie ». Ni une ni deux, cette femme de caractère entame alors une formation en art-thérapie et obtient un diplôme à la HES-SO de Lausanne.