Bastien Marquis: « la perte d’audition élève des murs »

Agé de 20 ans, Bastien Marquis fourmille de projets et d’espoirs. Malentendant depuis la naissance, il suit aujourd’hui un apprentissage à Delémont comme employé en intendance. Absolument incollable pour tout ce qui touche à l’aviation, sa grande passion d’enfant, ce jeune homme sportif, équilibré et particulièrement sociable, a appris à gérer ses choix et son handicap avec une maturité certaine.

Comment êtes-vous devenu malentendant ?

Quasiment depuis la naissance. En raison d’une méchante pneumonie, on m’a donné un médicament, qui m’a certainement sauvé la vie, mais a malheureusement altéré mon ouïe. Mais bon, je suis appareillé, ce qui me permet d’entendre quasi normalement.

Et comment avez-vous vécu ce handicap ?

J’ai passé toute ma vie dans le monde des entendants, que ce soit à l’école ou pour les loisirs. Ce n’est certes pas facile, mais je me suis toujours considéré comme les autres, et c’est une démarche qui oblige à s’intégrer. Comme je suis d’un naturel plutôt sociable, les choses se sont bien passées.

Comment votre scolarité s’est-elle déroulée ?

Après la première année que j’ai dû faire en deux ans, j’ai ensuite suivi normalement toute ma scolarité, même s’il m’a fallu parfois avoir recours à des cours de soutien. J’étais le seul malentendant de ma classe, et avec un micro, ça allait bien.

Et aujourd’hui, où en êtes-vous ?

Il y a trois ans, j’ai passé et réussi le test d’admission à l’Unité de formation professionnelle du CERAS, une institution d’utilité publique subventionnée par l’OFAS, l’AI et les cantons de Berne du Jura et de Neuchâtel, qui aide à trouver des places d’apprentissage. Cela m’a permis de faire divers stages, en serrurerie, dans la vente, etc., histoire de savoir ce qui me convenait le plus. Finalement, j’ai entamé un apprentissage à l’hôpital de Delémont, comme employé en intendance. Et ça marche bien pour moi, même si je vais devoir repasser mon examen pratique dans un an. Parfois, je manque de concentration et il me faut apprendre à gérer mon stress. Ce qui est très positif, c’est qu’à l’hôpital où je suis, mon travail est bien apprécié.

Et enfant, quel métier vouliez-vous apprendre ?

Honnêtement, depuis l’âge de 7 ans, je suis passionné d’aviation, et mon rêve le plus cher, c’était de devenir pilote de ligne ! J’en ai passé des heures à jouer au simulateur sur mon ordinateur (rires)! Avec le temps et la maturité, on a moins de regrets. Vous savez, la perte d’audition élève des murs devant les choses qu’on aimerait faire, qu’il s’agisse de projets professionnels, de sorties ou même de petites copines… Cela altère la confiance en soi ! Mais je n’ai pas tout à fait renoncé, peut-être un jour deviendrais-je steward… La technologie évolue, les avions deviennent moins bruyants et les appareils auditifs de plus en plus performants. Mais il faudra que je me mette à l’apprentissage de l’anglais et de l’allemand !

Et votre famille, quel rôle a-t-elle joué dans votre scolarité ?

Mes parents m’ont beaucoup soutenu, et ils m’ont toujours aidé à faire les meilleurs choix possibles. Même si aujourd’hui, je trouve qu’ils ont tendance à me protéger un peu trop (rires) ! Et puis, j’ai une grande sœur de 23 ans dont je suis très proche et qui est pour moi comme une seconde maman !

En dehors de l’aviation, vous avez une autre passion ?

Le football, que je pratique depuis tout petit dans mon club de 4ème ligue, à Delémont. J’ai longtemps rêvé de devenir également footballeur professionnel. Mais bon, il faut bien faire des choix, mais là encore, qui sait ? Peut-être un jour deviendrais-je entraîneur. Cela me plairait bien aussi !

Et vos autres hobbies ?

Clairement les voyages et avec mes parents, je suis allé un peu partout: Grèce, Egypte, République Dominicaine, Maroc, Tunisie. J’adore la plage et le farniente… Et puis ici en Suisse, j’aime tout simplement faire des sorties avec mes amis, d’autant que depuis un an et demi, j’ai le permis de conduire. D’ailleurs, je vais bientôt m’acheter un scooter.

Propos recueillis par Charaf Abdessemed

Légende photo: Un jeune passionné d’aviation. CA