Céleste Tschachtli: « le dessin, ma grande passion »

Âgée de seize ans, la Fribourgeoise Céleste Tschachtli entame une formation en couture, après une scolarité obligatoire couronnée de succès. Avec une ambition: pouvoir vivre un jour de son talent artistique. Dessinatrice prometteuse, cette jeune fille passionnée, sourde depuis l’âge de deux ans et implantée à six ans, mord la vie à pleine dents.

Où en êtes-vous aujourd’hui de votre scolarité ?

J’ai fini ma scolarité obligatoire en juin dernier et aujourd’hui, je suis à l’école de couture de Fribourg pour une durée de trois ans. Ensuite, j’aimerais soit obtenir ma maturité artistique, soit travailler une année comme costumière. Mon rêve, c’est de devenir textile designer. Mais bon, on verra bien, je sais ce que je veux, et je ne m’inquiète pas pour mon futur: si la carrière artistique ne marche pas, je deviendrais interprète en langue des signes !

« Textile designer » ? Quel étrange métier !

(rires) C’est un métier qui consiste à créer des dessins pour les tissus et les imprimés. Je prends des cours de dessin depuis que j’ai l’âge de neuf ans, et j’ai toujours voulu faire un métier artistique et créatif… C’est cette grande passion qui m’a guidée pour trouver mon chemin professionnel. Le dessin a d’ailleurs représenté un important soutien pour moi dans les moments de peine, à l’époque où je n’avais pas beaucoup d’amis !

Qu’aimez-vous dessiner ?

Surtout les portraits et des corps humains ! D’ailleurs, je suis régulièrement des stages pour me perfectionner, y compris tout récemment, un cours d’anatomie humaine… En revanche, je déteste dessiner à l’ordinateur: c’est trop virtuel, pas assez artistique et j’ai besoin de toucher les matières pour créer. C’est d’ailleurs ce que j’apprécie dans la couture.

Que représente le Prix aux élèves malentendants que vous venez de recevoir ?

Une belle surprise car je ne m’y attendais pas du tout ! J’en suis d’autant plus heureuse que c’est une reconnaissance des efforts que j’ai dû faire pendant de longues années. J’ai suivi une scolarité normale, mais j’ai toujours dû travailler plus que les autres, même si j’ai beaucoup été aidée par ma famille et mon entourage scolaire.

Comment êtes-vous devenue malentendante ?

A cause d’une méningite à l’âge de deux ans, qui m’a laissée complètement sourde ! A trois ans, je suis entrée à l’Institut Saint-Joseph de Fribourg où j’ai appris la langue des signes, grâce à des professionnels très compétents et très aimants. Et puis, après une longue période de réflexion, mes parents ont décidé de tenter une implantation cochléaire. J’avais six ans lorsque j’ai été opérée et j’ai suivi ensuite tout le cursus pour apprendre à parler et lire sur les lèvres. D’ailleurs, avoir eu la possibilité d’entendre avant l’âge de deux ans m’a beaucoup aidée.

Avec le recul, quel regard portez-vous sur ce parcours ?

Cela n’a pas été facile, bien sûr, y compris à l’école ou avec les autres enfants… Mais j’ai eu la chance d’avoir un soutien familial et scolaire et ça, c’est un énorme atout car j’ai pu faire ce que j’aime, comme tous les autres enfants. Au final, je ne regrette pas d’être malentendante. En revanche, je n’aime pas que l’on dise que je suis handicapée: j’ai un handicap, mais je ne suis pas handicapée ! D’ailleurs, j’aime bien retrouver des moments de silence, et il m’arrive d’éteindre mes appareils, ça me repose !

Quels sont vos hobbies ?

La lecture, qui a joué un rôle très important dans mon enfance. J’ai lu et je lis énormément depuis toujours, cela a élargi mes horizons, amélioré mon orthographe et mon vocabulaire… Et puis l’Asie est ma deuxième grande passion. Avec mes parents, j’ai eu la chance de beaucoup voyager, je connais donc le Japon, la Thaïlande, l’Indonésie. J’adore ce continent, ses cuisines, ses couleurs, et je compte bien y retourner !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed