Comment perd-on son audition? Les explications du Dr Gilles Courtois de l’EPFL

Les excellentes performances de l’oreille sont le fruit de mécanismes acoustiques, mécaniques et électrochimiques complexes. Ceux-ci sont rendus possibles grâce à des organes très sensibles et de petites dimensions, ce qui rend l’oreille particulièrement fragile. Un dysfonctionnement de l’un de ces organes résulte le plus souvent en une perte d’audition. Dans cet article, nous allons comprendre quelles sont les causes de ces surdités, et quelles sont les solutions médicales et technologiques existantes.

Principe des conductions aérienne et osseuse.

Il existe deux canaux permettant de transmettre le son jusqu’au cortex auditif, comme le montre le schéma ci-dessus. La première voie correspond à la description faite dans l’article précédent (L’oreille : un organe ingénieux) : la stimulation acoustique traverse l’oreille externe, l’oreille moyenne, l’oreille interne puis le nerf auditif. C’est ce qu’on appelle la conduction aérienne (en vert). Les ondes sonores provoquent également une vibration du crâne, qui se propage et vient stimuler l’oreille directement, sans passer ni par l’oreille externe ni par l’oreille moyenne. On parle alors de conduction osseuse, représentée en bleu sur le schéma. Lors d’un test auditif, les deux types de conduction sont évaluées par l’ORL, qui peut ainsi caractériser la nature de la perte auditive.

La perte auditive est le principal symptôme résultant d’un dysfonctionnement de l’oreille. Elle est le plus souvent bilatérale, ce qui signifie que les deux oreilles sont affectées, mais peut aussi ne toucher qu’une seule oreille. Chacun des organes composant le système auditif peut être à l’origine de ce trouble, ce qui permet de distinguer trois types de pertes auditives :

  • La surdité de transmission, qui est due à un mauvais fonctionnement du canal auditif, et/ou de l’oreille moyenne, chargés de transmette le son,
  • La surdité de perception ou neurosensorielle, qui concerne l’oreille interne et le nerf auditif, dont le rôle est d’analyser le son et de le transformer en sensation sonore,
  • La surdité mixte, qui est la combinaison des surdités de transmission et de perception.

Comparaison entre les surdités de transmission et de perception (ou neurosensorielle).

Dans le cas d’une surdité de transmission, la conduction aérienne est mauvaise mais la conduction osseuse reste normale. Une obstruction du canal auditif provoquée, par exemple, par un bouchon de cérumen en est la forme la plus bénigne. Dans ce cas, un simple retrait du bouchon permet de rétablir immédiatement l’audition. La perforation du tympan cause également des troubles auditifs, qui sont eux aussi temporaires, puisque la membrane tympanique se régénère. Rappelons qu’une exposition à des sons très forts n’a pas de conséquence sur le tympan. Seules des pressions impulsives extrêmement puissantes, comme les ondes de choc d’une explosion, peuvent aboutir à une perforation du tympan.

Les formes de surdité de transmission plus sévères résultent de dysfonctionnements dans la cavité tympanique : présence excessive de liquide (otite séreuse), blocage des osselets (ostosclérose), tumeurs… Il s’agit de maladies pour lesquelles la chirurgie est la solution la plus courante : pour l’essentiel, pose de drain, implant d’oreille moyenne, ou implant à ancrage osseux. Ce dernier vise à amplifier la conduction osseuse pour compenser l’absence de conduction aérienne. La plus forte stimulation de l’os de l’oreille (mastoïde) permet de solliciter davantage la cochlée et ainsi d’augmenter la sensation sonore. Cependant, cette technologie ne permet pas de restaurer totalement l’audition, car les sons aigus, indispensables à la compréhension de la parole, sont plus difficiles à transmettre à travers le crâne.

Comparaison du fonctionnement de la cochlée chez le normo-entendant (en haut) et du malentendant (en bas).

La perte auditive neurosensorielle se caractérise par de mauvaises conductions aérienne et osseuse. En effet, elle touche principalement la cochlée, l’organe qui analyse les sons transmis via l’oreille moyenne et le crâne. Nous rappelons que, chez le sujet normo-entendant (image ci-dessus, partie haute), la cochlée est tapissée de cils (en vert), qui se mettent en mouvement. Ces mouvements sont ensuite convertis en impulsions nerveuses (en jaune). Chez le sujet malentendant (partie basse du schéma), les cellules ciliées sont manquantes, ou non fonctionnelles. Dans ce cas, les impulsions sont moins nombreuses et moins puissantes. Cela conduit à une sensation sonore plus faible et distordue.

Il n’existe pas à l’heure actuelle de médicament permettant de régénérer des cellules ciliées, bien que la recherche médicale progresse dans cette direction. On a donc recours à des solutions technologiques, permettant de compenser de manière efficace la plus faible contribution de la cochlée. La principale solution est l’aide auditive, qui est un dispositif non intrusif. Elle se porte derrière l’oreille, à l’entrée de l’oreille externe, ou à l’intérieure du canal auditif. En cas de pertes auditives très importantes ou de surdité totale, on recourt à l’implant cochléaire, qui est directement installé dans la cochlée (opération chirurgicale nécessaire) et vient stimuler le nerf auditif. Ces deux technologies feront l’objet de futurs articles.

Dr Gilles Courtois, Ecole Polytechnique Fédérale de Lausanne