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Dans les coulisses de la transcription simultanée

Le 2 juin dernier, l’ensemble des débats et interventions du congrès de forom écoute étaient retranscrits simultanément sur un écran géant, via une société basée en France. Une véritable performance qui cache une logistique millimétrée, couplée à un professionnalisme sans faille. 

C’était un peu une première, dont peu ont pu mesurer les implications réelles. En juin dernier, le congrès de forom écoute, consacré aux acouphènes, a pu bénéficier d’une transcription simultanée. L’ensemble des propos échangés tout au long de la journée ont ainsi pu être dactylographiés et projetés sur un écran géant derrière les orateurs, bien en vue de l’ensemble des participants. Une performance ? Bien sûr, dès lors que l’on prend conscience que ces propos étaient retranscrits quasi en temps réel, avec à peine quelques secondes de décalage par rapport à ceux qui les proféraient.

Simple, à priori

C’est « Le Messageur », une petite entreprise normande, en France, structurée en coopérative et issue du monde associatif (lire l’encadré ci-dessous), qui a assuré, via internet, ce service hors norme. Sur le papier, le dispositif mis en place pour assurer la retranscription semble très simple. Un matériel de captation du son, une audio-box pour numériser le son, un mini-ordinateur pour transmettre, via une clé 3G, les informations dans un sens puis renvoyer en retour le texte dactylographié et projeté sur grand écran. Entre les deux c’est un classique logiciel de reconnaissance vocale qui permet de transformer les paroles prononcées en mots écrits.

« Pour mettre au point notre dispositif, voilà quelques années, il nous a fallu beaucoup travailler sur les diverses contraintes techniques, explique Jean-Luc Le Goaller responsable de la société et qui a œuvré à la transcription le jour du congrès. Par exemple, nous avons dû améliorer les procédés de captation et de compression, afin d’assurer le transfert du son par internet 3G sans perte de données ».

Seulement voilà. La technique n’est pas tout, et ce ne sont ni l’informatique, ni les machines qui font, en réalité, l’essentiel du travail. « Ce n’est pas l’outil à lui seul qui garantit l’accessibilité aux personnes en situation de déficience auditive, explique Samuel Poulingue, également de la société Le Messageur. La technique ne représente qu’une boîte à outils, et notre travail consiste à maîtriser cette boîte, mais surtout à créer les conditions pour que la communication soit possible. Nous faisons donc du cousu-main pour permettre une communication la plus naturelle possible !»

Travail d’orfèvre

Ainsi, un logiciel de reconnaissance vocale est à lui seul incapable d’assurer une communication de qualité. Pour une raison simple: il doit être paramétré selon la voix de celui qui s’exprime. En clair, l’ensemble des paroles prononcées lors du congrès et transmises via le net en Normandie, y ont été intégralement répétées au logiciel de reconnaissance vocale, par un opérateur, en l’occurrence Jean-Luc Le Goaller lui-même. « C’est un travail de longue haleine que d’habituer un locuteur à un logiciel de reconnaissance et vice-versa, explique-t-il. Nous devons en quelque sorte apprendre à faire mutuellement connaissance, et enrichir progressivement le logiciel de mots nouveaux ».

« C’est un travail d’orfèvre, renchérit Samuel Poulingue. Beaucoup de gens pensent que le logiciel s’occupe de tout, mais rien n’est plus faux. Nous avons mis une année d’entraînement intense pour devenir capables de transcrire correctement des conférences. Pour que le logiciel puisse comprendre, il faut par exemple parler d’une manière particulière, en hachant les mots et en appuyant sur les liaisons. Si quelqu’un nous entendait parler, il aurait l’impression d’entendre un robot ! »

Restent ensuite de nombreuses difficultés à contourner. D’abord les noms propres et les nouveaux mots, inconnus du logiciel et qu’il faut systématiquement retaper au clavier, mais aussi la ponctuation, qu’il faut toujours ajouter, tant le langage écrit est différent du langage parlé.

« Tout le monde n’est pas capable de retranscrire, argumente Samuel Poulingue. Il faut beaucoup de concentration, une maîtrise de la langue, une culture étendue et être capable de suivre les débats pour comprendre ce qui se dit, un peu comme travaillent les interprètes. »

Ne pas faire de fautes

Il y a enfin la sempiternelle question de l’orthographe, car il arrive régulièrement que se glissent ça et là des fautes d’accords et de retranscription, parfois même cocasses. « C’est là que réside le challenge, sourit Jean-Luc Le Goaller. Pour ne pas faire de fautes, il faut avoir bien compris la logique du logiciel et savoir répéter avec une excellente diction. Au fur et à mesure des mois, nous améliorons l’ensemble, par exemple en trouvant des astuces de prononciation pour que le logiciel fasse la différence avec les homonymes ! »

Avec une certitude néanmoins: quitte à choisir entre l’orthographe et la rapidité, c’est toujours cette dernière qui est privilégiée. « La priorité est donnée à la simultanéité car pour les personnes qui suivent des manifestations, le plus important est d’obtenir rapidement l’information, argumente Jean-Luc Le Goaller. En outre, l’expérience montre que les malentendants compensent rapidement et corrigent d’eux-mêmes ! »

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Une coopérative née du milieu associatif

Structuré en coopérative, Le Messageur est une Société Coopérative Ouvrière de Production, basée à Cherbourg en Normandie et issue du milieu associatif des sourds et malentendants, un de ses fondateurs, Jean-Luc Le Goaller étant lui-même le papa d’un enfant sourd. Son crédo ? Offrir des prestations au coût le plus accessible possible pour améliorer l’accessibilité des déficients sensoriels.  « Nous avons commencé en tapant sur un clavier devant un public, en cherchant à synthétiser ce qui se disait, se souvient Jean-Luc Le Goaller. Mais rapidement, nous nous sommes fixés pour objectif d’écrire à la vitesse de la parole».
« Dès le début, se souvient Samuel Poulingue, responsable de la communication de la société, nous avons souhaité nous inscrire dans un réseau lié aux sourds et malentendants, tout en nous plaçant dans une économie sociale et solidaire. Nous devons gagner certes notre vie, mais de manière compatible avec notre éthique et notre esprit militant. »

Rens. www.lemessageur.com