Des jeunes récompensés

Depuis 2004, les élèves, étudiants et apprentis souffrant d’une déficience auditive, se voient remettre un prix honorifique par forom écoute, la fondation romande des malentendants, au terme de leur formation.

Tous les jeunes malentendants terminant une formation scolaire ou professionnelle reçoivent un prix honorifique de forom écoute. La responsable Michèle Bruttin a lancé ce concept en 2004, dans le but de féliciter ces jeunes vaillants, qui sont allés jusqu’au terme de leurs projets, certificats ou diplômes en poche, avant de plonger dans le monde professionnel ou de vivre d’autres expériences.

Chaque année, forom écoute honore les primés dans le cadre de la remise des diplômes et certificats ; au fil des ans, vous avez eu l’occasion de rencontrer bon nombre de ces jeunes. Comment perçoivent-ils ce prix votre démarche ?
Dans l’ensemble, ils sont reconnaissants et la plupart découvrent l’existence de forom écoute.

Quels types de relation génèrent ces rencontres ?
Des contacts réguliers pris par la Commission Jeunesse via les réseaux sociaux et par notre Fondation, pour les inviter gratuitement à toutes sortes de loisirs. Journée nationale de l’audition, sortie karting, week-ends à ski, journée à thème, etc.

Sont-ils nombreux à connaître l’existence de la Fondation et semblent-ils intéressés par les aides et conseils que vous fournissez ?
A ce jour, environ 350 jeunes ont été contactés et une minorité nous répond. Je pense qu’ils utilisent plutôt les informations sur notre site.

Comment peut-on optimiser leur position dans le monde professionnel ?
En les incitant à éviter de préciser leur malaudition et appareillage dans leur CV mettent un maximum de chances de leur côté, à valeur égale sur le papier, d’obtenir un premier entretien.

Le mot de la fin ?
Avant le terme de leur scolarité obligatoire, il serait utile que, par les structures de soutien dont ils bénéficient automatiquement, ils nous soient présentés ou sachent que nous existons.

Mélanie raconte
Grâce à cette remise de prix, Mélanie Fernandes Paiva, qui vient de terminer son apprentissage, a découvert la Fondation. « Jusqu’à ma rencontre avec Michèle Bruttin, j’ignorais l’existence de forom écoute, laquelle me permet désormais de m’informer sur les prestations via le site, de les utiliser et d’en parler à mon entourage ».

La jeune femme, diagnostiquée sourde profonde d’une oreille et sourde moyenne de l’autre vers l’âge de deux ou trois ans, est née sourde.

Elle a suivi sa scolarité entre l’école publique, partiellement assistée par une aide interprète, et l’Institut St-Joseph en section de surdité. « J’ai vécu nombreuses frustrations, la solitude et l’intolérance. J’étais parfois apte à ignorer les remarques, parfois au contraire, je sortais de mes gongs. Malgré cela, j’ai fait de belles rencontres, notamment avec une autre élève sourde. Nous avons suivi les cours ensemble durant trois ans et nous nous sommes souvent épaulées ».

Mélanie a une forte personnalité, elle est tenace et n’a jamais rien lâché. Si elle témoigne aujourd’hui, c’est pour délivrer un message aux autres jeunes subissant un handicap. « Le moteur, c’est la motivation, c’est avoir confiance et connaître ses limites. J’ai appris à me découvrir, à me battre aussi et c’est durant mon apprentissage d’assistante en pharmacie, que j’ai compris que j’avais des capacités. Mes résultats d’évaluation hebdomadaires étaient très  probants et m’ont réellement donné de l’assurance ».

Si la jeune fille a été dispensée d’allemand durant sa scolarité, a contrario, elle a été obligée de l’apprendre dans le cadre de son apprentissage. Après avoir bûché jusqu’à ne plus sortir le week-end durant une année, elle a passé les examens avec la moyenne. « Je me suis toutefois opposée aux examens oraux. J’étais effrayée à l‘idée de devoir prononcer des phrases et j’avais peur que les experts ne me comprennent pas ».

Toutes ces expériences lui ont permis de trouver sa propre identité, de prouver d’où elle vient et de l’assumer. La langue des signes l’a aidée à le découvrir et à pouvoir enfin communiquer. Elle a appris le français vers cinq ou six ans, plus jeune, elle mimait des gestes simples.

« J’ai toujours annoncé ma surdité, du coup les personnes en face de moi averties pouvaient faire un effort de compréhension. J’ai dû en faire tellement… ».

Outre le racket, les commentaires déplacés et la mise à l’écart, Mélanie se voit refuser une place d’apprentissage sous prétexte que son handicap lui permettait de faire uniquement des ménages ! « Le plus incompréhensible, c’est que ce maître d’apprentissage a un enfant lourdement handicapé. Malgré cela, il m’a repoussée. »

Aujourd’hui, son CFC en poche, la jeune femme est en stage de six mois au Centre les Chemain’S, en vue d’une formation de trois ans pour devenir éducatrice. « L’AI n’entre pas en ligne de compte pour suivre un second apprentissage et j’ai toujours été tentée par ce domaine ».

Elle vient de mettre sa candidature sous pli pour entrer à l’Ecole Supérieure Sociale Intercantonale de Lausanne, ESSIL.

« J’aime aider les gens, je me sens utile. Le Centre offre des ateliers, des moments de partages et d’échanges pour que les gens ne se sentent pas seuls et deviennent autonomes. J’ai choisi ce stage car je suis dans mon monde et je peux les comprendre », conclut-elle.

Langue universelle : la communication
Marcie Cerf vit à Courtemautruy dans le Jura. La jeune femme a longtemps vécu sa malentendance comme un néant.

Elle a ensuite pu constater que son handicap lui permettait de développer son sens de l’observation sur son environnement. Si voir la malentendance comme une richesse plutôt qu’un appauvrissement a été difficile, elle ne deviendrait entendante pour rien au monde. « Cela fait partie de moi, mes appareils constituent un élément de mon corps ».

Dans le cadre scolaire, les points positifs lui ont paru rares. Malgré cela, Marcie avait de bons résultats. Même si certains enseignants étaient réellement attentifs, peu remarquaient vraiment ses difficultés auditives. Ses parents ont dû prouver qu’elle en avait pour obtenir des cours de soutien.

Les dernières années ont été assez éprouvantes avec le sentiment de perdre du temps. La jeune femme désirait étudier des branches utiles pour son avenir. Elle avait la possibilité de suivre le gymnase, une école d’art dans le but de vivre de la photographie ou de la couture, ou un apprentissage ; son choix s’est porté sur ce dernier, lequel a abouti à un CFC d’employée de commerce.

« Il me paraissait idéal pour devenir indépendante, trouver un travail et économiser de l’argent ».

Un de ses rêves était de suivre des cours de langues à l’étranger. Elle maîtrise bien l’anglais, se débrouille en allemand, suis des cours d’espagnol et connaît l’alphabet japonais et coréen. Excusez du peu, surtout avec un handicap auditif conséquent !

« J’ai évidemment éprouvé quelques difficultés, mais suis partie en mars dernier réaliser un séjour linguistique et ai appris à aimer les langues. Par chance, j’ai des amis à l’étranger et ambitionne de leur rendre tour à tour visite ».

La jeune femme aspire à connaître la langue des signes, utile car son audition est en baisse. De plus, elle désire apprendre une langue asiatique, le russe et tant d’autres, à découvrir dans les années à venir.

« Il y a tellement d’endroits où je rêve d’aller et de langues que j’ai envie de maîtriser afin de communiquer.

Lorsque Marcie explique sa surdité et sa capacité à lire sur les lèvres aux gens, leurs réactions la surprennent. « Chacun réagit de manière différente. On me demande « mais tu n’entends vraiment rien ? » ou « fais-moi essayer tes appareils… c’est quoi ce bruit ? », « ça doit être horrible d’avoir des appareils ». Certains essaient de communiquer, d’autres se moquent ou sont gênés. Je voudrais leur faire comprendre ce que je subis en leur mettant des protecteurs Pamir sur les oreilles ou de la musique » !

Marcie se sent plus à l’aise en échangeant avec d’autres malentendants. Ne rien comprendre à la conversation est « normal ». « J’aimerais encore préciser que dans ma situation, je suis obligée de regarder la personne avec qui je communique, en laissant de côté mon téléphone portable ou quoi que ce soit d’autre. Cela permet de créer un contact direct et c’est enrichissant ».

A travers ces deux témoignages, les obstacles surmontés prévalent dans l’intégration à l’école, dans le cadre professionnel et dans la vie. L’estime de soi, la confiance, la curiosité et les projets donnent des ailes !