Elvire Egger: « Dédramatiser pour bien vivre »

Atypique et bien dégourdie, la Jurassienne Elvire Egger l’est certainement ! En première année d’université, cette malentendante de naissance espère devenir un jour climatologue. Ce qui n’empêche pas cette passionnée d’environnement de pratiquer à ses heures perdues… la flûte traversière. Et sans ses appareils, s’il vous plait !

Vous êtes en 1ère année d’université et avez reçu le Prix aux élèves malentendants en juin 2012…

J’ai trouvé ça très gentil ! D’ailleurs, j’ai été très surprise quand le Principal m’a annoncé cette nouvelle… Et j’ai aussitôt accepté qu’il en parle publiquement lors de la remise des diplômes, car c’est une belle façon de montrer que ce n’est pas parce qu’on a un problème qu’on ne parvient pas à faire ce qu’on veut !

Depuis quand êtes-vous malentendante ?

Depuis la naissance. Très tôt, j’ai montré des difficultés à parler, et ma maman s’est aperçue qu’il y avait un problème, dont on ignore exactement la cause… Peut-être est-ce d’origine génétique, même si je suis la seule dans la famille à être malentendante !

Êtes-vous appareillée ?

Oui, bien sûr, j’ai été appareillée très tôt, ce qui m’a permis de suivre une scolarité normale depuis mon plus jeune âge.

Avez-vous eu besoin d’une aide quelconque, comme une codeuse-interprète par exemple ?

Non, car j’entends bien avec mes appareils. Mais bien sûr, j’ai toujours prévenu mes enseignants, qui veillaient alors à parler fort, à bien articuler… Après l’école obligatoire, j’ai d’ailleurs fait une maturité gymnasiale à la Chaux-de-Fonds. Au fond, la déficience auditive ne m’a posé aucun problème en termes de scolarité. D’ailleurs, je le vis très bien et, le plus souvent, j’oublie même que j’ai des appareils !

A vous entendre, cela a été facile…

Je suis consciente que certains ont de la difficulté à s’adapter mais moi je n’en ai pas eu. En fait, cela a été facile de m’adapter car mes parents n’ont jamais dramatisé à propos de mon handicap. Et surtout à l’âge où j’ai été appareillée (école enfantine-première année obligatoire), on ne se rend pas vraiment compte de la différence…

Et avec vos amis ?

Ils oublient que je suis malentendante (rires) ! Et quand je le leur rappelle, ils sont toujours surpris… Pourtant, quand ils faisaient trop de bruit en classe, je ne me gênais pas pour leur rappeler de se calmer afin que je puisse entendre. Je dis franchement les choses !

Depuis septembre dernier, vous êtes désormais à l’Uni. Comment cela se passe-t-il ?

A l’Uni, on est dans l’anonymat, car c’est grand ! Et on prend une claque, car c’est très différent du lycée, et aussi très exigeant au niveau intellectuel. Heureusement, les profs utilisent quasi-systématiquement un micro, donc je n’ai pas de problème pour suivre. En revanche, si j’oublie mes appareils, je n’ai plus qu’à rentrer à la maison ! (rires)

Quelles études avez-vous choisies ?

Je suis en 1ère année de bachelor environnement, car les questions de durabilité m’ont toujours passionnée. Il est probable que par la suite, je fasse un master à Genève. Mon but, c’est de devenir climatologue.

Avec 8 mois de recul, la fac, c’est comment ?

Pas facile. Comme pour la plupart des nouveaux étudiants, mes notes sont assez moyennes, mais pour une première expérience, c’est pas mal ! On verra bien par la suite, mais c’est sûr, il faut beaucoup travailler !

Vous reste-t-il du temps pour vous distraire, en dehors des études ?

Pas beaucoup ! Mais quand, le week-end, je rentre chez moi dans le Jura, je revois mes amis et je joue de la flûte traversière, que je pratique depuis 8 ans. D’ailleurs, pour jouer, je ne mets jamais mes appareils auditifs, car dans ce cas je n’aime pas le son de ma flûte… Et puis, j’écoute beaucoup de musique, et même si ça surprend par rapport à la flûte traversière, j’adore le rock, le metal…

Propos recueillis par Charaf Abdessemed