www.anneedubenevolat2011.ch ). Avec une question: journée du sida, journée de ceci, semaine de cela. De telles manifestations ont-elles un réel impact sur le public ? Servent-elles réellement les causes qu’elles sont supposées soutenir ? « L’intérêt d’une année comme celle-ci, est qu’elle permet de rendre visible le bénévolat, précise Denise Moser, présidente de forum bénévolat.ch. Beaucoup de gens ignorent ce qu’est réellement le bénévolat. Ils pensent que c’est ennuyeux, qu’il s’agit de travailler avec des personnes âgées, etc. La réalité est tout autre, et cela peut vraiment être passionnant ! Et puis sur le plan national, cela a permis une reconnaissance officielle du phénomène. Même si cela a été difficile, le Conseil fédéral a octroyé un budget pour l’organisation de la manifestation en Suisse. Et de fait, de nombreux parlementaires prennent conscience du fait que sans le travail bénévole, la société est perdue ». « Bien sûr qu’un tel événement sert à quelque chose », renchérit Marie-Chantal Collaud, permanente à Bénévolat-Vaud, dont l’objectif est, comme son nom l’indique, la promotion du bénévolat. « Grâce à cette Année, on parle du bénévolat, on évoque son importance dans la société et on ouvre un débat qui permet de poser des questions importantes. La meilleure illustration de cet état de fait est que les journalistes s’intéressent désormais à ce phénomène, ce qui était rarement le cas par le passé ». Susciter l’envie De nombreux acteurs du domaine s’inquiètent néanmoins que cette « Année du bénévolat », pour mobilisatrice qu’elle soit, ne soit qu’un simple feu de paille. « Le but n’est pas que ce soit un simple événement croustillant, puis que tout s’arrête une année plus tard, s’inquiète Marie-Chantal Collaud. Il faut que les actions mises en place dans le cadre de cette Année se pérennisent, qu’elles se placent dans une dynamique qui s’inscrit sur le long terme ! » « Bien sûr, il est clair que nous souhaitons que toutes les actions engagées en 2011 se projettent dans le futur, admet Denise Moser. Le bénévolat fait face à de nombreux défis dans nos sociétés et il est important que le débat et les manifestations se perpétuent ! » Bénévole à l’Amicale des malentendants de Morges, Marie-Louise Rabier, exprime de son côté avec simplicité la voix de ceux qui, sur le terrain, s’engagent au quotidien. « Cette Année du bénévolat, c’est un peu comme toutes ces journées que l’on organise régulièrement sur le sida, et les différentes maladies, etc., constate-t-elle. J’estime qu’il faut rester discret et savoir garder une certaine pudeur, car il n’y a pas besoin d’être reconnu pour ce que l’on fait ! » Et d’ajouter, avec philosophie: « mais j’imagine que ces manifestations sont nécessaires pour que les choses se sachent, pour susciter l’envie de s’engager auprès du public ! » ChA   " />

Engagement bénévole: le temps des grands défis

A l’heure où la marchandisation croissante de nos sociétés valorise de manière quasi exclusive la rémunération du travail et de l’engagement, quelle place donner désormais au bénévolat ? Pourtant reconnu comme indispensable au bien-être collectif, le bénévolat saura-t-il s’adapter à une évolution parfois inquiétante ?

« Il y a quarante ans, le bénévolat était quasiment une obligation dans certains domaines, constate Denise Moser présidente de l’association forum bénévolat.ch. Aujourd’hui, les bénévoles choisissent ce qu’ils veulent faire, ils souhaitent que ça leur plaise et leur donne des relations sociales. Et c’est le principal problème auquel on est confronté aujourd’hui: les bénévoles préfèrent s’engager sur le court terme pour être libre ensuite ! »

Besoins croissants

Résultat: s’il est aisé de mobiliser des bénévoles en nombre considérable pour l’organisation ponctuelle de manifestations sportives ou culturelles – l’engouement suscité chaque année pour le Paléo Festival ou pour l’organisation de l’Euro en Suisse en 2008 en est un bon exemple – , il demeure très difficile pour les associations de repourvoir aux postes vacants au sein de leurs comités. « Dans certains domaines comme la santé, les besoins en bénévoles vont être croissants dans les années qui viennent, s’inquiète Denise Moser. Un des problèmes, c’est que les candidats potentiels sont de plus en plus impliqués dans leur activité professionnelle. D’où l’évidente difficulté de s’engager pour des actions à long terme ».

« Certains secteurs du bénévolat, comme les ludothèques, les restaurants scolaires s’inquiètent en effet pour la relève, confirme la sociologue genevoise Morena La Barba, auteure du film « Regards sur le bénévolat ». Le véritable enjeu est de fidéliser les bénévoles, d’autant que, c’est vrai, les jeunes privilégient l’engagement ponctuel. Or, il faut leur faire prendre conscience que le bénévolat apporte non seulement les bases d’un réseau, mais qu’il est également générateur de compétences, deux éléments qui facilitent clairement l’entrée dans le monde du travail ».

« Les bénévoles doivent savoir qu’ils ont des droits et des devoirs, et il est important de leur expliquer l’envergure de leur engagement, explique Marie-Chantal Collaud permanente à l’association Bénévolat-Vaud. Mais ces droits et devoirs existent de part et d’autre. Car personne ne doit être exclu du bénévolat, c’est aux institutions qui requièrent les services de bénévoles de leur trouver les actions qui correspondent le mieux à leur profil. Mais c’est difficile, car de nombreuses associations cherchent des bénévoles très compétents et capables de se couler aisément dans leur moule. »

Risques

Des bénévoles capables de se couler dans le moule, mais également de plus en plus susceptibles de faire l’objet… d’exploitation, tant il n’est pas rare de voir des engagés bénévoles travailler plus… que les salariés. Un problème de plus en plus récurrent à l’heure des diminutions de subventions, et qui implique la mise en place de nombreux garde-fous. « Je travaille dans le monde du bénévolat depuis une vingtaine d’années et j’ai rarement vu des bénévoles se faire exploiter, tout simplement parce que les gens savent se défendre, nuance Marie-Chantal Collaud. En réalité tout dépend de la personne de référence qui encadre le bénévole, et c’est une grande difficulté principalement dans le monde du bénévolat, où les politiques de ressources humaines sont aussi complexes que défaillantes ! »

Dernier enjeu et non des moindres: le risque non négligeable de voir les pouvoirs publics, en ces temps de restrictions budgétaires, déléguer de plus en plus leurs tâches régaliennes aux bénévoles, que ceux-ci soient organisés en structures associatives ou non. « Jusqu’à présent, constate la responsable d’une importante association genevoise, l’Etat déléguait des tâches sociales aux fondations et autres organisations non gouvernementales, moyennant l’octroi de subventions conséquentes. Ces dernières années, ce contrat implicite semble voler en éclat car les pouvoirs publics souhaitent le maintien de prestations qu’ils ne financent plus à hauteur des besoins ! »

ChA

Une personne sur quatre en Suisse

Selon l’Office fédéral de la statistique (OFS), une personne sur quatre en Suisse exerce au moins une activité non rémunérée dans le cadre d’organisations ou d’institutions, soit plus de 1,5 millions de personnes ! L’OFS tient néanmoins à distinguer le bénévolat formel du bénévolat informel, qui recouvre l’aide au voisinage, la garde d’enfants ou les services et soins à des parents ou amis qui ne font pas partie du ménage et qui mobilise près de 20% de la population suisse. Etonnamment, les hommes sont plus engagés dans le bénévolat formel et organisé dans le cadre d’institutions que les femmes (28% contre 20%), qui elles évoluent plus volontiers dans le monde du bénévolat non organisé.

Effet miroir

« Ceux qui s’engagent dans le bénévolat organisé en structures sont en général des personnes âgées entre 45 et 60 ans, donc en pleine activité professionnelle. En réalité, le bénévolat transcende les classes sociales et les générations, observe la sociologue Morena La Barba de l’Université de Genève. Le bénévolat a un effet miroir sur la société, il peut mettre en évidence les limites, les manques que l’on rencontre dans la vie familiale ou professionnelle. De nombreux stéréotypes collent à l’image du bénévolat et le grand public pense souvent que l’engagement bénévole se fonde sur une sorte d’hypocrisie qui est totalement fausse ».

Une hypocrisie en vertu de laquelle l’engagement bénévole impliquerait un don sans attente de contre-partie. « Dans mon film (« Regards sur le bénévolat », ndlr), explique Morena La Barba, tous les bénévoles interrogés admettent volontiers qu’ils s’engagent d’abord pour eux-mêmes, qu’ils cherchent à réaliser les désirs et les besoins qu’ils ne peuvent réaliser ailleurs, qu’ils souhaitent mettre en pratique les valeurs qu’ils ne peuvent plus retrouver dans la vie familiale et sociale ».

« J’aime bien donner, même si en fait je n’ai pas l’impression de donner, confirme tranquillement Marie-Louise Rabier, malentendante et bénévole à l’Amicale des malentendants de Morges. M’engager m’apporte beaucoup du point de vue social et me permet d’initier des amitiés. En réalité je reçois plus que je ne donne et ça me fait plaisir car c’est un échange ! »

700 millions d’heures

Un échange certes fécond et enrichissant, mais qui représente un important volume de travail, près de 700 millions d’heures chaque année en Suisse. « En matière de bénévolat, nous n’aimons pas beaucoup articuler des chiffres car cela peut être dangereux et recouvrir des réalités très différentes, avertit Denise Moser, présidente du forum bénévolat.ch. Mais certains expriment que les 700 millions d’heures données dans le cadre du bénévolat peuvent être estimés à près de 20 milliards de francs ! »

Année européenne du bénévolat : ouvrir un nécessaire débat

Le Conseil des ministres et le Parlement européen ont décrété l’année 2011 comme l’« Année européenne des activités de volontariat pour la promotion de la citoyenneté active », ou plus simplement, « Année européenne du bénévolat ». Une reconnaissance qui pourrait faire avancer les choses…

Bonne nouvelle pour les millions de personnes qui donnent gratuitement chaque année de leur temps pour une association, pour une cause, ou tout simplement pour leur prochain. L’année 2011 a été consacrée par le Conseil des ministres et le Parlement européen, « Année européenne des activités de volontariat pour la promotion de la citoyenneté active », ou plus simplement, « Année européenne du bénévolat ».

L’objectif de cette action est de donner à l’ensemble des organisations actives dans le domaine du bénévolat, et elles sont légion, les moyens d’améliorer la qualité et la reconnaissance des actions bénévoles, de sensibiliser l’opinion publique à la valeur et à l’importance de leur action et, pourquoi pas, de susciter de nouvelles vocations.

Utile

La Suisse ne reste pas étrangère à l’événement, loin de là. Dans tous les cantons, de nombreuses associations s’associent pour célébrer cette Année, avec de nombreuses manifestations. Pour la Romandie, c’est d’ailleurs l’association Bénévolat-Vaud qui a été mandatée pour coordonner et promouvoir l’ensemble des activités (www.anneedubenevolat2011.ch ). Avec une question: journée du sida, journée de ceci, semaine de cela. De telles manifestations ont-elles un réel impact sur le public ? Servent-elles réellement les causes qu’elles sont supposées soutenir ?

« L’intérêt d’une année comme celle-ci, est qu’elle permet de rendre visible le bénévolat, précise Denise Moser, présidente de forum bénévolat.ch. Beaucoup de gens ignorent ce qu’est réellement le bénévolat. Ils pensent que c’est ennuyeux, qu’il s’agit de travailler avec des personnes âgées, etc. La réalité est tout autre, et cela peut vraiment être passionnant ! Et puis sur le plan national, cela a permis une reconnaissance officielle du phénomène. Même si cela a été difficile, le Conseil fédéral a octroyé un budget pour l’organisation de la manifestation en Suisse. Et de fait, de nombreux parlementaires prennent conscience du fait que sans le travail bénévole, la société est perdue ».

« Bien sûr qu’un tel événement sert à quelque chose », renchérit Marie-Chantal Collaud, permanente à Bénévolat-Vaud, dont l’objectif est, comme son nom l’indique, la promotion du bénévolat. « Grâce à cette Année, on parle du bénévolat, on évoque son importance dans la société et on ouvre un débat qui permet de poser des questions importantes. La meilleure illustration de cet état de fait est que les journalistes s’intéressent désormais à ce phénomène, ce qui était rarement le cas par le passé ».

Susciter l’envie

De nombreux acteurs du domaine s’inquiètent néanmoins que cette « Année du bénévolat », pour mobilisatrice qu’elle soit, ne soit qu’un simple feu de paille. « Le but n’est pas que ce soit un simple événement croustillant, puis que tout s’arrête une année plus tard, s’inquiète Marie-Chantal Collaud. Il faut que les actions mises en place dans le cadre de cette Année se pérennisent, qu’elles se placent dans une dynamique qui s’inscrit sur le long terme ! »

« Bien sûr, il est clair que nous souhaitons que toutes les actions engagées en 2011 se projettent dans le futur, admet Denise Moser. Le bénévolat fait face à de nombreux défis dans nos sociétés et il est important que le débat et les manifestations se perpétuent ! »

Bénévole à l’Amicale des malentendants de Morges, Marie-Louise Rabier, exprime de son côté avec simplicité la voix de ceux qui, sur le terrain, s’engagent au quotidien. « Cette Année du bénévolat, c’est un peu comme toutes ces journées que l’on organise régulièrement sur le sida, et les différentes maladies, etc., constate-t-elle. J’estime qu’il faut rester discret et savoir garder une certaine pudeur, car il n’y a pas besoin d’être reconnu pour ce que l’on fait ! » Et d’ajouter, avec philosophie: « mais j’imagine que ces manifestations sont nécessaires pour que les choses se sachent, pour susciter l’envie de s’engager auprès du public ! »

ChA