Exposition de photos en… Colombie

C’est une aventure comme on n’en vit qu’une seule fois dans sa vie. En novembre dernier, Ginny Siegrist, malentendante et vice-présidente de forom écoute s’envolait pour la Colombie. Un voyage qui ne prenait pas vraiment la forme d’une découverte, puisque c’était la quatrième fois qu’elle s’y rendait. Non, ce qui a rendu ce voyage exceptionnel à plus d’un titre, c’est l’exposition de photographies qu’elle y a présenté dans le nord-est du pays, à Valledupar, dans les locaux de l’Alliance française, dirigée par son fils David.

Retard de 24 heures

Pour Ginny, passionnée d’expression artistique, la photographie est en effet plus qu’un simple hobby, puisqu’elle a déjà à son actif plusieurs expositions en Suisse romande. « Il y a deux ans, j’étais déjà en vacances en Colombie chez mon fils, à Cartagena de Indias (Cartagène des Indes), et j’y ai pris beaucoup de photos. C’est alors qu’il m’a suggéré: et si tu faisais une exposition ? Bien sûr, avec mon caractère, toujours partante, j’ai dit : pourquoi pas, ce serait une expérience intéressante ! »

Tout avait pourtant plutôt mal commencé. Car au moment où l’avion s’élance de la piste de décollage de l’aéroport de Genève-Cointrin, un train d’atterrissage qui ne veut pas rentrer dans son habitacle pousse le pilote à stopper illico son appareil. Résultat: une nuit dans un hôtel près de l’aéroport, nouveau décollage 24 heures plus tard, et à l’arrivée, huit épuisantes heures de bus pour Carthagène sur les routes colombiennes, défoncées et chaotiques.

Structurée en trois grandes parties, « Passé-présent », « Passé d’autrefois » et « Futur intemporel », l’exposition, intitulée « Place aux temps », rencontre un vif succès. « C’était incroyable, se souvient Ginny qui a passé plus d’un mois et demi sur place. Dès le jour du vernissage, alors qu’il pleuvait, le public et la presse locale ont afflué en masse. Je pense que ce qui leur a plu, c’est le regard que portait une étrangère sur leur pays, un regard sur la vie ordinaire, dénué de tout misérabilisme et jugement ! »

Grande richesse

Pourtant, pour une malentendante, ce genre de voyage n’est pas de tout repos. D’abord parce que le voyage, plus de 24 heures porte-à-porte, est harassant, avec la difficulté d’entendre les annonces inaudibles dans des aéroports bondés. Ensuite parce que la Colombie, contrée de chaleur tropicale et humaine par excellence, est un pays de bruits et de sons: « parfois, admet Ginny Siegrist, j’ai dû me séparer de mes appareils auditifs, car c’était très fatiguant. Heureusement, très vite, les rythmes de la musique locale, le Vallenato, prennent possession de nos sens et le corps fait le reste, c’est assez envoûtant. »

Autre temps fort de ce séjour hors du commun: la visite d’une école pour enfants sourds originaires de quartiers défavorisés. « Les contacts que j’y ai établis ont été d’une richesse et d’une émotion extraordinaires, se souvient-elle avec une lueur dans les yeux. Je réfléchis d’ailleurs à faire une action en faveur de ces enfants car j’ai été très touchée par leur persévérance et leur courage. »

Nouveaux projets

Seule ombre au tableau de ce voyage hors du commun, l’impossibilité pour une femme seule et étrangère, trop facilement repérable, de s’y déplacer seule, la région, en pleine période électorale et encore en proie à l’influence des FARC (forces armées révolutionnaires de Colombie), étant trop dangereuse pour les étrangers. « Je me suis bien adaptée aux us et coutumes locales et j’ai fait plusieurs rencontres en compagnie de mon fils qui m’emmenait dans ses nombreux déplacements … J’ai eu beaucoup d’échanges intéressants comme je n’aurais jamais imaginé en avoir en Suisse. Les Colombiens sont très accessibles, passionnés et flatteurs, curieux de tout connaître : la Suisse, notre vie, l’argent, etc. Et d’ailleurs, cela me donne envie de monter de nouveaux projets ! »

Des projets qui prennent la forme d’une nouvelle… exposition: «c’est un engagement que j’ai pris auprès d’une radio colombienne: une exposition commentée qui retracerait mon voyage, dans le but d’un échange culturel. Je ne sais pas encore quand ni comment, mais je vais m’y employer, car la photographie c’est mon univers. La photographie, c’est ce qui m’a permis de surmonter les acouphènes qui sont parfois bien envahissants ! »

Une exposition réussie, une multitude de rencontres, une visite à une école de sourds, des projets plein la « Mochilla »… le bilan de ce séjour colombien est plus que satisfaisant. Il prend en outre une tout autre ampleur si on lui ajoute la dimension familiale. Car pour Ginny, la Colombie, qu’elle a adoptée, c’est aussi le pays des retrouvailles avec un petit-fils de 13 ans et demi avec lequel elle entretient une relation d’une rare complicité. Sans compter bien sûr son propre fils, David, directeur de l’Alliance française de Valledupar, établi dans ce pays depuis une quinzaine d’années.

« Mon fils savait que je faisais de la photo, mais avec cette exposition, il a été carrément bluffé et très fier. Grâce à elle, il a découvert des aspects de sa mère qu’il ne connaissait pas ! »

ChA