Fabrice Largey: « la curiosité est mon moteur ! »

Membre de la Commission Jeunesse et du Conseil de fondation de forom écoute, doté d’un charisme certain et d’une personnalité forte et encline au leadership,  Fabrice Largey est aujourd’hui ingénieur télécom chez Swisscom, à Berne. Rencontre avec un trentenaire valaisan doté d’un solide appétit de vivre.

Depuis quand êtes-vous malentendant ?

On ignore si c’est de naissance ou si c’est dû à une maladie infantile. Toujours est-il qu’enfant, on pensait que j’étais très distrait car je ne réagissais pas quand on m’appelait. On m’a alors montré à un spécialiste et je me suis retrouvé appareillé dès l’âge de 4 ans !

Y a-t-il d’autres malentendants dans la famille ?

Non, ma sœur, plus jeune que moi de 12 ans, entend normalement. Donc, à part mes grands-parents, je suis le seul (rires). Non, sérieusement, aujourd’hui parvenu à l’âge adulte, je ne considère pas que cela soit handicapant, car je n’ai jamais connu autre chose, et qu’au fond, je ne sais pas ce que c’est, bien entendre. Et puis cela peut comporter des avantages: je pratique beaucoup de lecture labiale et cela m’a beaucoup apporté pour apprendre à détecter tout ce qui n’est pas langage non verbal. C’est un atout gigantesque dans les interactions humaines !

Vous êtes ingénieur. Comment expliquez-vous votre exceptionnelle réussite dans les études, malgré le handicap ?

En fait, j’ai commencé par faire un premier diplôme en informatique de gestion, qui m’a donné ensuite l’envie d’aller vers autre chose encore, et je me suis alors inscrit à la HES d’ingénieurs télécom de Fribourg. Mais c’est vrai que tout petit déjà, j’étais passionné par tout ce qui était technique. La curiosité a toujours été mon moteur, j’aime comprendre comment les choses fonctionnent, comment les gens vivent et raisonnent. Enfant, ma mère m’a un jour donné une calculatrice: je l’ai démontée illico pour voir comment elle était faite !

Tout de même, les études n’ont pas dû être faciles !

Bien sûr, enfant j’ai connu comme tous les malentendants les moqueries des camarades et les difficultés scolaires, probablement en raison du handicap. L’écriture et l’orthographe ont par exemple été un gros problème, il a donc fallu compenser avec autre chose. Mais l’école d’ingénieurs a été un  vrai tournant, d’autant que pendant mes études j’ai travaillé comme consultant chez Microsoft, j’ai pas mal voyagé à l’étranger et c’était vraiment chouette. En fait, le handicap force à devoir lutter, à être inventif, et j’ai très vite compris que lorsqu’on est leader, les choses sont plus faciles que si l’on est simplement suiveur.

Tout le monde ne peut pas avoir un tempérament de leader et la déficience auditive peut parfois être difficile à surmonter…

Bien sûr, j’en suis tout à fait conscient. Mon expérience de travail en Suisse alémanique m’a ouvert les yeux, et travailler dans un environnement en suisse allemand, m’a montré à quel point c’est difficile lorsqu’on ne peut utiliser toutes ses capacités ! Mais il faut être persévérant, trouver toutes les combines pour surmonter son handicap et un jour ça va mieux ! Car une chose est sûre: pour arriver haut, il faut viser haut !

Comment  en êtes-vous arrivé à vous engager avec forom écoute ?

Depuis longtemps j’avais envie de rencontrer des personnes avec le même handicap que le mien, pour mieux partager mes expériences, donner des informations et en recevoir. Je me rendais compte que mon exemple pouvait encourager les autres à se battre et à gravir les échelons. En 2009, je suis tombé sur l’affiche de forom écoute « Ne bousillez plus vos oreilles ». Tout est parti de là, et aujourd’hui je suis à la Commission Jeunesse et membre du Conseil de fondation, et ça se passe très bien.

Propos recueillis par Charaf Abdessemed