Fatime Govedari: « on m’accepte comme je suis, ou on ne m’accepte pas ! »

Suissesse d’origine kosovare, née à Genève, Fatime Govedari est âgée de sept mois quand sa famille déménage à Porrentruy, ville qu’elle n’a plus quittée depuis. Atteinte d’une importante déficience auditive due à une méningite, elle a réussi à poursuivre sa scolarité et s’apprête à décrocher son diplôme de coiffeuse. Rencontre avec une Jurassienne débordante de vie qui entend bien s’installer à son compte.

Comment êtes vous devenue malentendante ?

J’ai toujours entendu normalement jusqu’à l’âge de 7 ans, où j’ai contracté une méchante méningite. J’étais en week-end dans ma famille à Lausanne, et j’ai commencé à ressentir des symptômes violents, comme des maux de têtes et d’intenses vomissements. Le problème, c’est que le diagnostic n’a pas tout de suite été posé à l’hôpital, et mon état a vraiment empiré. Une nuit, c’était un 12 octobre, je me suis réveillée et j’ai dit à ma mère: je sens un énorme boum dans ma tête ! Et je me suis tout de suite rendue compte que je n’entendais plus correctement !

Quel choc !

Oui, c’était très brutal, car j’ai déclaré d’un seul coup une surdité bilatérale sévère. Ma maman l’a d’ailleurs très mal vécu !

Et vous, comment avez-vous ressenti tout cela ?

Au début, j’ai vraiment été très mal dans ma peau. J’ai totalement perdu confiance en moi, j’ai commencé à me replier sur moi-même, et j’ai très vite cessé d’aller à l’école !

N’a-t-on pas essayé de vous appareiller ?

Si, bien sûr, pendant une année, mais malheureusement ça n’a pas du tout marché ! Mon seul moyen de communiquer, c’était l’écriture ! Et puis, à l’âge de 11 ans, j’ai été implantée et les choses se sont beaucoup améliorées, même si, dans un environnement bruyant ou dans une grande salle, cela reste parfois difficile pour moi.

Vous avez évoqué l’école. Comment avez-vous repris pied dans le cursus scolaire ?

C’est clair, à cause de la maladie, j’avais raté énormément de choses. Pour rattraper mon retard, j’ai été placée en classe de soutien, où j’ai d’ailleurs suivi avec succès l’ensemble de ma scolarité.

Vous avez d’ailleurs reçu le Prix aux élèves malentendants…

Oui, et cela m’a bien fait plaisir ! C’est tellement important de savoir que l’on n’est pas seul !

Qu’est-ce qui a été le plus difficile dans votre parcours scolaire ?

Incontestablement, de reprendre l’école et de se rendre compte que pour moi, tout avait complètement changé ! Il a fallu s’adapter, et j’ai heureusement été énormément soutenue par ma famille et mon entourage. Mes parents n’ont jamais pratiqué la moindre discrimination entre moi et mon frère ou ma sœur, du coup je ne me suis jamais sentie différente !

Où en êtes-vous aujourd’hui dans vos études ?

Après la scolarité, je voulais faire de la vente pour ouvrir ma propre boutique de vêtements. Hélas, je ne maîtrisais pas suffisamment l’allemand et j’ai dû m’orienter vers un apprentissage de coiffure. Cela fait trois ans que je prépare mon diplôme, que j’espère décrocher bientôt. Cette profession m’a énormément apporté en termes de confiance en moi. Car le contact avec le public pousse toujours en avant.

Eprouvez-vous des difficultés dans votre apprentissage ?

Dans le travail, j’ai quand même eu beaucoup de mal à dire que j’avais un problème de surdité! Mais quand on fait un shampoing et qu’on ne voit pas le visage de la personne qui nous parle ou bien quand on utilise un foehn, il faut bien s’y résoudre, pour que la communication puisse se faire (rires) ! Alors maintenant, je le dis d’emblée aux clients, c’est plus simple et plus efficace ! Et puis, j’ai dû aussi apprendre à répondre au téléphone, ce qui est tout de même indispensable dans un salon de coiffure ! Aujourd’hui, tout est beaucoup plus clair dans ma tête: on m’accepte comme je suis, ou on ne m’accepte pas !

Quels sont désormais vos projets professionnels ?

Je veux suivre des cours de perfectionnement en coiffure, puis élargir mes compétences en soins des mains ou du visage. Mais mon but, c’est clairement à moyen terme d’ouvrir mon propre salon de coiffure. Et aussi bien entendu, de profiter de la vie. Car j’aime les gens, j’aime faire la fête, j’aime sortir, rencontrer des amis, voyager !!!

Propos recueillis par Charaf Abdessemed