Flânerie ardéchoise entre mère et fille

Avec sa mère malentendante, Michèle Bruttin, présidente de forom écoute, entretient une relation faite de complicité et d’admiration. Ensemble, mère et fille se sont organisé cet été une semaine de vacances en France, à la découverte de la magnifique Ardèche. L’occasion d’une belle balade touristique et d’un précieux moment d’échange.

Les vacances sont souvent l’occasion idéale à la fois pour le farniente et pour les retrouvailles. Déjà très complices dans la vie de tous les jours, Michèle Bruttin, présidente de forom et sa mère, Françoise Doutre-Roussel, fringante octogénaire malentendante, se sont retrouvées en juillet dernier, pour une semaine de vacances en Ardèche. « Il y a quatre ans, raconte Michèle Bruttin, nous étions déjà allées ensemble à Madère à l’occasion des 80 ans de ma maman. Et on y a vraiment passé un extraordinaire séjour, dans ce que j’appelle volontiers une ambiance de « folles », tellement on s’était amusées ! On s’était promis de renouveler l’expérience, et l’occasion est venue cet été, avec l’Ardèche que  ma mère connaissait déjà, mais où moi, je n’étais encore jamais allée ».

Aussitôt dit, aussitôt fait, voilà notre duo, qui un beau matin de la fin du mois de juillet, met les voiles au départ de Tolochenaz (VD). 400 kilomètres parcourus en voiture et en plusieurs étapes, à un rythme bon enfant, avec arrêt pique-nique et pauses de repos, pour arriver en fin de journée au magnifique Domaine de l’Eau-Vive à Largentière, lieu de leur villégiature. Une cité médiévale très pittoresque avec ses ruelles à recoins, ses « couradous » (terrasses couvertes) et son église, qui vaut assurément le détour.

Village de Balazuc

Dès le lendemain nos deux amies, décidément très dynamiques enchaînent avec la visite du superbe village de Balazuc, l’un des plus beaux de France, perché sur sa falaise. « C’est incroyable ce que l’eau a pu y creuser, l’Ardèche est vraiment une région magnifique, s’enthousiasme Michèle Bruttin. En réalité, c’est ma mère qui a fait le programme, et je me suis contentée de faire le chauffeur. Mais nous  ne nous sommes jamais stressées, ni fixé la moindre obligation. Le but était d’aller à notre rythme, sur le mode de la flânerie et de la découverte ».

Le jour même, s’enchaînent alors une  descente sur le Vallon du Pont d’Arc, avec sa vue imprenable sur le Pont d’Arc où bon nombre de baigneurs se rafraîchissent, sans oublier les incontournables canoë-kayak, puis une très intéressante visite commentée du Musée de la Lavande à Saint-Remèze. Et dès le lendemain matin, c’est la découverte de Voguë, un autre village très pittoresque  avec toutes ses ruelles étroites, suivi d’une visite guidée du Musée de la Soie au Moulinet juste à côté de Largentière.

Toutes ces découvertes n’auraient pas été possibles sans l’extraordinaire dynamisme de Françoise, octogénaire alerte et très sportive, longtemps adepte de varappe, de randonnées en montagne et qui s’adonne encore aujourd’hui à de  longues marches. Ainsi, dès le samedi,  les voici en train d’escalader le célèbre mont Gerbier-de-Jonc, à Saint-Martial, qui culmine tout de même à… 1551 mètres d’altitude. « Je n’étais pas vraiment tranquille pour ma maman, ajoute Michèle Bruttin. C’est une escalade plutôt directe, avec peu de lacis, mais pas mal de ravins à flanc de coteau. Au début, le sentier est anodin, il ne paie pas de mine, mais il laisse rapidement place à la caillasse, et la chute n’est jamais très loin ! »

Sportive à 84 ans

Seulement voilà, il en faut bien plus pour décourager une Françoise rompue à ce genre d’exercice et qui, en dépit de son âge, affiche une forme éclatante. Munie de ses bâtons de marche , là-voilà qui arrive au sommet, pas essoufflée pour un sou, et en trente minutes à peine, là où d’ordinaire il faut compter 35  à 45 minutes.

« J’hésite entre le désir de la préserver et la fierté que j’ai de la voir aussi alerte et dynamique, explique Michèle. Ma maman est très pudique, et  ne veut surtout pas être un poids pour les autres. L’avantage quand elle est avec moi,  c’est que quand elle est fatiguée, elle ose me le dire. Alors, la voir spontanément grimper là-haut, quelle fierté ! Je n’ai pas pu m’empêcher de clamer autour de moi : « c’est ma mère, elle a 84 ans, et elle est montée au sommet ! »

Chance

Car évidemment, au-delà de la découverte touristique et… sportive, ce genre de vacances est d’abord l’occasion de retrouvailles entre mère et fille. L’occasion, dans un cadre plus propice aux échanges et aux confidences, de partager une complicité renouvelée.

« Je sais que j’ai beaucoup de chance de pouvoir partager avec elle ce genre de choses maintenant, observe Michèle. On profite l’une de l’autre, du plaisir d’être ensemble, entre femmes, en toute simplicité et en toute harmonie. »

Au bout d’une semaine de vacances, de partage et de découvertes, nos deux complices rentrent en Suisse. Michèle a aussitôt repris le travail, et Françoise, décidément aussi incorrigible qu’infatigable, s’est envolée trois jours après pour… la Russie, avec Saint-Pétersbourg et Moscou au programme.

Pour l’heure, aucun autre voyage en duo n’est au programme. Mais nul doute qu’il finira bientôt par se préciser, tant l’expérience s’est révélée enrichissante. « Ce sera peut-être une grande ville, pronostique Michèle. Maman aime bien retourner dans un endroit pour me le faire découvrir et c’est une personne qui a besoin de projets et de voyages. Car tant qu’elle a la santé, rien ne l’arrêtera. Qui sait, peut-être allons-nous bientôt faire un petit saut à Rome ? »

Ch.A.