Fribourg: Un nouveau président pour l’association des malentendants

Après 10 années de présidence conviviale et sympathique, elle tenait à passer la main : Evelyne Jordan vient en effet de quitter la présidence de l’AFM, l’Association Fribourgeoise des Malentendants. Et c’est Christophe Lesimple, déjà présent au comité depuis quatre ans, qui prend la relève. Portrait d’un président plutôt… atypique.

« Depuis quelques temps, Evelyne souhaitait passer à autre chose et quand le comité m’a proposé de prendre sa succession, j’ai dit oui, raconte Christophe Lesimple le nouveau président de l’AFM. Mais j’ai demandé qu’elle reste comme vice-présidente, car elle sait comment tout fonctionne. Elle a réalisé beaucoup de choses en une décennie et elle a pu mettre beaucoup de ses idées en pratique : sorties, lecture labiale, actions de prévention, etc. Son expérience était donc précieuse ».

Depuis quelques semaines, l’AFM a donc un nouveau président à sa tête. Un jeune président affable et enjoué, dont le parcours a de quoi surprendre, aussi bien sur le plan personnel que professionnel.

Âgé de 35 ans, de père français et de mère sud-africaine, Christophe Lesimple voit sa malentendance diagnostiquée très tard, en pleine adolescence. « Je ne savais pas que j’étais sourd d’un côté, raconte-t-il. J’ai été diagnostiqué lors d’un examen de dépistage à l’âge de 14 ans et je suis en fait, ajoute-t-il non sans humour, un hémi-bon-entendant. Je souffre en effet d’un hydrops cochléaire d’origine inconnue et d’évolution fluctuante avec des crises de surdité brusque qui malheureusement mettent également en danger mon oreille saine ».

Musicien professionnel

Un diagnostic difficile, une pathologie invalidante, mais qui n’empêchent pas le jeune homme de mener sa vie comme il l’entend. Après une enfance passée à Grenoble, Christophe Lesimple met en effet le cap sur l’Allemagne, où il étudie la musique. Elevé au sein d’une famille de mélomanes avertis, le jeune homme joue en effet de plusieurs instruments : piano, guitare, cor, cor des Alpes, etc. Au point même de devenir musicien professionnel dans un orchestre d’opéra.

Seulement voilà. Avec un handicap auditif, ce genre de carrière devient au fil du temps difficile à gérer. « Aujourd’hui, je fais encore énormément de musique, mais pour mon plaisir, même si je n’entends plus aussi bien ». Et d’ajouter avec humour : « Comme certains handicapés physiques font du handisport, je fais de la handimusique ».

Sur le plan professionnel, l’heure est néanmoins à la reconversion, et le jeune musicien, pas avare de défis, décide de se tourner vers… l’audioprothèse. « Avec de tels problèmes d’audition, il me devenait difficile de me projeter dans un avenir musical. Un ORL m’a alors suggéré des études d’audioprothésiste, et je me suis dit : pourquoi pas ? » Christophe Lesimple retourne alors en France, et quatre ans plus tard, le voilà audioprothésiste, après un parcours exemplaire : 1er au concours d’entrée aux études, 1er de classe durant toute sa formation. Dans la foulée, il décroche également un diplôme en biostatistiques.

Et c’est à partir de là que son aventure suisse commence. « Je voulais travailler dans les deux langues, en allemand et en français, raconte-t-il. C’est pour cette raison que lorsqu’une opportunité s’est présentée à Fribourg, j’ai sauté sur l’occasion. »

Le voilà qui débarque donc à Fribourg il y a quatre ans, pour occuper un poste d’audioprothésiste chez Amplifon. Et pas n’importe quel poste, puisque le jeune diplômé, curieux de tout, travaille dans le département recherche et développement : tests, élaboration de concepts et d’algorithmes, il est dans son élément.

« Bien sûr, être malentendant a été une motivation supplémentaire pour me lancer dans la recherche, même s’il faut bien faire attention à ne pas projeter son vécu. Je travaille beaucoup seul sur mes projets et mes soucis d’audition ne m’empêchent pas de bien faire mon travail, même s’il est parfois difficile de communiquer en vidéoconférence, où le son est souvent mauvais », ajoute également celui qui enseigne à l’Université de Lyon.

Intégration associative

Arrivé à Fribourg, le jeune homme s’engage très vite dans la vie associative et se tourne très naturellement vers l’AFM. « Partout où j’ai été, j’ai fait partie d’associations, c’est important pour une bonne intégration », observe-t-il. « En outre, je voulais rencontrer des personnes qui avaient les mêmes problèmes que moi, tout en contribuant à aider ceux qui cherchent des réponses à leurs soucis d’audition ».

Quatre ans plus tard, le voilà donc à la tête de l’AFM, avec pas mal de projets en tête. « L’idée, explique le nouveau président, est de fidéliser ceux qui sont déjà avec nous et de s’ouvrir à de nouveaux membres. Nous allons donc continuer à faire ce que nous faisions très bien, avec l’aide d’un comité compétent et impliqué : sorties, participation à la Journée Nationale de l’Audition, promotion de la lecture labiale, pour laquelle il faudra sensibiliser les professionnels de l’audition, etc. Ensuite, il faudra proposer des choses nouvelles, et j’ai quelques idées : ainsi, nous allons par exemple travailler sur une nouvelle brochure, car la précédente date d’il y a déjà 10 ans ».

L’autre grand chantier sera incontestablement le site internet de l’AFM. Grâce au soutien bénévole d’une webmaster professionnelle, le site sera entièrement repensé et enrichi d’informations pratiques, mais également, afin d’aller dans un sens plus participatif, de témoignages de malentendants.

 

ChA