Genève: Une association au service des malentendants

Fondée dans les années 20, l’Association Genevoise des Malentendants (AGM), qui au départ n’était qu’une amicale, est dirigée depuis l’année dernière par le Dr Pierre Liard, président et par Yolande Bosshard, vice-présidente. Rencontre avec un tandem déterminé et à la bonne entente manifeste.

Comment vous êtes-vous retrouvés à la tête de l’AGM ?

PL : J’ai une première fois fait partie du comité de l’association dans les années 80. Puis dans les années 2000, j’en ai même occupé la vice-présidence, malgré mes activités de médecin ORL. L’année dernière, quand le président sortant a souhaité passer la main après plusieurs années de présidence, le comité s’est tourné vers moi. Retraité, j’ai dit oui, mais à la condition expresse que Yolande Bosshard devienne la vice-présidente (rires) !

YB : Nous nous connaissons depuis très longtemps et nous nous entendons très bien. Il était donc normal que je me joigne à Pierre !

Le statut d’association est très important pour vous…

Oui, car nous ne sommes pas une amicale ! Pour nous, il ne s’agit pas seulement d’offrir des occasions de rencontres pour les malentendants, mais bel et bien de mettre des prestations très concrètes à leur service.

Quel type de prestations offrez-vous ?

L’action de notre service social, particulièrement actif, est pour nous primordiale. Les personnes souffrant de surdité sont très précarisées, elles ont donc besoin d’un conseil et d’un soutien particulier. L’association emploie 4 personnes dont trois assistants sociaux qui reçoivent les malentendants pour tenter de répondre au mieux à leurs besoins, qu’il s’agisse de leur vie quotidienne ou professionnelle. En outre, une conseillère en aides auditives se consacre à des visites dans les EMS afin d’aider les malentendants âgés à régler et gérer leurs appareils auditifs, une prestation rendue indispensable depuis que la 2ème expertise de contrôle pratiquée par l’ORL a été supprimée par l’OFAS.

Quelles autres services assurez-vous ?

Chaque jeudi, Yolande Bosshard assiste au colloque de notre personnel afin de faire le lien avec le comité de l’association. En outre, nous adressons dix fois par an à nos membres une newsletter contenant des informations liées à la malentendance. Enfin, pour mieux vérifier qu’ils répondent à leurs besoins, les malentendants peuvent venir dans nos locaux tester divers appareils téléphoniques avant d’en faire l’acquisition.

Comment est financée l’AGM ?

Essentiellement par Pro Infirmis avec laquelle nous sommes liés par un contrat de prestations, ce qui au passage nous impose une lourde tâche administrative. Nous sommes également soutenus par la Ville, certaines communes genevoises, ainsi que des fondations qui nous aident de manière régulière. Le principal enjeu est de garantir notre financement, qui n’est de loin pas acquis, puisque par exemple, Pro Infirmis a, cette année, diminué son allocation de 20%. Le défi est d’arriver à maintenir, voire d’augmenter, nos prestations de service social, alors que nous sommes clairement de plus en plus sollicités. Le nouveau régime de remboursement forfaitaire des appareils auditifs conduit de plus en plus de personnes à s’adresser à nous ! Et pour être complets, nous obtenons parfois des financements, mais très ponctuels et liés à des actions précises et limitées dans le temps.

Combien de membres compte l’AGM ?

Environ 200, un chiffre relativement stable malgré quelques fluctuations. En réalité, ce qui change, c’est que nos membres sont de plus en plus âgés. Cette évolution est dans l’air du temps, car en dehors des prestations et en raison de la nature même de ce handicap invisible, il est difficile d’offrir aux malentendants  des prestations efficaces à 100%. Même l’appareillage ne résout pas tout, puisqu’un malentendant appareillé reste un malentendant ! Bref, tout cela fait que l’on a plus de mal à recruter des jeunes, qui souvent, attendent des réponses immédiates et concrètes !

Quels sont vos projets pour l’avenir ?

Pérenniser coûte que coûte nos prestations ! Et une chose est sûre : si notre service social venait à disparaître, cela coûterait plus cher à la Ville et au canton de Genève que ce que nous leur coûtons aujourd’hui ! Nous devons également mieux faire connaître l’AGM et ses projets et continuer à soutenir le personnel de notre association, qui est très dynamique et motivé. En outre, nous projetons d’éditer un fascicule destiné aux malentendants qui résumera les principales problématiques qui les concernent, de la dimension psychologique de ce handicap, aux questions d’adaptation professionnelle, en passant par la famille, l’intégration scolaire etc.

 

Propos recueillis par Charaf Abdessemed