Guillaume Berbier : « Devenir cantonnier, mon rêve d’enfance »

Âgé de 20 ans, Guillaume Berbier vit aux Pommerats, dans le canton du Jura. Sportif, travailleur et déterminé, ce malentendant de naissance vient de décrocher son CFC de cantonnier. Un rêve d’enfant qu’il a exaucé en juin dernier, après des années d’efforts.

 

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En juin dernier, vous avez décroché votre CFC d’agent d’exploitation. Où avez-vous effectué votre apprentissage ?

A la commune de Noirmont pendant 3 ans, puis j’ai effectué une 4e année au canton du Jura, à Porrentury. Les cours théoriques en revanche, se sont déroulés à Neuchâtel.

Cela a-t-il été facile de décrocher cet apprentissage ?

Non pas du tout, car il y avait très peu de places d’apprentissage dans la région. J’ai alors effectué deux postulations dans des communes, qui ont décidé de former un apprenti, dont la commune du Noirmont.

Agent d’exploitation, en quoi cela consiste-t-il ?

En fait, c’est tout simplement un travail de cantonnier et concierge : entretien des routes et des espaces verts, maintenance et entretien des bâtiments. C’est donc un métier très complet.

Pourquoi avoir choisi ce métier ?

C’est une passion depuis mon plus jeune âge, j’ai toujours rêvé de faire ça ! Mon père l’exerçait déjà, et enfant, je l’accompagnais dès que je pouvais. En fait, je n’aime pas rester derrière un bureau, j’aime quand ça bouge !

Comment s’est déroulé votre apprentissage ?

Je n’ai pas réussi mes examens en 2015, à la fin des 3 ans, j’ai alors refait une année, mais cette fois, à Porrentruy, à la division technique et au service de la voirie du canton du Jura, à Porrentruy.

A quoi attribuez-vous cet échec ?

Le travail est très exigeant et ce n’est pas évident de tout maîtriser dans ce métier, surtout quand on a un souci d’audition. Etant le premier apprenti à être formé par la commune, il me manquait des connaissances métier. A Porrentruy, les responsables des apprentis se sont donnés beaucoup de peine pour combler mes lacunes. Une année plus tard, en juin dernier donc, j’ai repassé mes examens avec succès et décroché mon CFC. En plus, j’ai été très bien soutenu par mes parents.

Forom écoute vous a d’ailleurs décerné à cette occasion le Prix aux élèves malentendants !

Oui et j’étais très content car c’est une reconnaissance du chemin parcouru, une reconnaissance du fait que pour un malentendant, ce n’est pas évident. Mais ce n’était pas la première fois : je l’avais déjà reçu à la fin de ma scolarité obligatoire, en 2012 (rires) !

Depuis quand êtes-vous malentendant ?

Depuis la naissance, et dans la famille j’ai des petits cousins qui ont aussi des problèmes d’audition.

Êtes-vous appareillé ?

Oui bien sûr, aux deux oreilles, depuis l’âge de 3 ans. En fait, ce qui est drôle, c’est que ma maman avait déjà senti avant ma naissance que j’aurais des problèmes d’audition, car disait-elle « je bougeais beaucoup dans son ventre, mais jamais en relation avec le bruit ». Mais aucun médecin ne l’a prise au sérieux. A l’âge de 3 ans, comme je ne parlais pas, mais surtout ne comprenait rien, les médecins ont bien dû se rendre à l’évidence. Heureusement, grâce aussi à ma logopédiste à St-Imier, chez laquelle je suis allé pendant plus de 17 ans, entre 1 à 3 fois par semaine, je me débrouille très bien avec mes appareils.

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

Normalement, dans des écoles ordinaires pour personnes entendantes, dans le Jura. J’obtenais de bonnes notes, mais bien sûr au prix d’un important travail, comme pour tous les enfants malentendants. Avec mes parents, mes professeurs de soutien et ma logopédiste, nous faisions tout ce que nous pouvions pour avancer. Le plus difficile pour moi, ça a été les langues, français, allemand ou anglais.

Et avec les camarades d’école, c’était comment ?

Pas toujours facile ! Certains camarades n’étaient pas très ouverts à la différence. J’en avais beaucoup parlé avec ma professeure de soutien et on avait même élaboré un Powerpoint pour leur expliquer ce qu’étaient les troubles de l’audition ! Mais ça n’avait pas été très utile, et pour avancer, j’ai choisi d’ignorer ceux qui m’embêtaient et d’aller vers ceux qui étaient plus sympas. Heureusement, les enfants mûrissent et c’est devenu beaucoup plus facile après l’école obligatoire.

En dehors de vos études, que faisiez-vous ?

Avec un ami, du bûcheronnage, pour gagner un peu d’argent. Sinon, je faisais beaucoup de bricolage chez mes grands-parents, sans compter de la marche, du vélo et de la natation, pour laquelle je m’entraînais régulièrement…

Quels sont vos projets désormais ?

Trouver du travail, peu importe dans quel canton. Et puis, mon rêve, ce serait de passer le permis de conduire « camion ». J’adore conduire, et cela améliorerait mes compétences pour le travail, d’autant que les camions me passionnent depuis que je suis tout petit. Le hic, c’est qu’il faut trouver un employeur qui me le paye, car il coûte au moins 15’000 francs !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed