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Handicap auditif : une épidémie silencieuse

En Suisse et dans le monde entier, le nombre de malentendants est en train d’exploser.
D’ici 2025, le nombre de sourds et de malentendants dans le monde devrait passer à 900 millions.

Si les maladies infectieuses infantiles sont à incriminer dans les pays du Sud, deux causes majeures émergent dans les pays développés : le vieillissement et l’exposition au bruit excessif.

Des chiffres qui donnent le tournis ! Nous sommes apparemment en train d’assister au développement rapide d’une épidémie silencieuse, aussi invisible que le handicap qu’elle concerne. Le nombre de sourds et de malentendants dans le monde, mais aussi en Suisse, est en train d’exploser !

Dans un rapport publié en 2013, intitulé « Evaluation multi-pays des capacités de prise en charge des troubles de l’audition », l’Organisation Mondiale de la Santé estime ainsi qu’environ 5% de la population mondiale souffrirait d’une déficience auditive handicapante (perte d’audition supérieure à 40dB dans la meilleure oreille chez l’adulte et à 30dB dans la meilleure oreille chez l’enfant), plus particulièrement dans la région Asie-Pacifique, en Asie du Sud et en Afrique subsaharienne. 5% de la population mondiale, cela fait le chiffre astronomique de 360 millions de personnes, dont 32 millions d’enfants !

Déjà énorme en valeur absolue, ce chiffre donne encore plus le vertige dès lors que l’on se place dans une démarche prospective. Car les prévisions sont en effet loin d’être brillantes.

Chiffres alarmants

Un des premiers chercheurs à avoir analysé la prévalence de la déficience auditive en utilisant plusieurs indicateurs, le professeur britannique Adrian Davis qui, à l’Institut Britannique de recherche sur l’audition, travaille sur le sujet depuis plusieurs décennies, avance des chiffres particulièrement alarmants. Le nombre de personnes déficientes auditives devrait ainsi passer à plus de 900 millions d’ici 2025, une progression bien plus importante que ne le laissait augurer la croissance démographique de la population mondiale.

Comment donc expliquer l’ampleur de cette explosion du nombre de malentendants ? En réalité, les explications divergent selon la zone géographique et la réalité socio-économique des régions concernées. Ainsi dans ce que l’on a coutume d’appeler les pays du Sud, la principale cause de l’augmentation du nombre de cas de surdité, partielle ou totale, est essentiellement liée aux maladies infectieuses infantiles (rougeole, rubéole, etc.) et à la multiplication d’otites chroniques mal ou non soignées.

« Chez les enfants, l’une des principales causes de déficience auditive sont les infections auriculaires non traitées », a expliqué Tarik Jasarevic de l’Organisation Mondiale de la Santé à l’occasion de la Journée internationale de l’audition le 3 mars dernier. « Par ailleurs, certaines maladies infectieuses évitables par la vaccination, telles que la rubéole, la méningite ou les oreillons, peuvent aussi entraîner une déficience auditive en l’absence de traitements. »

En clair, dans ces pays, ce sont avant tous les déficiences des systèmes de santé locaux qui sont à mettre au passif de l’augmentation du nombre de personnes souffrant de déficience auditive. Un phénomène qui se trouve aux antipodes de notre réalité à nous, pays d’Europe ou d’Amérique du Nord.

En Europe aussi

Pourtant, chez nous aussi, les chiffres ne sont pas brillants, loin s’en faut. Et les données rassemblées par l’association internationale à but non lucratif Hear-it AISBL, font carrément froid dans le dos. En Suède, le nombre de déficients auditifs de moins de 15 ans aurait augmenté de 40% au cours de deux dernières décennies. En Australie, un sixième de la population adulte serait également en situation de handicap auditif, contre un dixième de la population 20 ans auparavant. Aux Etats-Unis enfin, plus de la moitié des étudiants présentent des symptômes de déficience auditive et le nombre total d‘Américains atteints de déficience auditive devrait dépasser les 50 millions d’ici 2050.

Enfin, près de 16 % des citoyens adultes européens, soit près de 60 millions de personnes, souffriraient de troubles auditifs, plus ou moins sévères selon le rapport « Évaluation des coûts socio-économiques de la déficience auditive », résultat d’une étude scientifique publiée en 2006 et consacrée à l’impact socio-économique de la déficience auditive en Europe, Australie et Etats-Unis. 16%, c’est beaucoup plus que les 10% communément admis jusqu’à présent.

En Suisse enfin, et bien qu’aucune statistique nationale ou cantonale concernant la population sourde ou malentendante ne soit disponible, les chiffres sont également peu encourageants. Selon une Etude de la London South Bank University, près de 960’000 malentendants seraient recensés chez nous, soit environ 13% de la population résidente, contre 600’000 seulement il y a 10 ans. Un indicateur peut également donner une idée de cette évolution : les prestations accordées par l’AI pour cause de déficience auditive sont ainsi passées de 860 en 2001 à 1160 en 2013, ceci malgré les restrictions introduites ces dernières années.

Evidemment, chez nous, les causes de cette nouvelle épidémie n’ont évidemment rien à voir avec celles qui prévalent dans les pays du Sud. Ici point d’infections néfastes à l’audition ou de système médical défaillant. Les causes s’appellent plutôt vieillissement et… exposition au bruit excessif (lire les articles ci-dessous).  « Nous allons bientôt avoir une nouvelle génération ayant besoin d’un appareil auditif à un jeune âge, à moins que nous ne prenions mieux soin de notre audition », résume ainsi Kim Ruberg, le Secrétaire général de l’organisation Hear-it AISBL.

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Le vieillissement, une cause de déficience auditive difficilement évitable

C’est une évidence. Nous vivons de plus en plus vieux et nos populations vieillissent à vue d’œil, comme le traduisent aisément les pyramides des âges dans tous les pays développés. En Suisse, selon les données fournies par l’Office fédéral des statistiques (OFS), la proportion des jeunes de moins de 20 ans a régressé de 40,7% de la population totale en 1900 à 20,4% en 2012, celle des personnes âgées (plus de 64 ans) a progressé de 5,8% à 17,4%.
L’augmentation est d’ailleurs particulièrement marquée (de 0,5% à 4,9%) pour les personnes du quatrième âge (80 ans ou plus). Mieux encore, toujours en 2012, on recensait même1409 personnes âgées de 100 ans ou plus.
Ce phénomène, connu sous le nom de vieillissement démographique, résulte de l’allongement de l’espérance de vie et surtout du recul de la fécondité. Avec l’augmentation du nombre de personnes âgées, augmente mécaniquement le nombre de personnes souffrant de troubles auditifs : c’est ce que l’on appelle la presbyacousie, une diminution naturelle, physiologique et irréversible de l’audition liée à l’âge, qui apparaît en règle générale à partir de 55-60 ans et qui est liée non seulement au vieillissement de l’oreille et de ses constituants, mais aussi à la détérioration des conductions nerveuses auditives ainsi qu’à la baisse des facultés intellectuelles. Sur le plan de la symptomatologie, la presbyacousie entraîne une chute sélective dans les fréquences aiguës, celles qui sont le plus utilisées pour la compréhension.
Ainsi, dès lors que l’on admet que 70% des plus de 65 ans souffrent de presbyacousie, on comprend mieux l’augmentation vertigineuse du nombre de malentendants dans nos sociétés, une augmentation qui est appelée à s’accentuer au cours des années à venir.

Que faire contre la presbyacousie ?

Hélas, il n’existe à ce jour aucun médicament permettant d’enrayer la perte auditive liée à la presbyacousie. Tout au plus peut-on tenter de limiter l’impact d’éventuels facteurs qui la favoriseraient mais dont on ignore encore l’impact réel. Le principal objectif est donc de dépister et soigner les maladies métaboliques qui la favorisent (diabète, hypertension, athérosclérose), tout en évitant au maximum le recours aux médicaments dangereux pour l’audition. Enfin, et c’est une mesure de bon sens, il convient de préserver le plus possible son capital auditif en évitant tout au long de la vie les traumatismes sonores qui pourraient majorer la presbyacousie le jour où elle surviendrait. Au final, le véritable enjeu en matière de presbyacousie réside actuellement dans son dépistage précoce. Car plus tôt celle-ci est diagnostiquée, plus tôt la personne sera appareillée, ce qui permettra d’éviter les si préjudiciables situations d’isolement social et familial.

 

La prévention des traumatismes acoustiques, un enjeu majeur

A l’autre bout de la pyramide des âges, les troubles auditifs touchent de plus en plus de jeunes, et malheureusement à un âge de plus en plus précoce. Une des raisons principales de cette augmentation inquiétante est l’exposition au bruit. En cause, l’évolution de notre mode de vie, la généralisation des baladeurs et l’exposition à des bruits d’intensité sonore trop élevée.
C’est ce que l’on appelle les traumatismes acoustiques, qu’il s’agisse des traumatismes aigus et uniques liés à l’exposition soudaine à un son très fort, ou plus fréquemment encore, de traumatismes prolongés liés à la répétition de bruits excessifs. Principale et désastreuse conséquence de ces niveaux sonores élevés : la destruction des cellules ciliées de l’oreille et même parfois des neurones ganglionnaires afférents. Cette destruction peut être temporaire ou définitive, occasionnant ainsi des pertes auditives permanentes.
L’exposition aux intensités sonores excessives a lieu en général dans deux contextes très différents. D’abord sur le plan professionnel, où selon la SUVA (Caisse nationale suisse en cas d’accidents) plus de 200’000 personnes en Suisse seraient, sur leur lieu de travail, exposées à un bruit dangereux pour l’ouïe. Il s’agit bien entendu des ouvriers dans le monde du bâtiment, de la construction et de l’industrie mais aussi dans le monde artistique, les musiciens professionnels souffrant souvent de troubles auditifs.

L’autre contexte est celui des loisirs, contexte dans lequel les jeunes sont hélas particulièrement concernés : concerts, festivals, sorties en discothèque, utilisation massive des baladeurs à un niveau trop élevé, les situations où l’ouïe est inconsidérément mise en danger sont malheureusement de plus en plus nombreuses. Ainsi, des exposition répétées à un niveau proche de 100 dB (concert, soirée en discothèque, etc.) peuvent être lourdes de conséquences, provoquant une dégradation prématurée de l’oreille et, par voie de conséquence, des surdités précoces.
Premier signe d’alerte en cas d’exposition à un bruit excessif: l’apparition de troubles temporaires, bourdonnements ou sifflements. Les effets persistants et irréversibles (acouphènes, baisse sensible de l’audition, hypersensibilité au bruit, etc.) n’apparaissent quant à eux que dans un second temps.

 

Que faire pour limiter les bruits excessifs?

En matière d’exposition à des intensités sonores excessives, la seule attitude qui vaille est celle de la prévention. « Il n’y a pas de traitement pour le traumatisme acoustique chronique, si ce n’est d’éviter les bruits qui en sont responsables », explique ainsi le médecin ORL lausannois Albert Mudry sur son site www.oreillemudry.ch. « C’est un sujet difficile, surtout si le traumatisme est lié à des activités sportives ou de loisir. Cela devient un pur problème de choix et de responsabilité personnelle. »
Le simple bon sens recommande donc de limiter sa propre exposition à des intensités sonores trop élevées, de penser à se munir de protections auriculaires et même à se ménager des plages de récupération pour ses oreilles. Le site internet de forom écoute www.ecoute.ch dispense tous les conseils d’usage afin de protéger au mieux ses capacités auditives.