Harmonie Rochat : « On m’appelle la campagnarde ! »

Une vraie fille de la campagne, et très fière de l’être ! Âgée de 16 ans, Harmonie Rochat la bien-prénommée a grandi dans sa ferme familiale à Mauraz, dans le canton de Vaud. Rencontre avec une jeune malentendante épanouie qui a les pieds bien sur terre et le cœur… dans sa famille !

Tout d’abord, d’où vous vient ce magnifique prénom ?

En fait, mon nom de famille est très courant. Donc mes parents ont souhaité que nous ayons tous des prénoms originaux, d’où le « Harmonie », et en français pour qu’il sonne bien (rires) !

Depuis quand êtes-vous malentendante ?

C’est un petit peu compliqué ! En fait, vers l’âge de 12 ans, j’ai contracté une méchante pneumonie, et quasiment du jour au lendemain, j’ai perdu l’ouïe, une expérience très angoissante et très traumatisante pour moi et pour toute ma famille ! Le médecin qui m’a examinée, m’a dit qu’il fallait attendre un peu et que ça allait revenir…

Et ?

Eh bien, ça n’est jamais revenu ! Deux mois après, nous avons consulté un ORL, qui nous a annoncé que j’avais une importante perte auditive au niveau des deux oreilles, et que c’était définitif ! Et c’est à ce moment-là qu’on a pris conscience que mes soucis d’audition dataient en fait d’avant la pneumonie. Comme on le dit dans ma famille, j’ai commencé à faire preuve d’humour dès lors que j’ai été appareillée ! C’est bien la preuve que tout ne tournait pas rond avant (rires) !

En dehors de l’humour, les appareils ont-ils changé quelque chose au niveau de l’école ?

Oui, clairement, avant j’étais plutôt solitaire, je parlais peu, j’avais de la peine à m’intégrer ! Avec les appareils, mes notes se sont améliorées, même si, au niveau scolaire, j’ai dû suivre la filière VSO (Voie secondaire à options, ndlr) et que j’ai terminée en juin 2013 !

C’est d’ailleurs à ce moment-là que vous avez reçu le Prix aux élèves malentendants décerné par forom écoute !

Oui et c’est mon prof qui me l’a annoncé, en me proposant de me le remettre devant tout le monde lors des promotions ! J’étais vraiment contente !

Et aujourd’hui, où en êtes-vous de vos études ?

Comme je n’avais pas réussi à intégrer la VSG (Voie secondaire générale, ndlr), je fais actuellement un raccordement pour y arriver. Je suis très contente d’avoir la possibilité de rattraper le retard dû à la malaudition !

Et ensuite ?

J’habite une ferme et j’adore les animaux, d’ailleurs à l’école, on m’appelait « la campagnarde » ou « la bucheronne » (rires). Alors petite, je voulais devenir vétérinaire… Mais un stage m’en a dissuadée : je n’aime vraiment pas voir les animaux souffrir ! Comme je n’ai pas envie de faire le gymnase, je me destine à devenir assistante médicale. Mais ce n’est vraiment pas facile de trouver une place d’apprentissage dans la région ! Au pire, il y a aussi l’école d’agriculture de Marcelin, à Morges !

Que faites-vous, en dehors de l’école ?

D’abord, je participe à la vie de la ferme en aidant mon père, et j’adore ça, même si ça prend pas mal de temps! D’ailleurs si mon grand frère ne s’y destinait pas, j’aurais adoré en reprendre l’exploitation plus tard ! Sinon, je sors, je fais du théâtre, etc… Je voyage peu, en dehors des vacances avec ma famille en Espagne. Au fond, je me sens bien dans ma vie, dans ma ferme, et dans ma famille à laquelle je suis très attachée. Je suis une fille de la terre et j’aime ça !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed