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Publié le: 31 juillet 2019

Journée à thème 2019 : inclusion sous toutes ses formes

Journée à thème 2019 : inclusion sous toutes ses formes

Dans le cadre de sa 19ème Journée à thème, forom écoute a accueilli quelque 122 participants venus de toute la Suisse romande écouter et échanger sur l’inclusion.

Lors de cette journée, la fondation romande des malentendants a proposé aux participants de se réunir une fois encore au Musée Olympique de Lausanne. L’inclusion sous toutes ses formes a été largement analysée à travers les conférences, le débat public et les discussions, vu son importance dans la société et son influence positive tant dans le domaine social, professionnel, et culturel que privé.

Si l’inclusion interpelle et génère une grande mobilisation à travers le monde, chacun devrait en effet pouvoir inclure, s’inclure et être inclus dans le respect des droits fondamentaux.

A l’échelle romande, forom écoute est l’«oreille » et le porte-parole des malentendants. Son objectif : éviter de s’isoler de la vie sociale et professionnelle et subir des conséquences psychologiques et physiques importantes. Prévention, information, magazine gratuit en ligne « aux écoutes », conseils, promotion des boucles magnétiques dans les lieux publics, enseignement de la lecture labiale, constituent l’inclusion et permettent de promouvoir l’accessibilité, ainsi que de sensibiliser l’opinion publique.

L’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) chiffre à 466 millions les personnes dans le monde subissant une déficience auditive handicapante, dont 34 millions d’enfants. Un chiffre effrayant.

Afin d’anticiper les graves conséquences de la malentendance, spécialistes, professionnels et public ont pu débattre sur ce sujet le 15 juin dernier. Une brochette de conférenciers a mené la discussion, chacun dans son domaine de prédilection.

Ainsi, Florence Nater, Présidente de Forum Handicap Neuchâtel, directrice de CORAASP,Coordination romande des associations d'action en santé psychique,

députée socialiste au Grand Conseil neuchâtelois a évoqué l’émergence de processus de mesures inclusives dès la petite enfance. « En effet, c’est en mettant les moyens de l’inclusion depuis le plus jeune âge qu’on se donne la possibilité de faire d’un handicap non plus une question d’inclusion, mais une logique d’inclusion », a-t-elle souligné.

Emploi

Pour Florence Nater, – ce que nous apprenons dès l’enfance se vit ensuite de façon beaucoup plus naturelle tout au long de la vie. Les mesures que nous prenons aujourd’hui ou qui sont encore à prendre, telles que pour développer l’accueil des enfants à besoins spécifiques dans les structures d’accueil extra-familial, ou pour renforcer la formation des enseignants à certaines réalités spécifiques du handicap prises rapidement, seront favorables tout d’abord aux personnes directement concernées. Un enfant malentendant qui aura pu intégrer une structure d’accueil extra-familiale s’intégrera plus naturellement à l’école, dans une place d’apprentissage, dans une formation tertiaire ou académique. Ces mesures seront aussi favorables à la société elle-même. Parce que si l’on intègre dès la petite enfance la différence et la diversité, ce sera plus facile de considérer parfaitement normal d’avoir comme apprenti, collègue de travail, employé, ou supérieur hiérarchique une personne malentendante par exemple.

Forum Handicap Neuchâtel est une association cantonale fédérant des associations et institutions actives dans le domaine du handicap et elle a décidé de lancer une motion populaire à Neuchâtel. Déposée en décembre 2014, celle-ci demandait au Grand Conseil « d’enjoindre le Conseil d’État de lui adresser un rapport à l'appui d'un projet de loi concernant la mise en œuvre de l'égalité pour les personnes avec handicap et à mobilité réduite » et « se doter d'un plan d'action visant à promouvoir dans les faits l'égalité, la participation et l'autonomie des personnes en situation de handicap et à mobilité réduite ».

Après divers aléas, le Conseil d’Etat, par la voix de l’un de ses services, a constitué un groupe de travail, composé de représentants des différents types de handicap pour construire ensemble le projet de loi « Loi sur l’inclusion des personnes vivant avec un handicap » et pour définir ensemble les priorités du plan d’actions.

Ce groupe se réunit activement depuis l’automne 2018 et est à bout touchant du projet de loi et du rapport, lesquels devront ensuite remonter au Conseil d’Etat puis au Grand Conseil avec une bonne probabilité que ce dossier puisse arriver au Parlement à la fin de l’année 2019 encore et un espoir que ce projet soit accepté.

 Le handicap est une compétence

Pour le conférencier Marco Ecclesia venu témoigner sur l’emploi et rebondir sur le discours de Florence Nater, le handicap est une compétence. Bardé de diplômes, notamment en économie et en psychologie, son parcours professionnel a pourtant été difficile. « J’ai postulé pour un nombre inimaginable de postes vacants, de la manutention à un niveau de cadre. J’ai essuyé de nombreux revers. Diplômé ou non, on jugeait davantage mon handicap ».

Il s’est donc penché de près sur cette problématique et a réalisé des analyses. Marco avait déjà donné une série de conférences portant sur l’aide psychologique, le renforcement mental, l’intégration et l’autonomie pour arriver à cet état de fait : « au moment où une personne accepte son handicap, elle dispose d’un savoir-faire. Les associations et fondations engagent prioritairement des personnes ayant vécu avec un handicap et grâce à l’évolution de la recherche, des métiers et au gain de son statut, les entreprises pourront voir leur pouvoir d’achat augmenter ». Et de préciser encore : « nous vivons dans un monde socio-économique et fonctionner dans l’économie est une réalité à accepter pour pouvoir gagner sa vie… ». Gagner sa vie, c’est atteindre l’égalité. Le handicap pourra devenir une compétence dans les entreprises car certaines voudront « cibler » les personnes en situation de handicap et elles les engageront pour leurs compétences.

Culture

Tout aussi conséquents, les impacts positifs de la culture accessible pour tous jouent un rôle éducatif, social et récréatif. Ainsi, Pro Infirmis relève que la Suisse fédéraliste et individualiste manque de politique cantonale, régionale ou nationale d’accessibilité.

Il existe peu d’accès aux bâtiments, aux œuvres et aux contenus ; les lieux culturels ont peur du handicap et entretiennent peu de liens avec les réseaux concernés. Les personnes avec un handicap sont « oubliées » et ne se sentent pas invitées ; elle se rendent donc peu au musée, au théâtre, aux concerts et sont donc souvent invisibles. Un constat navrant.

Pour Nicole Grieve, responsable du Service Culture inclusive de Pro Infirmis pour la Suisse romande, « les obstacles socioculturels s’ajoutent aux autres obstacles. Les personnes qui n’ont pas été sensibilisées à l’art et à la culture par leur famille n’ont souvent pas de lien spontané. Et les fausses conclusions des institutions culturelles se traduisent par « l’inclusion culturelle concerne peu de personnes ou l’inclusion culturelle coûte cher ».

Que nenni ! La Suisse compte 1,8 millions de personnes en situation de handicap, dont 26% avec une incapacité forte. Si 5% sont intéressées par la culture, cela fait 90’000 « clients » potentiels. Une incapacité est durable ou ponctuelle, comme par exemple une jambe cassée ; visible ou invisible, comme par exemple une dépression. L’inclusion est, elle, bonne à prendre.

« Une institution culturelle accessible, conviviale, qui accueille et fidélise des visiteurs en situation de handicap, est inclusive pour de nombreux autres groupes : familles, personnes qui ne maîtrisent pas les jargons culturels ou qui aiment les offres faisant appel aux sens, etc. Une personne ne se réduit pas à son handicap ; elle a des intérêts et l’envie de vivre comme elle le veut. Elle a des proches, des amis, donc un réseau qui viendra avec elle au théâtre, au musée, etc. ».

La population suisse vieillit et les incapacités augmentent et se combinent ; l’inclusion culturelle est aussi un enjeu de marketing. Pour toutes ces raisons, Pro Infirmis a créé le label « Culture inclusive » en 2014. Ceci pour les institutions culturelles de tous les domaines culturels et des cantons.

Le label de processus est donné au début d’une période de quatre ans. Les institutions développent des mesures dans cinq champs d’activités ; des mesures inclusives et co-construites avec des partenaires du handicap, des mesures inscrites dans une convention, sans flux financier.

Le Service Culture inclusive conseille, met en lien, évalue et promeut 59 porteurs de label à ce jour, dont 9 francophones et 2 italophones.

« Pro Infirmis aimerait également collaborer avec forom écoute pour aider à mettre en place la boucle magnétique dans les théâtres et former le personnel ». Encore méconnue, la boucle magnétique est un excellent moyen d’inclusion.

La lecture labiale

Enseignante en lecture labiale, secrétaire auprès de l’association suisse pour les Langues Parlées Complétées, ALPC et malentendante, Anoucha Betti est venue témoigner sur son parcours de vie, la manière dont elle vit l’inclusion et sur l’enseignement de la lecture labiale. Les participants ont eu tout loisir de découvrir un film réalisé par forom écoute sur cette pratique et sur ses bienfaits.

La table ronde

Après un repas gustatif, l’après-midi s’est déroulée autour de la table ronde, avec laquelle le public pouvait interagir. Les orateurs du matin étaient accompagnés par Julia Schaad et Fred Schreyer, responsables de projet de l’Association Cédille. Ces derniers ont évoqué la création du site culture-accessible.ch, un outil performant dédié à la promotion des événements culturels genevois accessibles au public en situation de handicap, et au recensement et conditions d’accessibilité des lieux.

Également invitée, une des collaboratrices audioprothésiste de l’entreprise Neolife, Paula Aeschmann, a rappelé l’importance du service auditif à domicile. Un outil qui permet à tout malentendant d’avoir accès à l’appareillage et d’éviter au possible l’exclusion.

Du côté du public, de nombreuses mains se sont levées pour à la fois poser des questions pertinentes et s’exprimer sur des expériences

personnelles ou des questionnements. La fondation a encouragé une fois de plus les participants à réagir et à continuer de se « battre » pour leurs droits.

Cette journée a pu se dérouler dans d’excellentes conditions grâce à aux collaborateurs de forom écoute, du Musée Olympique, du technicien, de la retranscription à distance par le Messageur, des interprètes en LSF et LPC et de la médiatrice du jour. Gageons que la prochaine édition, qui se déroulera le 6 juin 2020 au Musée Olympique, et qui fêtera son vingtième anniversaire, proposera une brochette de sujets importants pour faire évoluer les conditions de vie et d’inclusion des personnes malentendantes.

 

La retranscription écrite intégrale est à découvrir sur :  https://ecoute.ch/2019/06/20/retranscription-de-la-journee-a-theme/

 

Copyright Jean-Pierre Lehmann