Julien Pasquier: « quand le présent est imparfait, le futur sera plus que parfait !»

Agé de tout juste 18 ans, Julien Pasquier est aujourd’hui apprenti en construction métallique. Pour ce Fribourgeois dont la malaudition a été découverte à l’âge de 7 ans, rien n’a été facile. Mais un caractère responsable et déterminé, accompagné d’un soutien familial sans faille, lui a permis de triompher de bien des difficultés. Au point qu’en parallèle de ses études, il… chante dans la chorale de son village.

La fin de vos études a été couronnée par le Prix aux élèves malentendants décerné par forom écoute. Qu’avez-vous ressenti?

J’ai été très content, d’autant que mon enseignant a tenu à me le remettre devant tout le monde, en fin d’année, lors de la remise des diplômes. C’est ce symbole qui est important pour moi: ne pas avoir besoin de cacher et assumer devant les autres !

Malentendant, c’est si difficile à assumer ?

En tout cas au début. Quand j’ai appris ma malaudition, j’avais 7 ans, ça a été très dur. J’ai particulièrement mal vécu les moqueries des camarades et j’ai eu tendance à me replier sur moi-même ! Mais peu à peu, j’ai commencé à aller vers les autres et j’étais décidé à ne pas me laisser faire pour m’imposer, y compris en me bagarrant s’il le fallait ! Ça n’a pas été du tout facile et heureusement mes parents m’ont beaucoup soutenu !

A quoi est due votre malaudition ?

On ne sait pas. C’est mon enseignante en première primaire qui a eu des doutes. Alors, avec mes parents, nous sommes allés consulter un médecin, qui a constaté que j’avais près de 75% d’audition en moins d’une oreille, alors que l’autre oreille allait bien. Il y a probablement un facteur familial, et il faudra toujours surveiller mes facultés auditives.

Qu’est-ce qui a été le plus dur au cours de votre scolarité ?

J’ai fait toute ma scolarité dans l’école publique. Et sans conteste, l’école secondaire a été la plus difficile car le directeur et les professeurs ne voulaient pas entendre parler d’une aide extérieure. Mes parents ont dû beaucoup se battre pour que je puisse être soutenu pendant la classe et pas seulement après les cours. Ma maman a fait des recherches sur internet et a découvert forom écoute qui l’a mise en contact avec l’Institut Saint-Joseph de Fribourg. Celui-ci a alors joué un grand rôle pour convaincre les enseignants, mais aussi le médecin !

Où en êtes-vous aujourd’hui dans votre scolarité?

J’ai terminé ma scolarité obligatoire il y a une année. Depuis, je fais un apprentissage en construction métallique et ça marche très bien pour moi car j’ai d’excellents résultats. J’ai été très touché parce que dès le début, le responsable d’apprentissage m’a dit: la surdité, ce n’est pas un handicap, c’est juste un problème technique à l’oreille ! Aujourd’hui, il me reste trois ans en entreprise, et après j’escompte faire une école pour devenir dessinateur technique. Depuis tout petit, je suis très créatif, j’adore bricoler, réparer et fabriquer des objets !

Où puisez-vous cette inébranlable volonté?

Dans le soutien de ma famille d’abord, mais aussi dans l’expérience. La difficulté, ça forge le caractère. D’ailleurs, j’ai inventé un proverbe que j’aime beaucoup: quand le présent est imparfait, le futur, lui, sera plus que parfait (rires) ! En fait quand ça ne va pas, ça va toujours mieux si on se bat !

Vous chantez dans une chorale. Comment pratique-t-on ce genre d’activité quand on est malentendant?

Déjà tout petit, je passais des heures à chanter sur ma balançoire et tout le voisinage m’entendait, même si je chantais faux (rires) ! Mon père qui chantait dans l’Ensemble choral Harmonie de Broc m’y a un jour emmené. J’ai décidé de me lancer, petit à petit mon oreille s’est habituée, et j’ai alors commencé à chanter juste ! C’est super, ça me divertit, me déstresse et me permet de rencontrer des gens !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed