Kaleab Girma: « libre et autonome »

Suisse d’origine éthiopienne, né à Zurich, Kaleab Girma est malentendant profond et vient de terminer sa scolarité à l’Institut Saint-Joseph, école spécialisée pour les sourds et malentendants. Sa réussite, ce Fribourgeois d’adoption, aîné d’une famille de trois enfants, la doit à sa volonté et au soutien sans faille d’une maman aussi attentionnée que déterminée.

Vous avez terminé votre scolarité et venez de recevoir le Prix aux élèves malentendants…

J’en suis très content. C’est une reconnaissance et un véritable encouragement, car suivre une scolarité quand on est comme moi malentendant profond est un véritable parcours du combattant.

Comment êtes vous devenu malentendant ?

A l’âge de 2 ans, j’ai contracté une méchante méningite avec une très forte fièvre qui a duré 2 mois. J’ai perdu l’ouïe à ce moment là, et j’ai même eu des séquelles motrices au bras et à la jambe… On a essayé ensuite de m’appareiller pendant une année, mais malheureusement cela n’a rien donné. Les médecins ont même évoqué l’option de me placer un implant, mais là-aussi ils ont dû renoncer ! J’avais pourtant beaucoup d’espoir.

Aujourd’hui, comment communiquez-vous ?

La lecture labiale m’est très difficile. Je me base donc essentiellement sur la langue des signes que j’ai apprise à l’Institut Saint-Joseph de Fribourg. Mais c’est vrai que d’une manière générale pour moi, il est difficile de communiquer avec les personnes bien-entendantes, car celles-ci, dans la très grande majorité des cas, ne maîtrisent pas la langue des signes.

Comment envisagez-vous la suite de votre parcours scolaire ?

Je viens de terminer ma scolarité à l’Institut Saint-Joseph. J’ai cherché un peu partout des stages ou des places d’apprentissage et malgré mes efforts et l’aide de mon entourage, je n’ai pas réussi à trouver de point de chute. J’ai reçu de nombreuses réponses négatives, y compris de grandes entreprises comme Migros et Coop. Finalement, la fondation Effata (ndlr: fondation dont la mission est de contribuer à l’épanouissement et à l’intégration sociale et économique des sourds ou malentendants, à Forel Lavaux, VD), m’a accepté. J’ai passé des tests, pour savoir si je vais faire de la cuisine, de la mécanique ou de la menuiserie. J’attends les résultats.

Et si vous aviez vraiment le choix, que souhaiteriez-vous vraiment faire ?

Incontestablement de la mécanique. Depuis tout petit, je rêve de conduire des voitures, de les démonter et remonter. J’aime la liberté qu’elles procurent. D’ailleurs, à court terme, j’espère passer mon permis de conduire…

En dehors de la mécanique, avez-vous d’autres passions ?

Le football ! J’adore ce sport. Mais je n’ai pas trouvé d’endroit à Fribourg pour en faire. En revanche à Lausanne, j’ai fait la connaissance d’un groupe de sourds et je me réjouis de bientôt jouer avec eux ! Et puis, j’adore regarder la télévision. Je comprends très bien ce qui s’y passe, rien qu’en regardant les images, même sans langue des signes !

Comment vous voyez-vous dans dix ans ?

Vivant seul ! Pour moi, il est très important d’être libre et autonome. Aujourd’hui, je prépare mon avenir, j’ai encore besoin de ma famille, de ma mère qui fait beaucoup pour moi et me soutient pour tout. Mais un jour, lorsque j’aurais un travail, lorsque ma vie sera bien organisée, je vivrai seul. Avant pourquoi pas, de rencontrer quelqu’un et fonder une famille…

Propos recueillis par Charaf Abdessemed