Kim Camiolo : « Mes chats sont mes oreilles !»

Originale, exigeante avec elle-même, combattive, déterminée et travailleuse. Kim Camiolo est tout cela à la fois. Rencontre avec une jeune Vaudoise de 24 ans, qui a depuis longtemps appris à s’accepter elle-même, et même à aimer sa surdité.

Depuis quand êtes-vous malentendante ?

En fait, je suis sourde profonde depuis la naissance, de cause inconnue. Mes parents se sont rendu compte que quelque chose n’allait pas quand j’avais 15 mois. Vers l’âge de 2 ans, j’ai été appareillée.

Et du coup, vous entendez correctement ?

Moyennement. J’entends un peu, je lis sur les lèvres et dès qu’il y a une discussion de groupe, cela devient très difficile. En outre, je sens bien que mon ouïe est en train de diminuer.

Ah, alors peut-être envisagerez-vous un jour un implant cochléaire ?

Non, je n’en veux pas, dans la mesure où cela ne risque pas d’améliorer mes aptitudes à la communication en groupe, ce qui importe le plus pour moi. Et puis, j’estime que rien n’arrive par hasard, je dois accepter ma surdité, elle fait partie de moi. Ce qui est injuste en revanche c’est que tout ce qui touche l’implant est pris en charge par les assurances, ce qui est loin d’être le cas pour les appareils auditifs.

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

J’ai eu une nounou sourde qui m’a appris à signer avant même que je n’entre à l’ECES, l’Ecole cantonale pour enfants sourds de Lausanne. Et puis, alors que j’étais en 3ème primaire ma maman a décidé de m’inscrire dans une école pour entendants, car elle voulait que j’apprenne à lire et à écrire.

Et comment s’est déroulée la transition ?

Au début, c’était dur, bien sûr ! Mais heureusement j’avais l’appui d’une logopédiste et surtout d’une codeuse LPC. Je me suis donc bien battue pour apprendre à parler, car je voulais tellement oraliser… Et puis, j’ai eu la chance d’avoir une maîtresse en or qui a choisi de ne m’enseigner que les maths et le français, pour que le démarrage se fasse en douceur.

Et avec les camarades de classe ?

Ce n’était pas facile du tout, avec les moqueries, etc. Aujourd’hui, j’en rigole et je me dis que ça m’a fait mûrir.

Et que faites-vous après la fin de votre scolarité obligatoire ?

Un apprentissage d’employé de commerce au CHUV. Et le début a été rude, je subissais une vraie discrimination de collègues qui disaient que je faisais exprès. Heureusement, la cheffe est intervenue, m’a prise avec elle sur le site de Cery et elle a bien vu que je n’inventais rien et que je travaillais bien ! Désormais, là où je vais, je suscite dès le début une séance pour expliquer les choses, faire comprendre qu’il ne sert à rien de m’appeler de loin mais qu’il faut plutôt me taper sur l’épaule. Et encore moins bien sûr, me lancer des trombones (rires) !

Vous obtenez votre CFC en 2012-2013…

Oui, et j’ai dû énormément travailler pour ce résultat, alors que mes collègues s’amusaient pendant leur temps libre. Le pire, c’est qu’après le CFC, j’entame plus de trois années de chômage. J’ai envoyé des centaines de lettres, répondu à d’innombrables annonces, en pure perte. Un jour alors que j’étais à bout, j’ai décidé d’aller voir mon ancien patron au CHUV qui est tombé des nues, car il pensait que je travaillais.

Et que se passe-t-il alors ?

Eh bien, je fais un stage de longue durée au CHUV, parrainée par l’association Prolog-emploi. Cela se passe très bien et actuellement c’est même moi qui forme les stagiaires ! Ils me font confiance et ont compris que malgré ma surdité, je pouvais tout faire comme les autres.

Selon vous, qu’est-ce qui a été le plus difficile dans votre parcours ?

Vivre l’exclusion. Du coup j’ai grandi dans le monde des adultes. Mais cela m’a beaucoup apporté. Aujourd’hui, je me suis fait une raison, je n’ai pas besoin d’amis. J’ai ma famille, mon copain et sa propre famille qui m’entourent beaucoup.

Vous avez vos chats aussi…

Oh oui, j’en ai quatre ! Et ils sont incroyables car ils sont mes oreilles. Quand je n’entends pas la sonnette, ou bien mon réveil, ils viennent me le dire…

Et en dehors de vos chats, quelles autres passions entretenez-vous ?

Le tatouage ! D’ailleurs, j’espère un jour me faire tatouer tout le corps. Car mes tatouages racontent mon histoire…

Et aujourd’hui, alors que votre vie se déroule sous de bons auspices, quel est votre plus grand rêve ?

Fonder une famille. Mais ce n’est pas pour tout de suite. Avec mon ami, nous entendons d’abord profiter de la vie que nous avons !

 

Propos recueillis par Charaf Abdessemed