La Chaux-de-Fonds : Une transition en douceur

Fondée en 1925, forte d’une quarantaine de membres, l’Amicale des malentendants de la Chaux-de-Fonds voit arriver à sa tête un nouveau président, Yves Bourboën. « Bien entendant » et néophyte de la vie associative, il peut compter sur le soutien de l’ancienne présidente, Lysiane Wicky.

Est-il plus beau symbole d’un passage de témoin réussi, que la présence simultanée d’une ancienne présidente, Lysiane Wicky, et de son successeur, Yves Bourboën, qui a repris le flambeau de la présidence il y a six mois à peine ? Car à l’Amicale de la Chaux-de-Fonds, forte d’une quarantaine de membres,  la transition s’opère en douceur, à une période où la vie associative connaît pourtant une crise des vocations qui ne se dément pas. Après plus de treize années d’une présidence assidue et volontariste, Lysiane Wicky a en effet décidé de passer le flambeau. En cause, une certaine usure, simplement liée au temps qui passe, mais aussi  une réelle fatigue, après plusieurs années d’engagement bénévole.
Lourde charge

« Les premières années de mon mandat, j’ai été très bien soutenue par mon comité »,  reconnaît Lysiane Wicky, qui a perdu son audition à l’âge de 21 ans, suite à une méchante méningite. « Et puis, avec le temps, la charge de travail est devenue de plus en plus lourde, c’est tout de même une fonction exigeante ! »

Pour cette dame décidée, qui a assuré la présidence malgré un grave accident de la route en 1997, tout à commencé lorsqu’en cherchant à s’appareiller après la perte de son acuité auditive, elle  rencontre à l’hôpital de la ville, une dame membre de l’Amicale. Après une dizaine d’années de collaboration bénévole, elle prend, en 1996, la succession de l’ancienne présidente, elle-même en fonction depuis… une quinzaine d’années.

Sitôt élue, Lysiane Wicky imprime sa marque. « Quand j’ai repris, j’ai changé du tout au tout les activités de l’Amicale, se souvient-elle. Avant, il s’agissait surtout de repas et de rencontres etc. Moi, je souhaitais avant tout proposer aux membres des activités qu’ils ne pouvaient pas faire, comme organiser un loto, où des visites de musées… »

Et pour l’ancienne présidente, la tâche n’a pas toujours été de tout repos. « Organiser ce genre de choses demandait beaucoup de travail. Alors au début, quand j’ai vu que les gens ne venaient pas en nombre suffisant, j’ai dû un peu taper du poing sur la table ! »

Sang neuf

Et de préciser ensuite : « Même si se sentir utile a été une expérience très gratifiante, j’ai aussi décidé d’arrêter car je n’avais plus beaucoup d’idées. Avec le temps, j’ai constaté que les membres avaient moins envie de venir, alors je me suis simplement dit : « il faut du sang neuf » ! »

Et du sang neuf, il y en a eu, puisqu’en juillet dernier, c’est l’ensemble du comité de l’Amicale – présidence comprise -, qui a été renouvelé.  Une démarche pas facile, tant les vocations se font rares. « J’ai longtemps cherché quelqu’un pour prendre la relève, constate Mme Wicky. C’était quelque chose de très dur, mais c’était triste de constater que les gens qui se proposaient voulaient se faire payer ! Pendant une année, on a mis des annonces, fait des recherches sur internet, et rien n’est venu ! Heureusement, le hasard a mis sur mon chemin Yves Bourboën !»
Lui-même fils d’une malentendante, Yves Bourboën, âgé de 57 ans et heureux papa d’une petite fille de deux ans, ne souffre pas lui-même de problèmes d’audition.  « Ma mère était membre de l’amicale de la Chaux-de-Fonds. Je connaissais Lysiane Wicky et j’avais d’excellents contacts avec elle. Alors quand il a été question que je reprenne la présidence, je me suis dit : pourquoi pas, faisons un essai ! »

« Apprentissage »

Et d’avouer avec franchise et lucidité : « Je sais que je suis le seul à avoir dit oui. J’ai aussi accepté car ma mère, qui est veuve depuis cinq ans, avait beaucoup de plaisir à participer aux activités de l’Amicale. Si celle-ci avait dû cesser ses activités, elle se serait retrouvée toute seule ! » 
Dès son entrée en fonction, Yves Bourboën, qui se reconnaît une nature « plutôt conciliante », constate très vite  l’ampleur de la tâche. « C’est vrai, il y a beaucoup de travail. Je ne voyais que le côté pique-niques, balades, soupers, c’est-à-dire pas grand-chose. Je me suis vite rendu compte qu’il y avait beaucoup plus, et je comprends que cette fonction soit impossible, par exemple pour quelqu’un qui travaille. Il y a pas mal de travail, entre l’organisation des activités et la gestion des relations avec forom écoute. D’autant que j’ai tout à apprendre, puisque je ne connais pas grand-chose, ni au monde des malentendants, ni au monde associatif ! Je suis, en quelque sorte, en apprentissage».

Attirer les jeunes

Son objectif ? « Arriver à avoir le même succès que Lysiane Wicky, qui laissera une trace indélébile dans la vie de l’Amicale. Je découvre tous les jours à quel point ce qui a été fait est impressionnant ». A court terme, de nombreuses tâches attendent le nouveau comité. En premier lieu, trouver de nouveaux membres pour que l’Amicale puisse continuer à vivre. « Je pense qu’une des choses à faire, c’est de travailler en direction de la presse pour mieux nous faire connaître », pronostique Yves Bourbën. « Heureusement, Mme Wicky continue à nous épauler. Je suis vraiment bien content qu’elle soit là !»
« Je vais continuer à être présente à 100% pendant encore quelques mois, puis je lâcherai un peu de lest », assure de son côté l’ancienne présidente. « Mais je suis confiante, car je constate qu’Yves est vraiment très bien soutenu par le nouveau comité ! En vérité, le véritable enjeu qui attend l’Amicale sera de penser à renouveler complètement ses activités pour attirer des membres plus jeunes ! »

Charaf Abdessemed