Publié le: 22 juillet 2022

Laurène Salinesi : «Je suis heureuse d’être ce que je suis»

Laurène Salinesi : «Je suis heureuse d’être ce que je suis»

Française née à Meyrin (GE), Laurène a grandi entre la France et la Suisse.  Sourde profonde implantée, elle travaille aujourd’hui comme auxiliaire en horlogerie à Genève. Retour sur un parcours difficile, dont elle a su triompher à force de travail et de volonté.

Quelle est la cause de ta surdité ?
En fait, je suis sourde en raison d’une infection que ma mère a contractée pendant sa grossesse.

Comment tes parents ont-ils compris que tu étais sourde ?
J’étais un bébé calme, trop calme. Ma mère a commencé à me comparer avec mon grand frère et elle a alors décidé d’aller voir un médecin. Le diagnostic de surdité profonde des deux oreilles a été posé alors que j’étais âgée de 7 mois…

As-tu été appareillée ?
Oui pendant un an des deux côtés mais je ne récupérais rien sur le plan auditif. J’ai donc ensuite été implantée à l’âge de deux ans à Lyon, en France.

Des deux oreilles ?
Non une seule, à droite. Cela me suffit largement car je me débrouille très bien et je me sens très bien comme ça…

Comment s’est déroulée ta scolarité ?
Je suis allée dans une école normale, à Ferney-Voltaire, à la frontière de Genève, côté français. Et j’y ai suivi ma scolarité tant bien que mal grâce à une auxiliaire de vie scolaire qui faisait du soutien scolaire en me réexpliquant les choses. Ce n’est qu’en dernière année d’école primaire que j’ai pu avoir une codeuse, ce qui était bien mieux !

C’était donc difficile ?
Oui, très, car non seulement je n’avais pas de bonnes notes parce que je ne comprenais pas tout, mais aussi parce que je subissais d’énormes discriminations de la part de mes camarades d’école qui étaient tous entendants...

La situation ne s’est pas améliorée au collège ?
Pas vraiment, j’ai été placée dans ce que l’on appelle en France une unité localisée d’inclusion scolaire, c’est-à-dire une classe spécialisée pour la scolarisation d’élèves en situation de handicap. C’était bien mieux en ce qui concernait l’ambiance, mais le niveau était trop bas et pas adapté à quelqu’un comme moi, qui était sourde mais pas en déficience mentale. Je m’y suis donc beaucoup ennuyée…

Qu’as-tu fait à la fin de ta scolarité obligatoire ?
Ma mère m’a beaucoup aidée à réfléchir et à trouver un métier qui me corresponde. Je suis donc revenue en Suisse. Et après une année au Centre de transition professionnelle de Châtelaine (GE), qui m’a beaucoup permis de reprendre confiance en moi, j’ai fait un apprentissage via les Etablissements publics pour l'intégration de Genève.

Qu’as-tu choisi comme apprentissage ?
L’horlogerie !  Ce métier me convenait parfaitement car c’est un métier plus visuel qui me permet de bien me concentrer, le tout avec peu de communication, vu mon handicap. J’ai obtenu mon attestation fédérale de formation professionnelle en 2018. J’étais tellement contente parce qu’après tout ce que j’avais vécu, j’ai pu montrer que j’étais capable de faire quelque chose !

As-tu travaillé ensuite ?
Oui très vite chez Tudor, puis chez Franck Muller où je travaille toujours : j’y fabrique des mouvements horlogers ! Je dois dire que mon responsable aux EPI (Établissements publics d’intégration, ndlr) m’a énormément aidée et donné des coups de pouce dans mes recherches d’emploi.

Et chez ton employeur actuel tout se passe bien ?

Mais oui, aucune discrimination, quand je ne comprends pas, on me répète et tout va très bien !

Finalement malgré toutes les difficultés, te voici avec un travail et une véritable autonomie financière !

Oui il m’a fallu énormément m’accrocher et me battre, mais je suis très fière et très contente du chemin parcouru. Aujourd’hui je me sens très bien, d’autant que ces dernières années j’ai aussi décidé, avec ma mère d’ailleurs, d’apprendre la langue des signes…

Ah, c’est important pour toi de maîtriser la langue des signes ?
Mais oui, grâce à cela, j’ai enfin pu rencontrer des personnes qui me ressemblent et me faire des amis. Interagir uniquement avec des entendants c’est difficile, car quand tout le monde rit et qu’on ne comprend rien, ce n’est pas évident, surtout quand personne ne veut expliquer pourquoi (rires) ! Finalement, apprendre la langue des signes m’a aidée à trouver mon identité de sourde.

Pour conclure, aurais-tu souhaité ne pas être sourde ?
C’est une question difficile. Une vie de sourde, c’est une vie d’obstacles à tous les niveaux, et entendante, ma vie aurait bien sûr été bien plus facile. En même temps, je suis heureuse d’être ce que je suis…

 

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