Le cinéma Rex, première boucle magnétique de Suisse romande

Fondé en 1933, réaménagé en triplex au début des années 80 sous la houlette d’Yves Moser, le cinéma Rex est une véritable institution veveysane. Pour les malentendants, il revêt en outre une signification éminemment symbolique puisqu’il a été le premier, il y a dix ans, à s’équiper d’une boucle magnétique.

« Pour nous, il s’agissait d’abord d’un service rendu à la clientèle. Et c’est vrai qu’en dix ans, c’est une installation qui a aidé beaucoup de gens ». Il y a un peu plus d’une décennie en effet, le cinéma Rex de Vevey était la première institution privée de Suisse romande à installer une boucle magnétique dans une de ses salles. « A l’époque, explique Marc Pahud, l’ancien administrateur des cinémas pour la société Cinérive, c’est une spectatrice qui nous avait contactés pour nous dire qu’elle aimait beaucoup le cinéma, mais qu’en tant que malentendante, elle n’y avait malheureusement pas accès ! » Et d’ajouter: « C’est vrai qu’au départ, on s’est interrogés, et puis on s’est dit: pourquoi ne pas essayer dans une de nos salles ? »

Aussitôt dit, aussitôt fait: pour des raisons de dimensions, c’est le Rex IV, situé en face du triplex des Rex, à la rue Jean-Jacques Rousseau, qui fut choisi pour l’essai. Ouverte en septembre 1993, cette salle, de dimensions modestes et de construction récente, sans contiguïté directe avec d’autres lieux, offrait des conditions idéales pour la tentative. En collaboration avec la société Ciné Contrôle et avec l’aide du technicien Pascal Arbenz, le dispositif est rapidement installé, puis testé par Francine Collet et Anne Grassi, de forom écoute.

Premier lieu

Nous sommes en juin 2001, et le Rex IV est le premier lieu culturel, après le Cinématographe et la salle Paderewski à être équipé d’une boucle magnétique. « On aime bien faire office de pionniers, se réjouit Marc Pahud. Nous sommes toujours à l’écoute des propositions que l’on nous fait, tant en termes de technique que de confort, et on sait à quel point le public est sensible à ces questions. Et puis, nous étions les premiers sur le coup, cela nous avait paru vraiment séduisant, d’autant que cela ne nous a pas demandé un très gros investissement, environ 2000 francs, dont 1000 francs octroyés par forom écoute. »

Pionnier, le Rex IV l’a vraiment été. Car rapidement, la plupart des autres salles de la société Cinérive sont tour à tour équipées de boucle: à Vevey, l’Astor, le Rex I et le cinéma en plein air, à Pully le Cityclub, et il y a deux ans, les trois dernières salles du groupe, à Aigle… « En matière de cinéma, observe Marc Pahud, il faut être prudent car on peut facilement faire des bêtises et consentir des investissements conséquents qui restent sans lendemain. Nous avons souhaité procéder par étapes, évaluer l’accueil du public et vérifier que la technologie était vraiment fiable. Dix ans après, la boucle du Rex IV fonctionne toujours très bien et le public malentendant vient toujours ! »

Saga familiale

Fondés il y a près de 80 ans, les cinémas Rex sont la véritable incarnation d’une saga familiale. Le 27 octobre 1933, c’est en effet Léon Moser, père de l’actuel patron Yves Moser, qui débute l’exploitation de la salle, aménagée dans la Maison du Peuple, également siège du parti socialiste à Vevey. Pour montrer que le lieu est bien ouvert à toutes les catégories de la population, y compris les plus riches, susceptibles d’être rebutés par l’appellation Maison du Peuple, le fondateur décide de baptiser son cinéma d’un très aristocratique Rex, pour « roi ».

« C’est vraiment ainsi que mon père a réagi, confirme Yves Moser. La Maison du Peuple faisait un peu trop rouge à ses yeux, et il fallait montrer qu’un cinéma se devait d’accueillir toutes les couches de la population, même les plus aisées ! »

Le succès est rapidement au rendez-vous et le lieu, qui diffuse volontiers des films « grand public » devient un des lieux de sortie obligés de la ville. Parmi ses habitués, un certain… Charlie Chaplin qui venait régulièrement, et en toute discrétion, profiter des salles obscures du Rex.

« Charlie Chaplin était un voisin qui venait régulièrement chez nous avec toute sa famille pour voir des films, se souvient Yves Moser. C’était au milieu des années 50, et il utilisait aussi nos salles à des fins professionnelles. Il nous rendait souvent visite accompagné d’un arrangeur pour mettre en musique ses films ! »

Acte social

Malgré une fréquentation assidue, le nombre des places disponibles dans le cinéma est au fil des années revu à la baisse, histoire de s’adapter aux nouveaux standards de confort. De 540 fauteuils, le Rex passe sous la houlette d’Yves Moser, qui a repris le flambeau en 1974, à 351 places en 1980, le cinéma se muant alors en Triplex, le premier de Suisse romande.

Aujourd’hui, l’entreprise évolue dans un environnement difficile, marqué par la concurrence des grandes multinationales du cinéma et l’arrivée du numérique. « C’est clair, les nouveaux équipements numériques coûtent cher, constate Marc Pahud. Entre 100 et 200’000 francs par salle, un investissement conséquent qui aujourd’hui doit être amorti en 5-6 ans, contre une vingtaine d’années pour les précédentes innovations. Mais je reste optimiste, malgré la télévision, les dvd, etc., le public continuera à venir chez nous. C’est un peu comme pour le restaurant: même si on peut cuisiner chez soi, on éprouve toujours le besoin de sortir. Car aller au cinéma est en réalité un véritable acte social. »

La liste de l’ensemble des lieux de Suisse romande équipés en boucles magnétiques peut être commandée auprès de forom écoute (Tél. 021.614.60.50) ou consultée sur le site internet www.ecoute.ch

ChA