Le Lyric, la « lentille de contact » auditive

Il y a assurément un avant et un après le Lyric, exactement comme, pour la téléphonie mobile, il y a eu un avant et un après le cultissime iPhone. Totalement invisible, doté d’une excellente restitution sonore et… jetable au bout de 3-4 mois, le Lyric est une solution auditive idéale pour ceux chez qui il peut être posé. Seuls obstacles: son prix, et le fait qu’il soit encore peu connu.

Quel malentendant n’a pas, au moins une fois dans sa vie, rêvé d’un appareil auditif totalement invisible ? C’est à ce défi que s’est attaqué un fabriquant, en mettant sur le marché suisse il y a un peu plus d’une année, une aide auditive intitulée « Lyric ». Révolutionnaire, Lyric l’a été à plus d’un titre. En premier lieu parce que, porté 24h sur 24, et profondément placé dans le conduit auditif, non loin du tympan, il est bel et bien totalement invisible, ce qui pour certains malentendants représente un avantage indéniable.

« Beaucoup de personnes n’ignorent pas qu’elles ont un problème d’audition, mais refusent de se faire appareiller pour éviter toute stigmatisation, explique Jorg Ryser, représentant de la société Phonak qui fabrique et commercialise le Lyric en Suisse. Invisible, le Lyric rencontre donc un vif succès auprès d’elles. En plus, selon tous les retours que nous avons que ce soit aux USA ou en Suisse, cet engouement s’observe particulièrement chez les cadres et les managers qui, pour des raisons professionnelles, ont peur d’être désavantagés par leur handicap ! »

Son plus naturel

Et ce n’est pas la seule qualité de ce dispositif pour lequel le qualificatif de « révolutionnaire » n’est vraiment pas galvaudé. Placé très profondément dans l’oreille, il permet une excellente restitution de la qualité du son. « C’est vraiment un appareil passionnant et qui a un bel avenir devant lui, se réjouit Pierre-Etienne Duvoisin, audioprothésiste à Montreux, Renens et Yverdon.

Nombre de mes patients trouvent que le son est beaucoup plus naturel que pour les appareils traditionnels. Et comme il est placé en profondeur, le fait qu’il soit équipé d’une technologie analogique et non digitale n’a pas d’importance, car on conserve la résonance naturelle du conduit auditif. »

La dernière innovation enfin, et non des moindres, n’est pas d’ordre technologique, mais… commerciale. Contrairement à tous les autres appareils, le Lyric ne s’achète pas, mais se loue, moyennant… un abonnement mensuel, un peu comme pour la téléphonie mobile. Pour une raison simple, il n’y a aucune maintenance possible pour ce type d’appareil et les piles ne peuvent être changées. Résultat: tous les 3 à 4 mois, le Lyric doit être retiré de l’oreille par un audioprothésiste, et purement et simplement remplacé par un nouvel appareil.

« L’appareil est vraiment très petit et ne peut donc comporter de piles standard comme pour les autres aides auditives, explique Jorg Ryser de Phonak. C’est la raison pour laquelle nous avons imaginé un système d’abonnement, qui permet en outre au détenteur de l’appareil de bénéficier sans supplément des innovations que nous faisons sur le Lyric ».

Petite précaution: seuls des audioprothésistes spécialement formés à cet appareil, et pour l’heure ils ne sont pas très nombreux en Suisse romande, peuvent prétendre à l’implanter sur les patients malentendants, qui doivent également se soumettre à une visite préalable chez l’ORL. « Comme l’appareil est placé en profondeur, nous devons surtout vérifier que le conduit auditif est propre, qu’il ne contient pas de cire et ne présente pas de problème anatomique, explique le Dr Albert Mudry, ORL à Lausanne. D’ailleurs, il n’est pas rare que les audioprothésistes nous adressent des patients pour nettoyage du conduit au moment du remplacement de leur Lyric ! »

Lentilles de contact

« Au fond, une bonne analogie pour évoquer le Lyric est celle des lentilles de contact jetables, résume Olivier Gaches, audioprothésiste agréé Lyric, chez Amplifon. Pas de maintenance, pas d’entretien, certaines personnes oublient même qu’elles le portent puisqu’on peut dormir, prendre une douche et vivre tout à fait normalement avec… C’est le produit idéal pour ceux qui présentent une presbyacousie précoce et qui sont encore sur le marché du travail, ou pour les plus âgés qui ne souhaitent pas s’embarrasser de la corvée de l’entretien. Au fond, le Lyric tient toutes ses promesses, dès lors qu’on a des attentes réalistes ».

Car aussi prometteur et séduisant puisse-t-il être, le Lyric ne doit en effet pas susciter d’attentes exagérées. Pour une raison simple: il ne peut être proposé à tous les malentendants. « Trois conditions s’imposent pour prétendre au Lyric, détaille encore Olivier Gaches. En premier lieu, il faut avoir une surdité moyenne ou légère et qui ne soit pas en pente de ski, c’est-à-dire sans perte rapide dans les aigus, et surtout il faut que le conduit auditif soit compatible en longueur et en diamètre ».

Lyric 2

Résultat: sur 10 patients candidats à la pose d’un Lyric, seuls deux l’adoptent réellement. Soit parce, malgré la diversité des tailles disponibles, leur conduit auditif ne peut l’accueillir sur le plan anatomique, soit parce qu’ils ne le supportent tout simplement pas. « Certains patients ne supportent pas d’avoir un corps étranger, observe le Dr Albert Mudry. En plus l’appareil est conçu de telle sorte que la pression soit diffuse dans tout le conduit auditif et beaucoup de gens n’aiment pas du tout ça ! »

Petite lueur d’espoir néanmoins: un Lyric de 2ème génération, plus court et plus étroit encore, vient d’arriver sur le marché suisse, et si l’on procède par analogie avec ce qu’on a pu observer sur le marché américain, près de la moitié des candidats potentiels devraient pouvoir en bénéficier.

ChA

 

Le prix, un obstacle rédhibitoire

Incontestablement, le prix de la « location » d’un Lyric peut être rédhibitoire pour bien des malentendants. A près de 2000 francs par an et par oreille, bien au-delà des montants remboursés par l’AI au titre des forfaits (840 francs pour un appareil, 1650 pour deux et ce tous les… 6 ans), on peut comprendre que de nombreuses personnes hésitent à franchir le pas. « Sans compter les examens et la mise en place de l’appareil par les audioprothésistes spécialement formés, la fabrication d’un seul exemplaire du Lyric par un ouvrier spécialisé, exige plus de trois heures de travail en chaîne. Tout cela coûte donc effectivement très cher », détaille l’audioprothésiste Pierre-Etienne Duvoisin.