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Le Service d’aide sociale de l’AGM, une spécificité genevoise

Depuis plusieurs décennies, l’Association Genevoise des Malentendants (AGM) dispose d’un service d’aide sociale spécifiquement destiné aux sourds et malentendants. Rencontre avec trois assistants sociaux passionnés et dévoués à leur métier.

C’est incontestablement une spécificité genevoise. L’Association Genevoise des Malentendants est en effet la seule association cantonale de malentendants à gérer directement et depuis plusieurs décennies, un service d’aide sociale aux sourds et malentendants, des prestations généralement assurées ailleurs en Suisse par Pro Infirmis. Une spécificité qui s’explique par des considérations historiques et qui fait qu’actuellement, l’AGM salarie 3 assistants sociaux pour l’équivalent de presque deux postes à plein temps.

Au jour le jour, Vérène Richoz-Kane, Martine Clavel-Noverraz et Alantu Lescure, le dernier arrivé il y a un an et demi, soutiennent, encadrent et assistent les dizaines de personnes qui chaque année, les sollicitent. Leur public cible ? Les sourds de naissance qui utilisent la langue des signes, tous les malentendants appareillés, ainsi que les enfants entendants de parents sourds.

Près de 180 dossiers

Résultat : en 2014, les 3 assistants avaient la lourde charge de gérer pas moins de 179 dossiers actifs, un chiffre en très nette augmentation, celle-ci coïncidant avec l’entrée en vigueur du nouveau système de remboursement des appareils auditifs, de nombreux malentendants ayant dû se résoudre à solliciter l’appui administratif de l’AGM pour la recherche d’aides financières et l’introduction de cas de rigueur auprès de l’office AI.

« Nous sommes un service polyvalent, explique ainsi Vérène Richoz-Kane. Nous répondons donc à toute sollicitation d’ordre social. Qu’il s’agisse d’un soutien pour les relations avec les assurances sociales, un domaine dans lequel nous avons acquis une solide expertise, ou d’un appui dans la recherche d’un logement, ou d’un travail. Nous n’entrons pas en matière en termes d’argent car nous ne sommes pas un service financier ». Et d’ajouter: « En revanche, nous appuyons les malentendants dans leurs recherches de financements, de plus en plus souvent d’ailleurs pour l’acquisition d’appareils auditifs, car le prix et le faible remboursement de ceux-ci deviennent un problème majeur pour beaucoup. »

Assistants sociaux donc, avec un service spécifiquement orienté pour les sourds et les malentendants. Autant dire que le travail ne manque pas, d’autant que le monde de la malentendance implique, outre la maitrise de la langue des signes, des compétences particulières. « C’est vrai, constate Martine Clavez-Noverraz, la qualité de la relation que l’on doit mettre en place avec la personne malentendante pour pouvoir la comprendre implique que l’on développe avec elle une relation très particulière et dans laquelle le regard joue un rôle très important ».

« Cela a été ma grande surprise quand j’ai commencé à l’AGM, il y a une quinzaine d’années, renchérit Vérène Richoz-Kane. Et c’est en même temps ce qui est passionnant : comment exercer notre métier d’assistants sociaux, fondé sur la communication, avec des personnes qui précisément ont du mal à communiquer ? Tout le défi est là ! »

Patience et empathie

Même appréciation du côté d’Alantu Lescure, le dernier arrivé, pour lequel ce métier implique sans aucun doute « de la patience et de l’empathie, pour pouvoir gérer les frustrations liées à la communication ».

Un métier qui implique donc une empathie indispensable, mais également beaucoup de stress. « Il faut bien sûr faire attention à ne pas trop s’impliquer émotionnellement, surtout lorsqu’on traite des cas difficiles, ajoute Alantu Lescure. Mais nous sommes formés et préparés à cela, et en plus, ajoute-t-il dans un grand sourire, chacun a sa petite botte secrète pour tenir le coup ! »

Afin de se soutenir mutuellement dans leur activité quotidienne, nos trois assistants sociaux organisent entre eux des séances d’auto-supervision et peuvent même faire appel, comme il est souvent d’usage dans tous les métiers qui touchent à l’humain, à un superviseur extérieur, psychologue ou psychiatre. « Les superviseurs nous aident à garder un regard extérieur sur notre métier, à apporter une mise en perspective. Ils sont à notre disposition, et nous y faisons recours en cas de besoin », ajoute encore Vérène Richoz-Kane.

Indispensable réseau

Actifs dans le cadre de leurs prestations et actions directes en faveur des sourds et malentendants – « une distinction qui en réalité n’a plus lieu d’être », les assistants sociaux de l’AGM agissent également énormément en amont, avec les partenaires institutionnels ou médicaux, dans le cadre de la mise en place ou de la participation à des réseaux qui leur permettent de mener à bien leur travail.

« Le travail que l’on a mené pour élargir notre réseau est un des éléments qui expliquent l’augmentation du nombre de dossiers que l’on traite. C’est un travail indispensable qu’il faut en permanence tenir à jour », explique encore Vérène Richoz-Kane. Et de conclure : « J’ai toujours été frappée de constater à quel point les professionnels de la surdité sont comme leurs patients : isolés. Avec le temps d’ailleurs, nous nous sommes progressivement impliqués dans un travail de coordination pour faire agir ensemble tous les partenaires ORL, AI, CURIC (Centre Universitaire Romand d’Implants cochléaires, ndlr), EMS, etc. Tout simplement parce qu’au fil du temps, nous avons développé une bonne vision d’ensemble du réseau, couplée à une bonne connaissance de chaque personne qui s’adresse à nous ».

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