www.sportdeafcoach.canalblog.com Laurent Pitoy, éducateur sportif en France et lui-même sourd sévère, il doit être visuel et oral. Lorsque vous parlez, vous pouvez mimer les gestes sportifs à réaliser. (…) La surdité n’est pas un handicap en elle-même. Ce sont les moments de communication orale qui mettent les personnes sourdes dans des situations de handicap ! » Pour la plupart des malentendants cependant, les difficultés de communication peuvent toujours être dépassées. « J’informe toujours mes coéquipiers que j’entends mal, conclut notre malentendant genevois. Et là, tout va mieux, parce qu’on trouve toujours des stratégies pour communiquer et nous entendre. En réalité, le vrai problème est dans le rapport que l’on entretient avec son handicap. Le plus dur, c’est de l’accepter. Une fois ce pas franchi, tout va mieux, qu’il s’agisse de sport ou d’autre chose ! » ChA L’appareil auditif, un plus incontestable Selon une étude de la fondation Hear The World parue en janvier 2012, 70% des malentendants rapportent que le port d’une aide auditive pour faire du sport ne pose aucun problème. Mieux encore: pour nombre d’entre eux, l’appareil auditif représente la pierre angulaire de leur pratique sportive, puisqu’en améliorant leurs facultés auditives, il permet une communication optimale et une pratique sportive plus maîtrisée. Conclusion: pour ceux qui hésiteraient encore, l’appareillage auditif représente un plus indéniable dont il ne faut pas se priver. « La plupart des appareils auditifs sont compatibles avec la pratique du sport », explique Olivier Gaches audioprothésiste chez Amplifon. Les risques liées à la pratique du sport avec les appareils sont l’eau, les variations de pression barométriques brutales et le risque de perte ». En clair, pour la plupart des sports classiques, porter un appareil auditif ne pose aucune difficulté particulière, d’autant qu’en cas de besoin, des dispositifs mécaniques accessoires permettent de les maintenir solidement fixés. Reste le cas particulier des sports dits « à risque », comme le parachutisme ou la chute libre. « Dans ce cas, d’importantes variations barométriques pourraient créer des dommages, surtout s’il s’agit d’appareils fermés, observe Olivier Gaches. En revanche les appareils dits ouverts ne posent aucune difficulté. » Quant aux sports aquatiques, ils ne posent aujourd’hui plus de problème, puisque sont désormais disponibles sur le marché des appareils quasiment étanches à l’eau. Enfin, la pratique de sports de combat semble l’activité la plus déconseillée, même si elle n’est jamais totalement proscrite. Car non seulement elle peut évidemment détériorer les appareils ou la partie externe d’un implant, mais elle risque surtout d’occasionner des blessures au porteur de l’appareillage. Solène Perruchoud: « le sport, c’est ma bouffée d’oxygène » Malentendante, membre de la commission jeunesse de forom écoute, Solène Perruchoud pratique des activités sportives depuis toujours. Ancienne gardienne de buts de football, elle pratique en outre de nombreux autres sports. Témoignage de celle qui participe ce mois de juillet en Espagne aux Championnats universitaires européens de football en salle. Comment vous êtes devenue malentendante? Je suis malentendante de naissance, des deux oreilles. C’est ma cochlée qui ne fonctionnait pas! Je porte des appareils auditifs. Vous êtes très sportive. D’où vous vient cet intérêt pour le sport ? Le sport, c’est ma bouffée d’oxygène. Il permet de me défouler et de me vider la tête. Après une séance de sport, je me sens toujours reposée et d’ailleurs, dès que j’ai du temps libre, je vais courir, marcher. Pendant une quinzaine d’années j’ai fait du football comme gardien de but mais je viens d’arrêter car je n’arrivais plus à suivre avec l’Université… Quel sport pratiquez-vous désormais ? Maintenant, je fais du sport 2 fois par semaine, du step (une sorte de  »bac » au sol sur lequel on fait des exercices, ndlr) et je fais partie de l’équipe féminine de futsal (football en salle, ndlr) de l’uni. Par ailleurs, étant championnes suisses, nous somme qualifiées pour jouer les championnats universitaires européens en Espagne le mois de Juillet. Est- ce que la malaudition a influencé le choix des sports que vous pratiquez? Aucunement ! Je suis mes envies et ensuite, si cela est trop difficile ou compliqué, je m’arrête. Mais ça ne m’est jamais arrivé. C’est vrai que cela peut par exemple être plus compliqué pour la natation mais ça ne m’empêche pas de nager. Pour la danse, entendre les consignes sur la musique, peut aussi être un peu problématique mais je m’en sors aussi. Et comme gardien de but, dans un sport collectif, communiquer sur le terrain n’es pas trop difficile? Non, sauf s’il y a beaucoup de vent ou de grandes distances. Mais comme mes coéquipières savent pour ma malaudition, cela se passe sans problème. Elles me parlent normalement, tout en faisant attention d’être face à moi ou de parler un peu plus fort s’il y a beaucoup de bruits parasites. Si je n’ai pas compris, je redemande et ça se passe bien. Qu’est ce qui est le plus difficile pour un malentendant dans le sport? Comprendre les consignes, se faire accepter au sein d’un groupe d’entendants… Personnellement, je n’ai jamais eu de difficultés de ce point de vue, mais je connais certaines personnes pour lesquelles ça n’a pas été évident. Et puis, il faut aussi dépasser sa peur de ne pas se croire capable de faire telle ou telle chose à cause du handicap ! Conservez-vous vos appareils auditifs lorsque vous pratiquez ? Oui, sauf pour la piscine, où je dois les enlever. Sans eux, je n’aurais pas mes repères, je serais un peu déséquilibrée. J’ai besoin d’entendre pour pouvoir être à l’aise dans le sport. Il m’est arrivé de prendre plusieurs coups sur la tête, mais mes appareils ont toujours tenu le coup. De vrais Terminator ! Propos recueillis par Charaf Abdessemed Des compétitions pour sourds et malentendants De nombreux malentendants ou sourds pratiquent en tout anonymat du sport de compétition à haut niveau, parmi les normo-entendants, et sans que leur perte auditive n’altère ni leurs performances ni leurs résultats. Pourtant, s’est progressivement imposée, en général pour les sports collectifs et sous l’impulsion de la communauté des sourds, la nécessité d’organiser des compétitions propres aux sourds. En 1924, ont ainsi vu le jour à Paris les premiers Jeux Olympiques pour sourds, sous le nom de Silent Games, dont la dernière édition, les Deaflympics, a eu lieu en 2009 à Taipei. Seules les personnes ayant une capacité de moins de 55 décibels d’audition peuvent y participer, mais sans dispositifs de correction auditive, qui sont interdits. Tennis, football, volleyball, karaté, natation, lutte, etc., la quasi-totalité des sports connaissent aujourd’hui, au niveau mondial ou européen, des compétitions spécifiques aux sourds. " />

Le sport, un espace de liberté pour les malentendants

Pour la grande majorité des malentendants, le sport représente un monde de liberté où les frontières du handicap s’effacent.
Confiance en soi, amélioration de l’intégration sociale, les bénéfices d’une activité sportive sont incontestables.
La plupart des appareils auditifs sont compatibles avec la pratique des diverses activités sportives, y compris la natation.

Athlétisme et autres sports avec les Jeux Olympiques, tennis avec le tournoi de Roland-Garros, football avec l’Euro en Pologne et en Ukraine, cyclisme avec le tour de France… Cet été est particulièrement riche en actualité sportive de haut niveau. L’occasion rêvée de se demander jusqu’à quel point sport et perte auditive sont compatibles. « Pour moi, le sport est absolument indispensable à mon équilibre, nous avoue un jeune malentendant genevois. Je le pratique de manière régulière, particulièrement du jogging deux fois par semaine, et je dois dire qu’il m’apporte beaucoup ». Pour Solène Perruchoud, malentendante et membre de la Commission jeunesse de forom écoute, il représente même une véritable « bouffée d’oxygène » (lire l’interview ci-dessous).

De nombreux malentendants sous-estiment néanmoins l’intérêt que peut leur apporter la pratique d’une activité sportive. Et ce, quel que soit leur âge d’ailleurs. Par peur des dégâts potentiellement occasionnés à leur appareillage (lire l’article ci-dessous), ou par simple méconnaissance.

Pas de contre-indication

Et pourtant, s’il est un domaine ou la perte auditive pèse peu, où malentendants et normo-entendants peuvent faire preuve des mêmes performances et d’une pratique similaires, c’est bien le sport. « Aucun sport n’est contre-indiqué pour les malentendants, constate le Dr Raphaël Maire, ORL au CHUV à Lausanne. Pas même la piscine, car on peut soit retirer son appareil avant, soit avoir recours aux prothèses étanches qui existent aujourd’hui sur le marché. J’ai même eu en expertise un patient qui était surveillant de piscine, malgré ses problèmes d’audition. C’est dire si cela ne pose pas de problème ! »

En clair, du point de vue médical, les malentendants, quelle que soit leur perte auditive ont toute la liberté de pratiquer l’ensemble des activités sportives qu’ils souhaitent. Une liberté dont beaucoup ne se privent pas et qui leur apporte un réel bien-être. « De mon côté, poursuit notre malentendant genevois, le sport au-delà des bienfaits qu’il occasionne à ma santé, m’a permis de me faire des amis, en me poussant à surmonter ma timidité naturelle et à aller vers les autres. Bien sûr, tout n’est pas facile, surtout quand il s’agit d’un sport collectif où la communication joue un rôle important, mais franchement, il n’y a pas mieux pour la confiance en soi. Car dans un contexte sportif, le handicap importe peu, seul compte le dépassement de soi, et là, nous sommes tous à égalité ! »

Précautions

Pour bénéfique et conseillée qu’elle soit, la pratique d’un sport impose néanmoins quelques précautions. « Pour moi, s’il est un cas où j’émets des réserves, c’est lorsque la surdité est justement due à la pratique d’un sport, comme par exemple lors de la plongée sous-marine, ou de sauts en parachute qui peuvent être à l’origine de barotraumatismes importants, explique le docteur Michel Paolino, oto-neurologue marseillais rencontré lors du congrès de forom écoute (voir l’article en page 8). Dans ce cas là, il me semble évident qu’il faut vraiment faire preuve de prudence. »

Et de poursuivre: « les autres situations où je peux me montrer très restrictif sont clairement les cas de surdité unilatérale, quelles que soient leurs causes. Car dans ce cas, la personne entend normalement avec son oreille saine et il est très important de rester vigilant pour préserver le capital restant. Pour ces personnes, je déconseille donc fortement tout ce qui peut mettre en danger l’oreille qui n’est pas malade, aussi bien les médicaments oto-toxiques, que les métiers ou les sports à risque, comme la plongée sous-marine ».

Au-delà de ces cas, très particuliers, le sport représente un véritable espace de liberté pour les malentendants, particulièrement lorsqu’il s’agit de sports individuels. Pour les sports dits collectifs, football, basketball, volleyball, hockey, etc., la communication et la compréhension peuvent bien évidemment poser des difficultés, mais qui ne sont en aucun cas insurmontables. En témoignent ainsi les nombreuses équipes « mixtes » mêlant normo-entendants et malentendants, et qui n’hésitent pas à s’aligner dans des compétitions de haut niveau.

Stratégies

« Pour que le message soit compris de tous, explique sur le site www.sportdeafcoach.canalblog.com Laurent Pitoy, éducateur sportif en France et lui-même sourd sévère, il doit être visuel et oral. Lorsque vous parlez, vous pouvez mimer les gestes sportifs à réaliser. (…) La surdité n’est pas un handicap en elle-même. Ce sont les moments de communication orale qui mettent les personnes sourdes dans des situations de handicap ! »

Pour la plupart des malentendants cependant, les difficultés de communication peuvent toujours être dépassées. « J’informe toujours mes coéquipiers que j’entends mal, conclut notre malentendant genevois. Et là, tout va mieux, parce qu’on trouve toujours des stratégies pour communiquer et nous entendre. En réalité, le vrai problème est dans le rapport que l’on entretient avec son handicap. Le plus dur, c’est de l’accepter. Une fois ce pas franchi, tout va mieux, qu’il s’agisse de sport ou d’autre chose ! »

ChA

L’appareil auditif, un plus incontestable

Selon une étude de la fondation Hear The World parue en janvier 2012, 70% des malentendants rapportent que le port d’une aide auditive pour faire du sport ne pose aucun problème. Mieux encore: pour nombre d’entre eux, l’appareil auditif représente la pierre angulaire de leur pratique sportive, puisqu’en améliorant leurs facultés auditives, il permet une communication optimale et une pratique sportive plus maîtrisée. Conclusion: pour ceux qui hésiteraient encore, l’appareillage auditif représente un plus indéniable dont il ne faut pas se priver. « La plupart des appareils auditifs sont compatibles avec la pratique du sport », explique Olivier Gaches audioprothésiste chez Amplifon. Les risques liées à la pratique du sport avec les appareils sont l’eau, les variations de pression barométriques brutales et le risque de perte ». En clair, pour la plupart des sports classiques, porter un appareil auditif ne pose aucune difficulté particulière, d’autant qu’en cas de besoin, des dispositifs mécaniques accessoires permettent de les maintenir solidement fixés.

Reste le cas particulier des sports dits « à risque », comme le parachutisme ou la chute libre. « Dans ce cas, d’importantes variations barométriques pourraient créer des dommages, surtout s’il s’agit d’appareils fermés, observe Olivier Gaches. En revanche les appareils dits ouverts ne posent aucune difficulté. »

Quant aux sports aquatiques, ils ne posent aujourd’hui plus de problème, puisque sont désormais disponibles sur le marché des appareils quasiment étanches à l’eau. Enfin, la pratique de sports de combat semble l’activité la plus déconseillée, même si elle n’est jamais totalement proscrite. Car non seulement elle peut évidemment détériorer les appareils ou la partie externe d’un implant, mais elle risque surtout d’occasionner des blessures au porteur de l’appareillage.

Solène Perruchoud: « le sport, c’est ma bouffée d’oxygène »

Malentendante, membre de la commission jeunesse de forom écoute, Solène Perruchoud pratique des activités sportives depuis toujours. Ancienne gardienne de buts de football, elle pratique en outre de nombreux autres sports. Témoignage de celle qui participe ce mois de juillet en Espagne aux Championnats universitaires européens de football en salle.

Comment vous êtes devenue malentendante?
Je suis malentendante de naissance, des deux oreilles. C’est ma cochlée qui ne fonctionnait pas! Je porte des appareils auditifs.

Vous êtes très sportive. D’où vous vient cet intérêt pour le sport ?
Le sport, c’est ma bouffée d’oxygène. Il permet de me défouler et de me vider la tête. Après une séance de sport, je me sens toujours reposée et d’ailleurs, dès que j’ai du temps libre, je vais courir, marcher. Pendant une quinzaine d’années j’ai fait du football comme gardien de but mais je viens d’arrêter car je n’arrivais plus à suivre avec l’Université…

Quel sport pratiquez-vous désormais ?
Maintenant, je fais du sport 2 fois par semaine, du step (une sorte de  »bac » au sol sur lequel on fait des exercices, ndlr) et je fais partie de l’équipe féminine de futsal (football en salle, ndlr) de l’uni. Par ailleurs, étant championnes suisses, nous somme qualifiées pour jouer les championnats universitaires européens en Espagne le mois de Juillet.

Est- ce que la malaudition a influencé le choix des sports que vous pratiquez?

Aucunement ! Je suis mes envies et ensuite, si cela est trop difficile ou compliqué, je m’arrête. Mais ça ne m’est jamais arrivé. C’est vrai que cela peut par exemple être plus compliqué pour la natation mais ça ne m’empêche pas de nager. Pour la danse, entendre les consignes sur la musique, peut aussi être un peu problématique mais je m’en sors aussi.

Et comme gardien de but, dans un sport collectif, communiquer sur le terrain n’es pas trop difficile?

Non, sauf s’il y a beaucoup de vent ou de grandes distances. Mais comme mes coéquipières savent pour ma malaudition, cela se passe sans problème. Elles me parlent normalement, tout en faisant attention d’être face à moi ou de parler un peu plus fort s’il y a beaucoup de bruits parasites. Si je n’ai pas compris, je redemande et ça se passe bien.

Qu’est ce qui est le plus difficile pour un malentendant dans le sport?

Comprendre les consignes, se faire accepter au sein d’un groupe d’entendants… Personnellement, je n’ai jamais eu de difficultés de ce point de vue, mais je connais certaines personnes pour lesquelles ça n’a pas été évident. Et puis, il faut aussi dépasser sa peur de ne pas se croire capable de faire telle ou telle chose à cause du handicap !

Conservez-vous vos appareils auditifs lorsque vous pratiquez ?

Oui, sauf pour la piscine, où je dois les enlever. Sans eux, je n’aurais pas mes repères, je serais un peu déséquilibrée. J’ai besoin d’entendre pour pouvoir être à l’aise dans le sport. Il m’est arrivé de prendre plusieurs coups sur la tête, mais mes appareils ont toujours tenu le coup. De vrais Terminator !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed

Des compétitions pour sourds et malentendants

De nombreux malentendants ou sourds pratiquent en tout anonymat du sport de compétition à haut niveau, parmi les normo-entendants, et sans que leur perte auditive n’altère ni leurs performances ni leurs résultats. Pourtant, s’est progressivement imposée, en général pour les sports collectifs et sous l’impulsion de la communauté des sourds, la nécessité d’organiser des compétitions propres aux sourds. En 1924, ont ainsi vu le jour à Paris les premiers Jeux Olympiques pour sourds, sous le nom de Silent Games, dont la dernière édition, les Deaflympics, a eu lieu en 2009 à Taipei. Seules les personnes ayant une capacité de moins de 55 décibels d’audition peuvent y participer, mais sans dispositifs de correction auditive, qui sont interdits. Tennis, football, volleyball, karaté, natation, lutte, etc., la quasi-totalité des sports connaissent aujourd’hui, au niveau mondial ou européen, des compétitions spécifiques aux sourds.