Le téléphone, cet étrange outil que les malentendants doivent apprivoiser

Pour un grand nombre de malentendants, téléphoner s’apparente à un véritable chemin de croix, tant il est difficile pour eux de comprendre ce qu’ils peinent à entendre. D’autant qu’il n’y a pas de téléphone idéal, et que chacun doit – parfois longtemps -, chercher pour trouver la solution et l’appareil qui lui conviennent le mieux.

« Pour moi et durant de longues années, mener des conversations par téléphone a été un véritable enfer. Je faisais d’énormes efforts, et je ne comprenais pas grand-chose. Et le summum a été atteint quand, au travail, on m’a confié la responsabilité du standard téléphonique. Il ne m’a pas fallu très longtemps pour donner ma démission ! »

Autant le dire tout de suite. A l’instar du témoignage ci-dessus, les malentendants et le téléphone ne font pas bon ménage. Pour ceux qui souffrent en effet de déficience auditive, user du téléphone s’apparente souvent à un chemin de croix. Un chemin qui commence d’emblée, avec… la sonnerie que l’on n’entend pas. Et les difficultés ne font que commencer : car ceux qui entendent mal se voient, lors d’une conversation téléphonique, toujours privés d’une aide non négligeable, celle que la lecture labiale leur donne dans la vie de tous les jours, la vue venant en aide à l’audition.

Et puis enfin, il y a le choix des fréquences utilisées par les téléphones pour la transmission de la voix et qui peuvent pour un malentendant, considérablement modifier le son perçu : les consonnes par exemple, comme le « b », le « p », le « t » ou le « d » deviennent quasiment impossibles à distinguer. Les chiffres sont souvent également inintelligibles.

Perte de sens

Au final, entre la perte auditive de la personne qui écoute et le débit et le timbre de la personne à l’autre bout du fil, la perte de sens peut être si énorme qu’elle rend impossible toute conversation.

Et il y a pire : car contrairement à ce que pense le profane, s’équiper d’un appareil auditif ne règle pas (forcément) le problème. Lorsque l’appareil auditif est directement placé sur le combiné du téléphone, peut apparaître un très désagréable effet Larsen dû à la rétroaction acoustique et qui se manifestera pas un fort peu sympathique sifflement à ajouter au son de la conversation et… au bruit environnant.

Alors voilà, on l’aura compris, le téléphone, pour une très grande majorité des malentendants, n’est a priori pas l’extraordinaire outil de communication que le commun des mortels utilise si aisément au quotidien. Il est même un véritable obstacle à la vie personnelle et bien souvent professionnelle de ceux qui souffrent d’une déficience auditive. Malgré donc la qualité des appareils auditifs d’aujourd’hui, et malgré la multiplicité des appareils téléphoniques disponibles sur le marché (lire encadré ci-dessous).

Alors que faire ? Faut-il se priver du téléphone lorsqu’on est malentendant, au risque de limiter encore ses capacités de communication ? Certainement pas. La technologie d’aujourd’hui, qu’elle concerne les téléphones fixes ou les portables propose une multitude de solutions.

Sauf que, explique Raphaël Furioux, audioprothésiste à Yverdon-les-Bains, « il n’y a pas de téléphone parfait pour les malentendants. Tout dépend du cas particulier de chacun, de la nature et de l’ancienneté de la perte auditive, mais aussi de la capacité de la personne à maîtriser l’utilisation des options proposées par le téléphone, etc. Il faut donc analyser chaque cas de manière très précise pour trouver une manière de téléphoner qui soit adéquate ». Ceci d’autant plus que la perte auditive est souvent évolutive au cours de la vie et qu’il faudra en outre sans cesse s’y adapter.

Tâtonnements

Résultat : c’est après beaucoup de tâtonnements que les malentendants arrivent à trouver, quand cela est possible, « leur » manière de téléphoner et « leur » téléphone fonctionnel. Certains par exemple, et ils sont nombreux, préfèrent retirer leur appareil auditif pour téléphoner. D’autres, préfèrent le fixe au portable, ou l’inverse, et certains deviennent de véritables experts, usant avec aisance des diverses applications disponibles sur les smartphones. La plupart enfin, ont tendance à chercher systématiquement un environnement calme pour passer leurs conversations téléphoniques.

Enfin, dans cette difficulté à « apprivoiser » son téléphone, l’audioprothésiste peut fournir une aide non négligeable. Car il connaît son patient et sa perte auditive, mais il connaît également les appareils auditifs et les téléphones disponibles sur le marché. « La performance de l’appareil auditif compte vraiment, explique encore Raphaël Furioux. Mais il faut tenir compte du fait que lorsque le malentendant souhaite utiliser son appareil auditif pour téléphoner, cela implique une correction en binôme, donc encore plus délicate. Les réglages peuvent donc demander un certain temps, et le contrôle annuel jouera vraiment un rôle important pour la précision du suivi des réglages des appareils de la personne ».

 

Le téléphone fixe

Eh oui, le bon vieux téléphone fixe n’est pas (encore) mort ! Et pour nombre de malentendants, souvent les plus âgés, il reste un outil précieux au quotidien. Ses qualités sont multiples : d’abord, il est à l’abri des interférences sonores liées à la qualité du réseau mobile, parfois incertaine selon le lieu dans lequel on se trouve. Ensuite, lorsqu’il est placé dans un environnement calme, il permet au locuteur de limiter d’emblée les difficultés liées au bruit ambiant. En outre, un grand nombre d’appareils téléphoniques fixes destinés aux malentendants sont désormais équipés d’un avertisseur lumineux qui remplace la sonnerie et d’un amplificateur de son intégré, assorti d’une possibilité de réglage des graves et des aigus qui simplifie la vie de nombreux déficients auditifs. Avec un bémol cependant : « lorsque la perte auditive est trop importante, au-delà de 40 à 50 décibels, avertit un audioprothésiste, l’amplificateur ne sert à rien ! Il faut se tourner vers d’autres solutions ».

Enfin, depuis quelques années, de nombreux téléphones fixes mis sur le marché sont désormais compatibles avec les appareils auditifs, via la boucle à induction magnétique dont ils sont équipés. Pour peu que le malentendant commute son appareil auditif en position T, la conversation est entendue via un champ magnétique directement émis par l’écouteur du combiné dans la prothèse. A noter en revanche, que les centraux téléphoniques  ISDN, s’ils peuvent être également être couplés à des boucles via la position T, ne peuvent malheureusement pas être connectés sur les systèmes bluetooth ou autres.

 

Les téléphones portables

Incontestablement, les téléphones portables ont les faveurs des plus jeunes, et même bien sûr des moins jeunes qui ont adopté l’outil. Leur avantage ? Evidemment, d’abord, la portabilité, puisqu’ils permettent d’être joignables n’importe où. Mais pas seulement : « les téléphones portables permettent de contourner la majeure partie des difficultés d’audition », explique Raphaël Furioux. « Avec eux, via  le bluetooth par exemple, la réception des conversations se fait directement dans l’appareil auditif, un peu comme si on portait une oreillette qui en même temps fait la correction auditive. » Sans compter que les fonctions vibreur et celles des flashs LED viennent avantageusement suppléer la sonnerie que l’on n’entend pas.

En outre, l’avènement des smartphones est venu élargir encore les possibilités offertes aux malentendants. Un très grand nombre d’applications mobiles permettent désormais d’amplifier voire même de moduler les fréquences et de retraiter le son pour limiter les bruits de fond.

Et puis enfin, et c’est vraisemblablement leur principal atout pour les malentendants, les téléphones mobiles ont réhabilité… l’écrit ! La possibilité d’envoyer et de recevoir des messages écrits (désormais à moindre coût via des applications comme WhatsApp) a ainsi considérablement facilité les compétences de communication des déficients auditifs. « Le sms a été pour moi une libération, témoigne ainsi un malentendant. Pouvoir communiquer à tout moment sans faire d’effort, sans avoir à faire répéter, sans devoir chercher un endroit calme a littéralement changé ma vie ! »

 

 

Et Skype vint aux malentendants…

Voir et entendre. La visiophonie disponible par internet, dont le logiciel Skype est de loin le plus célèbre, est pour les malentendants une véritable révolution. En termes de coût bien sûr, mais aussi parce qu’elle permet de recourir à la lecture labiale, ce qui facilite la compréhension des personnes qui souffrent de perte auditive. Mais pas seulement. De l’avis général, les malentendants comprennent mieux les sons lorsqu’ils sont véhiculés via internet. Une impression confirmée par une étude publiée en 2010 par des chercheurs de l’hôpital de l’Île à Berne. Et l’explication de ce petit miracle est tout à fait logique : les téléphones communs fonctionnent sur une fréquence située entre 300 et 3400 hertz, ce qui ne leur permet pas de transmettre de manière optimale le son de consonnes comme « f », « c », « s », ou « t », d’où une compréhension altérée pour les malentendants. La téléphonie par internet quant à elle, fonctionne sur un spectre de fréquence beaucoup plus large, de 200 à 8000 Hz, d’où une intelligibilité largement supérieure pour les malentendants.

 

Un énorme marché

Le marché des téléphones qui visent spécifiquement les personnes malentendantes est énorme. En matière de téléphonie fixe par exemple, tous les fabricants ou presque développent une gamme qui leur est dédiée, avec des prestations allant de la simple amplification sonore jusqu’au couplage avec les appareils auditifs. Reste qu’il faut demeurer vigilant. « On peut trouver tout et n’importe quoi, que ce soit sur internet ou dans les magasins grand public », observe Raphaël Furioux, audioprothésiste à Yverdon-les-Bains. « Des téléphones avec amplificateurs sont même disponibles en grande surface. Certains malentendants sont prêts à essayer n’importe quoi, et pour éviter de grandes déceptions, je conseille toujours de s’adresser à un spécialiste ». Surtout que le prix de ces appareils peut être relativement élevé, jusqu’à 300 francs, le tout à la charge du malentendant, sauf dans les rares cas où l’AI accepte d’entrer en matière au titre de l’intégration professionnelle.

En matière de téléphonie mobile, en revanche, deux questions majeures se posent : d’abord celle de la compatibilité des mobiles avec les multiples options connectiques offertes par les appareils auditifs d’aujourd’hui, et ensuite celle de la jungle des diverses applications proposées aux malentendants. Deux questions qui rendent là encore indispensable le recours aux précieux conseils d’un spécialiste.

 

Paroles et astuces de malentendants

« Quand je ne comprends pas, je dis que je suis malentendant, et qu’il faudra me répéter 2-3-4 fois s’il le faut pour être sûr que j’ai bien compris »

« Je préfère enlever mon appareil auditif car le son téléphonique entre directement en contact avec mon oreille. En réalité, je n’en enlève qu’un seul. Et l’autre je l’éteins, ce qui me permet de me concentrer sur l’appel, sans être dérangée par ce que je pourrais entendre avec l’autre oreille »

« Franchement, les sms et WhatsApp restent les meilleurs moyens pour communiquer »

« Un bon Natel, c’est un portable dont les fonctions FaceTime/Skype et messages WhatsApp fonctionnent de manière optimale. De plus la fonction vibreur doit être nickel. Enfin, j’utilise les flashs LED pour les alertes »

« L’apparition des smartphones a grandement facilité ma vie. Mon iPhone 5 est mon meilleur allié. Je peux le connecter avec mon casque audio, ce qui me permet de téléphoner en toute quiétude sans me laisser perturber par le bruit extérieur »

« Grâce aux applications de messagerie et l’évolution d’internet, il n’y a plus de surfacturation liée à l’usage intensif des sms, etc. L’utilisation de l’écrit pour communiquer est beaucoup plus facile qu’avant »

« Pour moi, la clé de tout, c’est la position T de mon appareil auditif »

« Il faut s’accrocher et essayer longtemps car il y a de grosses différences entre les appareils téléphoniques et les appareils auditifs, qui sont de performances variables. En plus la technologie évolue tellement vite »

« Sans l’aide de mon audioprothésiste, jamais je n’aurais réussi à téléphoner »

« C’est bien beau les innovations liées aux smartphones, bluetooth, etc. Mais qu’est-ce que ça bouffe comme piles et comme batterie »

« J’entends de moins en moins, et je préfère désormais utiliser les services de relais téléphoniques comme Procom »


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