www.pisourd.ch. Son objectif : participer activement à la promotion de la santé des personnes sourdes, grâce à l’information par le biais du web. « Grâce à la vidéo, nous diffusons des informations en langue des signes, car les personnes sourdes n’ont pas toutes un niveau suffisant en français pour comprendre ce qu’il y a sur les sites grand public », explique Diane Guillemin, responsable du projet. « Autre avantage : pour les sourds, ces vidéos sont accessibles en tout temps et à toute heure ». Et le succès a été très vite au rendez-vous. Depuis 2003, la fréquentation du site a été sans cesse en augmentant. Au point que les chiffres attestent d’une réalité impressionnante. «  Au total, depuis le lancement du site, nos vidéos ont été visionnées plus de trois millions et demi de fois !», se réjouit Diane Guillemin. « C’est bien la preuve que nous répondons à un véritable besoin, et ce sont aujourd’hui les limites financières qui nous empêchent de développer encore plus notre projet !» La révolution des SMS Dans la vie familiale et privée, les innovations technologiques ont également été d’un apport non négligeable. En particulier grâce à l’avènement des SMS, qui de l’avis de tous, représentent l’apport le plus significatif lorsque l’on est en situation de déficit auditif. « Ce qui a vraiment changé ma vie, ce sont les SMS », confirme Eva Hammar, chargée de communication de la Fédération suisse des sourds. « Enfin, un moyen de communication à distance, où je suis vraiment à égalité avec les entendants et où il n’y a pas de risque de malentendus dus à ma surdité. Le Natel est également un outil très pratique pour communiquer et être joint en cas d’urgence, pour organiser la vie familiale et le quotidien des enfants !  » D’autres soulignent que pour être extrêmement utile, le téléphone portable n’en a pas moins pour autant réglé tous les problèmes. « C’est subtil, observe Marco Ecclesia. Beaucoup pensent qu’avec les NTIC, la problématique des malentendants est réglée. C’est partiellement vrai, mais il ne faut pas oublier que l’essentiel des communications se fait toujours par voie orale. Dire que les NTIC ont résolu tous les problèmes, c’est réducteur. Mais dans quelques années, certainement ! » « Dans de nombreuses situations, communiquer oralement par téléphone reste une option irremplaçable, se désole Salomé. Et dans ce cas, il n’existe pas encore de solution de remplacement si ce n’est de passer par le service relais de Procom ». Procom, la célèbre fondation d’aide à la communication pour les sourds, dont le quotidien a profondément été révolutionné par les innovations technologiques, et dont le service relais fonctionne aujourd’hui par… internet et par SMS ! « Grâce à internet, nous envisageons même de développer prochainement un relais par vidéo », annonce d’ailleurs Isabella Thuner qui dirige, pour la fondation Procom, la formation des interprètes au niveau suisse. Contact humain « Les emails et les SMS, c’est vrai que c’est bien, mais ils ne remplaceront jamais le contact humain », déplore Lysianne Wicky, elle-même malentendante et ancienne présidente de l’Amicale des malentendants de la Chaux-de-Fonds. (Voir notre article « dans les cantons »). Un contact humain, qui comme pour les bien-entendants, risque en effet de s’amenuiser, la généralisation des nouvelles technologies favorisant l’isolement physique. « A notre centre de rencontres de Genève, constate Nathalie Palama, les jeunes viennent moins souvent. Ils sont dispersés un peu partout et la dimension plus individualiste se développe, comme dans toute la société. Mais d’un autre côté, cela indique qu’ils se sentent plus libres et ça, c’est vraiment une grande avancée ! » Charaf Abdessemed " />

Les nouvelles technologies de l’information, une révolution pour les malentendants

Internet, chat, skype, visioconférence, téléphones portables, SMS… Des termes qui il y a 20 ans étaient inconnus de tous et qui aujourd’hui ont envahi notre quotidien, signant une des plus grandes évolutions de l’histoire de l’humanité. Pour les malentendants également, ces nouvelles technologies ont représenté une véritable révolution.

S’il fallait une seule preuve du fait que les nouvelles technologies de l’information ont changé la vie des malentendants, cet article en serait l’illustration vivante.  Car le travail de journaliste est avant tout un travail de recueil d’informations, d’interaction avec les autres, afin de mieux comprendre et cerner telle ou telle problématique. Avec un constat incontournable : pour recueillir les témoignages de nombreux malentendants, internet, SMS, emails et même logiciels de « chat » type skype ou msn ont été purement et simplement indispensables. Au point que sans eux, la rédaction du présent dossier aurait relevé du parcours du combattant, voire aurait peut-être même été impossible…

Depuis le début des années nonante, – il y a 20 ans ! -, les nouveautés technologiques dans le domaine de la communication, que l’on désigne habituellement sous l’acronyme NTIC pour « Nouvelles Technologies de l’Information et de la Communication», ont carrément révolutionné notre vie quotidienne. En quelques secondes, il est désormais possible de joindre instantanément par téléphone une personne située à l’autre bout du monde, envoyer des emails, lire les journaux, gérer ses comptes bancaires, acheter un billet d’avion ou un séjour touristique, participer à une visioconférence par internet etc…

Fin des obstacles

A l’instar de la population générale, le monde des sourds et des malentendants a incontestablement profité de cette révolution technologique inédite. « Les NTIC ont changé ma vie sur de nombreux plans, témoigne Marco Ecclesia, malentendant, membre du conseil de fondation de forom écoute et étudiant en psychologie. Grâce à elles, le handicap s’efface progressivement… et il est probable qu’il s’effacera un jour complètement en termes d’intégration sociale et professionnelle. Dès lors que les malentendants deviendront une cible en termes de marketing, et ils le deviendront car ils sont nombreux, de nouvelles applications technologiques seront développées pour eux.»

Même son de cloche du côté de Nathalie Palama, responsable du département « Animation » à la Fédération suisse des sourds. « Ces technologies ont levé tous les obstacles dans ma vie, relève-t-elle. Il y a longtemps, j’ai travaillé dans une banque. C’était l’époque où il n’y avait pas d’emails et je devais faire appel à des collègues pour qu’ils téléphonent pour moi. C’était très ennuyeux, car j’étais dépendante. Aujourd’hui, ça aurait été tellement différent ! C’est la raison pour laquelle nous organisons une permanence informatique dont le but est de soutenir les gens dont les connaissances ne sont pas assez poussées ! »

Apport variable

Demeure néanmoins un constat : la valeur ajoutée que représentent les nouvelles technologies pour les malentendants dépend en réalité de plusieurs facteurs. Et plus le niveau de malaudition est élevé, plus l’apport des NTIC est palpable. Une personne souffrant ainsi d’une malaudition modérée ou correctement appareillée y verra essentiellement les mêmes avantages qu’une personne « bien entendante ». A l’inverse, lorsque la perte auditive est importante, pouvant même aller jusqu’à la surdité, les NTIC sont accueillies comme une véritable bénédiction. «Grâce à internet, j’ai pu poursuivre des études universitaires, témoigne Salomé, une Valaisanne malentendante âgée d’une trentaine d’années.  Malgré mon appareillage, je ne parvenais à comprendre que le tiers de ce qui se disait dans l’amphithéâtre. Mais en allant sur internet, je réussissais à retrouver et compléter les informations qui me manquaient. Et ça, c’était vraiment fabuleux ! »

 « La fonction chat a été une grande révolution, renchérit Marco Ecclesia. Cela m’a évité non seulement les déplacements dans mon lieu de travail, mais m’a aussi permis de comprendre les consignes plus rapidement et plus sûrement !»

Site « Pisourd »

Très tôt, l’association « Les Mains pour le dire », basée à Lausanne, a compris l’intérêt que pouvait représenter internet pour les personnes malentendantes. En 2003, elle a lancé, avec des moyens très modestes, le site www.pisourd.ch. Son objectif : participer activement à la promotion de la santé des personnes sourdes, grâce à l’information par le biais du web. « Grâce à la vidéo, nous diffusons des informations en langue des signes, car les personnes sourdes n’ont pas toutes un niveau suffisant en français pour comprendre ce qu’il y a sur les sites grand public », explique Diane Guillemin, responsable du projet. « Autre avantage : pour les sourds, ces vidéos sont accessibles en tout temps et à toute heure ».

Et le succès a été très vite au rendez-vous. Depuis 2003, la fréquentation du site a été sans cesse en augmentant. Au point que les chiffres attestent d’une réalité impressionnante. «  Au total, depuis le lancement du site, nos vidéos ont été visionnées plus de trois millions et demi de fois !», se réjouit Diane Guillemin. « C’est bien la preuve que nous répondons à un véritable besoin, et ce sont aujourd’hui les limites financières qui nous empêchent de développer encore plus notre projet !»

La révolution des SMS

Dans la vie familiale et privée, les innovations technologiques ont également été d’un apport non négligeable. En particulier grâce à l’avènement des SMS, qui de l’avis de tous, représentent l’apport le plus significatif lorsque l’on est en situation de déficit auditif. « Ce qui a vraiment changé ma vie, ce sont les SMS », confirme Eva Hammar, chargée de communication de la Fédération suisse des sourds. « Enfin, un moyen de communication à distance, où je suis vraiment à égalité avec les entendants et où il n’y a pas de risque de malentendus dus à ma surdité. Le Natel est également un outil très pratique pour communiquer et être joint en cas d’urgence, pour organiser la vie familiale et le quotidien des enfants !  »

D’autres soulignent que pour être extrêmement utile, le téléphone portable n’en a pas moins pour autant réglé tous les problèmes. « C’est subtil, observe Marco Ecclesia. Beaucoup pensent qu’avec les NTIC, la problématique des malentendants est réglée. C’est partiellement vrai, mais il ne faut pas oublier que l’essentiel des communications se fait toujours par voie orale. Dire que les NTIC ont résolu tous les problèmes, c’est réducteur. Mais dans quelques années, certainement ! »

« Dans de nombreuses situations, communiquer oralement par téléphone reste une option irremplaçable, se désole Salomé. Et dans ce cas, il n’existe pas encore de solution de remplacement si ce n’est de passer par le service relais de Procom ». Procom, la célèbre fondation d’aide à la communication pour les sourds, dont le quotidien a profondément été révolutionné par les innovations technologiques, et dont le service relais fonctionne aujourd’hui par… internet et par SMS ! « Grâce à internet, nous envisageons même de développer prochainement un relais par vidéo », annonce d’ailleurs Isabella Thuner qui dirige, pour la fondation Procom, la formation des interprètes au niveau suisse.

Contact humain

« Les emails et les SMS, c’est vrai que c’est bien, mais ils ne remplaceront jamais le contact humain », déplore Lysianne Wicky, elle-même malentendante et ancienne présidente de l’Amicale des malentendants de la Chaux-de-Fonds. (Voir notre article « dans les cantons »). Un contact humain, qui comme pour les bien-entendants, risque en effet de s’amenuiser, la généralisation des nouvelles technologies favorisant l’isolement physique. « A notre centre de rencontres de Genève, constate Nathalie Palama, les jeunes viennent moins souvent. Ils sont dispersés un peu partout et la dimension plus individualiste se développe, comme dans toute la société. Mais d’un autre côté, cela indique qu’ils se sentent plus libres et ça, c’est vraiment une grande avancée ! »

Charaf Abdessemed