Louise Morier: « la clé de tout, c’est la confiance en soi ! »

Déterminée et bien dans sa peau, Louise Morier est née à la Chaux-de-Fonds et y vit depuis sa naissance. Âgée de 16 ans, appareillée depuis qu’elle a trois ans, elle est désormais au lycée pour y préparer son bac. En ligne de mire: un diplôme de physiothérapeute.

Comment êtes-vous devenue malentendante ?

A l’âge de 3 ans, mes parents se sont rendus compte que je ne répondais pas quand on me sollicitait. Des tests ont été effectués et ont confirmé que j’étais malentendante des deux oreilles.

A-t-on identifié la cause de ces problèmes d’audition ?

Non, ce n’est pas très clair. Mais ma petite sœur est également malentendante et actuellement, j’ai une nièce qui effectue plein de tests, car elle souffre d’une maladie qui pourrait être héréditaire. En fonction de ses résultats, je devrais peut-être faire des tests moi aussi. Ce n’est pas le meilleur truc que l’on puisse avoir, et je n’ai pas forcément envie de le transmettre un jour à mes enfants (rires) !

Vous avez été appareillée très tôt. Cela a dû beaucoup vous aider ?

Bien sûr, mais ce n’est pas parfait, surtout quand je sors ou que je suis en soirée. Heureusement, mes amis sont au courant, et quand je ne comprends pas, je le dis !

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

Les choses se sont plutôt bien déroulées pour moi, même si, en réalité, j’ai eu beaucoup de problèmes à avouer aux autres que j’avais un handicap auditif ! Evidemment, il faut toujours faire plus d’efforts que les autres, c’est sûr. Disons pour résumer, que je n’ai jamais vraiment eu le temps de bavarder, car il fallait me concentrer sur ce que les enseignants disaient ! (rires)

Quelle a été votre plus grande difficulté pour étudier ?

Le problème, c’est d’accepter le handicap que l’on a. Par exemple, j’ai eu beaucoup de mal à adopter le micro, qui pourtant m’est très utile. Pas facile d’accepter à chaque fois de l’emmener au prof et de le reprendre à la fin du cours ! Pas facile non plus de porter les autres éléments du dispositif sur ses oreilles ! Pendant longtemps, il m’a vraiment été difficile de dire aux gens que j’étais appareillée, la peur d’être rejetée sans doute ! En fait, la clé de la réussite, c’est la confiance en soi !

Vous venez de terminer votre scolarité obligatoire et vous avez reçu le Prix aux élèves malentendants…

(Rires) Oui, et c’était drôle, car on m’a annoncé que j’étais convoquée chez le directeur sans me dire pourquoi. Franchement, j’ai pas mal stressé ! En tout cas, ce prix m’a fait vachement plaisir. Ce n’est pas tout le temps que l’on reçoit une reconnaissance pour ce que l’on fait !

Vous voilà désormais au lycée !

Oui et les 6 premiers mois n’ont pas été faciles, surtout sans micro (rires). Mes notes s’en sont d’ailleurs ressenties, car je n’arrivais pas à suivre ce qui se disait. Heureusement, mes parents sont intervenus et ont discuté avec les profs, car je n’aurais jamais osé le faire toute seule !

Et maintenant ?

On a trouvé une solution ! Les profs mettent le micro, moi je me concentre sur ce qu’ils disent et je photocopie les notes d’une copine grâce à une carte offerte par le lycée !

Dites, vos parents, le lycée, vos amis… Vous êtes sacrément soutenue !

Totalement. Je suis très aidée, c’est vrai, par tous ceux qui m’entourent. Même mon copain participe !

Quel métier voulez-vous faire à l’avenir ?

Physiothérapeute, car j’ai toujours voulu travailler avec des enfants handicapés ! J’ai fait un stage de 3 jours pour voir comment c’était, et j’en suis sortie convaincue !

C’est très ambitieux…

Oui, et ça m’a obligée à choisir des branches très exigeantes au lycée: biologie-chimie, mais aussi bilingue avec l’allemand, car je pensais aller étudier en Suisse alémanique. Mais aujourd’hui, je me demande si je n’irai pas étudier à Bruxelles où vivent mes sœurs !

A quoi consacrez-vous votre temps en dehors des études ?

A faire du baby-sitting pour gagner de l’argent de poche, mais aussi au piano, que je pratique depuis près de 10 ans, et au chant moderne… Et puis, je viens d’arrêter la danse pour me lancer dans le hand-ball !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed