Luca de Filippo: « je ne me suis jamais connu autrement!»

Jurassien d’adoption, Italien d’origine, Luca de Filippo a suivi toute sa scolarité à Bassecourt, le village où il est né. Bien dans sa peau, à l’aise aussi bien avec ses copains que dans ses études, ce jeune homme âgé de 16 ans incarne une vraie force tranquille, malgré une perte auditive bilatérale qui date de sa naissance.

En juin dernier, vous avez reçu le Prix aux élèves malentendants décerné par forom écoute…

Oui, et ça m’a surpris, car je ne savais même pas que ça existait ! C’est très sympa, parce que c’est une récompense qui donne de l’espoir pour la suite…

Comment êtes-vous devenu malentendant ?

On ne sait pas exactement, c’est probablement depuis la naissance. Vers l’âge de 3 ans, mes parents se sont rendus compte que j’avais du mal à réagir, d’autant que je faisais beaucoup d’otites qui n’ont pas dû arranger mon cas. Au final, j’ai une perte de 30% d’un côté et de 40% de l’autre.

Êtes-vous appareillé ?

Oui, et je retrouve presque 100% de mes capacités auditives ! Mais il faut dire qu’avec mes appareils, j’ai toujours un peu l’impression d’entendre comme un robot, alors le week-end, je les enlève volontiers pour me reposer un peu !

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

J’ai fait toute ma scolarité obligatoire à l’école de mon village, à Bassecourt. J’ai suivi l’enseignement normal, si ce n’est que, dès la deuxième année, j’ai eu une prof qui venait spécialement pour moi, en soutien. Elle m’a beaucoup aidé !

Qu’est-ce qui a été le plus dur ?

Le seul vrai problème, c’était tout ce qui était à l’oral. Pour les langues, ou pour les dictées par exemple, j’ai eu beaucoup de mal. Mais les profs étaient compréhensifs et tenaient compte de mes problèmes auditifs. Et puis, j’ai le soutien de ma famille bien sûr, mais aussi des copains, qui m’ont toujours accepté comme j’étais et qui n’hésitaient jamais à me répéter les paroles des profs en cas de besoin ! Mais c’est vrai aussi qu’il faut beaucoup se concentrer et à l’oral, je ne tiens pas plus d’une heure, parce que c’est plutôt fatiguant !

Au fond, la malaudition ne semble pas être un grand problème pour vous ?

C’est vrai, et c’est probablement parce que je me suis toujours connu comme ça. Je ne me sens pas différent des autres, sauf quand je suis enrhumé où là, j’entends vraiment mal (rires) ! En fait, je pense que la vie doit être beaucoup plus difficile pour ceux qui ont bien entendu un jour, et qui ont perdu leur audition !

Quels sont vos projets, en termes d’études ?

Depuis la rentrée, je fais un apprentissage de poly-mécanicien à Bienne. Cela devrait durer quatre ans, et ensuite j’aimerais bien me spécialiser en dessin technique. J’aime bricoler, j’ai un côté très « débrouille », et j’adore tout ce qui est informatique !

Et tout se passe bien ?

Pour l’instant, oui ! J’ai informé mes profs de mon déficit d’audition et ils en tiennent compte, les copains continuent à me répéter si nécessaire, et l’entreprise où je suis est vraiment très bien. Elle a de gros besoins en personnel, et j’espère bien y décrocher un boulot à la fin de mon apprentissage.

A quoi enfin consacrez-vous votre temps libre ?

Aux copains, à faire du vélo, et à écouter la musique. J’adore la musique, surtout tout ce qui est électronique, car le rock qui a moins de basses, est plutôt désagréable pour moi. En fait, j’ai simplement envie de profiter de ma jeunesse !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed