Publié le: 05 juin 2022

Marc Soukou: «Ma surdité m’a appris à écouter»

Marc Soukou: «Ma surdité m’a appris à écouter»

Né en Côte d’Ivoire il y a 27 ans, Marc Soukou a totalement perdu l’ouïe en 2017 suite à un accident particulièrement traumatisant. Depuis, ce Pulliéran double implanté cochléaire a appris à se reconstruire.

Depuis combien de temps es-tu malentendant ?
En fait, je suis sourd à la suite d’un accident que j’ai eu en décembre 2016, à l’âge de 22 ans, avec comme conséquences de multiples traumatismes, en particulier à la tête. J’ai immédiatement été hospitalisé au CHUV et je me suis réveillé après un long coma, avec des cervicales brisées, des jambes cassées et une surdité totale…

La surdité est donc liée au traumatisme…
Absolument. Je me suis réveillé de mon coma dans un autre monde, et il m’a fallu deux ou trois semaines pour prendre conscience que je n’entendais plus. Je voyais bien qu’on essayait de me dire des choses, mais je ne comprenais rien… En fait, les cellules ciliées de mes deux oreilles avaient été totalement détruites.

Quel choc !
Ah oui, j’ai vraiment pensé que tout était fini pour moi dans la vie ! Heureusement ma famille m’a beaucoup soutenu !

As-tu été appareillé ?
Non très vite, quelques semaines à peine après l’accident, on m’a directement proposé une implantation cochléaire. J’ai donc été implanté à l’oreille droite à Genève en janvier 2017, puis à l’oreille gauche en novembre de la même année.

L’implantation a-t-elle permis un retour à la normale ?
Non, dans le sens où je ne suis pas revenu à mon audition d’avant. Avec l’implant, le son est qualité très basse, métallique et très difficile de déchiffrer. Il m’a donc fallu réapprendre à entendre, à m’adapter. Petit à petit, grâce à un entraînement auditif intensif, j’ai pu participer à des conversations, écouter de la musique. J’ai aussi pris des cours de lecture labiale avec Anoucha Betti (ndlr, enseignante en lecture labiale) pour compléter mes capacités auditives et cela m’a beaucoup aidé.

Au final, la surdité t’a enlevé quoi ?
Depuis cinq ans, je me suis complètement adapté et aujourd’hui elle n’est plus un handicap car elle est intégrée à ma façon d’être et de vivre. Par contre, elle m’a enlevé les relations de groupe : au-dessus de trois personnes, cela devient très difficile pour moi, surtout qu’entre jeunes, on parle dans tous les sens.  (rires)

Et quel impact cette surdité a-t-elle eu sur ton activité professionnelle ?
Dans ma vie d’avant, j’étais employé de commerce et je me suis retrouvé d’un coup à l’AI car répondre au téléphone était devenu très compliqué, participer à des séances de groupe aussi… Mais mon but n’est pas de rester à l’AI, car j’ai bien l’intention de reprendre une formation pour travailler dans le coaching et devenir indépendant financièrement, avec mon propre business.

Pourquoi ce choix ?
Parce que je sais que ce que j’ai vécu est très anormal, et j’aimerais bien le partager en accompagnant les personnes en difficulté pour les aider à reprendre confiance. Je suis bien placé pour savoir que le handicap peut être surmonté, qu’au fond il ne représente qu’une étape et que le meilleur est toujours à venir.

Aujourd’hui, quels sont tes loisirs ?
Je fais beaucoup d’activités de plein air car j’aime les grands paysages et les randonnées dans de vastes étendues. Je fais aussi beaucoup de sport, du badminton, de la musculation, du yoga, de la méditation et toujours de la physio pour améliorer mon sens de l’équilibre, mis à mal par les traumatismes que j’ai eus à l’oreille interne.

Finalement, cette surdité sera peut-être l’occasion d’un nouveau départ…
Elle a été une épreuve difficile que j’ai pu transformer en chance . Cette histoire m’a beaucoup fait réfléchir sur moi-même, elle m’a conduit à plus de sagesse, de compréhension et d’écoute de moi-même. Elle m’a aussi appris à écouter les autres et à mieux comprendre ce que l’on me dit.

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