Mélanie Fernandes Paiva : « Je ne lâche jamais rien ! »

Âgée de 18 ans, Suisse et Portugaise, Mélanie Fernandes Paiva est fribourgeoise. Atteinte d’une bilatérale surdité sévère, la jeune femme fait preuve d’une force de caractère impressionnante, malgré de nombreux soucis de santé. Retour sur un étonnant parcours qui la conduit aujourd’hui à devenir assistante en pharmacie.

Vous venez de terminer votre scolarité obligatoire, et vous avez reçu, en juin dernier, le Prix aux élèves malentendants décerné par forom écoute…

Mais, oui et j’ai trouvé ça vraiment chouette parce que c’est un joli cadeau. C’est une reconnaissance que les autres n’ont pas !

Depuis quand êtes vous malentendante ?

En fait, ma surdité est liée à une maladie que j’ai depuis la naissance. A cause d’elle, j’ai une perte auditive sévère liée à un problème d’osselets au niveau des deux oreilles ! Très tôt, mes parents ont découvert que je ne mangeais pas suffisamment et que j’avais de nombreux autres symptômes. Tout cela a conduit à la découverte de la surdité, j’avais 3 ans, et cela a été un vrai choc pour eux.

A quel âge avez-vous été appareillé ?

Assez tard, vers 5 ans. Quand ma maman me parlait depuis la cuisine, j’allais vers elle, je montais sur une chaise et je lui disais : « Regarde-moi ! ». Là, ils ont compris qu’il fallait faire quelque chose (rires) ! C’est mon caractère : quand j’ai besoin de quelque chose, je le dis clairement !

En tout cas, vous entendez et parlez parfaitement, au point qu’on ne se doute même pas de vos problèmes d’audition…

Oui, mais cela n’a pas été facile et il a fallu beaucoup travailler, en particulier avec une logopédiste, pour rattraper le retard de langage que j’avais.

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

Jusqu’à la 3ème Primaire, j’étais dans une école ordinaire, ici à Fribourg. Mais cela a été très difficile pour moi. A cause des tracasseries des autres enfants, mais aussi à cause d’une enseignante qui me discriminait à cause de mon handicap et mes origines, me plaçait au fond de la classe et ne me prêtait aucune attention ! Heureusement, le directeur m’a soutenue, j’ai changé de prof et ça a été bien mieux.

Après la 3ème Primaire, vous intégrez l’Institut pour enfants sourds de Fribourg. Pourquoi ?

Pendant quelques temps, j’ai suivi en fait les deux écoles, ordinaire et pour sourds. Ensuite en effet, j’intègre complètement l’Institut Saint-Joseph où j’ai d’ailleurs appris parfaitement la langue des signes. En fait, je voulais surtout rencontrer des gens comme moi, capables de me comprendre ! Mais après quelques années, et malgré ce que j’avais enduré dans une école ordinaire, j’ai fini par y retourner quand même !

Ah bon ? Pourquoi cette décision ?

Parce qu’à Saint-Joseph, le rythme d’apprentissage était un peu trop lent pour moi, même si tout le reste était très bien. Ensuite, en juin 2015, je termine ma scolarité obligatoire dans une école normale. Et il m’a fallu énormément de travail et de volonté pour ne pas décrocher et obtenir ce résultat, en travaillant tous les soirs pour récupérer ce que j’avais perdu dans la journée à cause de mon audition. Au final avec ce parcours, j’ai vraiment une double culture, de sourds et d’entendants !

N’avez-vous jamais été découragée ?

Bien sûr, mais c’est mon caractère, je ne lâche jamais rien. Heureusement, ma famille m’a beaucoup soutenue, mon grand frère pour les devoirs et ma maman, qui à chaque fois me dis toujours : « ce n’est rien, tu va y arriver, tu en es capable ! »

Que faites-vous depuis la rentrée du mois de septembre ?

Un apprentissage d’assistante en pharmacie, ici à Fribourg. Depuis toute petite, quand j’allais acheter des médicaments, j’ai toujours été attirée par ces dames si accueillantes qui s’occupent si bien des patients !

Cela a t-il été facile de trouver un apprentissage ?

Non, alors là vraiment pas du tout ! J’ai envoyé au total plus de 200 lettres pour décrocher quelque chose. Après les 50 premiers refus, j’avais même décidé de faire une année supplémentaire au cycle d’orientation, pour améliorer mes compétences et augmenter mes chances !

Et comment se passe votre apprentissage ?

Très bien. Ils m’ont tout de suite dit que mon handicap ne les dérangeait pas et qu’il ne se remarquait d’ailleurs même pas… J’ai de bonnes relations avec mes collègues et ma patronne, et j’ai même des clients sourds qui viennent désormais vers moi pour obtenir leurs médicaments ou des conseils (rires) ! Et puis, en plus de la langue des signes, je parle français, portugais, anglais et j’ai des bases en allemand, ça aide !

Et comment se déroulent vos cours d’apprentissage ?

C’est vraiment dur, avec 18 heures de cours par semaine et beaucoup de travail ! Il faut intégrer des mots nouveaux en relation avec le métier, se concentrer sur des enseignants qui parlent 4 heures d’affilée. Non ce n’est vraiment pas facile, c’est très fatiguant, mais je m’accroche. Je l’ai dit, malgré les difficultés, je ne lâche rien, même si je connais mes limites !

 

Propos recueillis par Charaf Abdessemed