Mon Chemin de Compostelle

Sourde depuis sa plus tendre enfance, profondément croyante, Catherine Matrod a marché jusqu’à Saint-Jacques de Compostelle en mai 2012. Sa ténacité et sa foi lui ont permis de venir à bout de 3 mois de pèlerinage, dans la joie et la bonne humeur, malgré la difficulté de l’entreprise.

Quand, au tréfonds de l’âme, certains appels se font sentir, il est difficile d’y résister. C’est ce qui est arrivé à Catherine Matrod. Sourde depuis l’âge de 18 mois suite à une méchante otite, cette quinquagénaire française qui vit dans la région d’Annecy, très croyante, n’a pas hésité une seconde. Un jour, alors qu’elle se rend comme à l’accoutumée à l’église, – nous sommes en novembre 2010 -, elle tombe par hasard sur une documentation précisant les détails du chemin de Compostelle. « C’était très bizarre, se souvient-elle. J’ai aussitôt ressenti un besoin, comme une voix qui me disait: vas-y, fais-le, pars, c’est bon pour toi ! Et comme en tant que chrétienne, la foi a toujours été importante pour moi… »

Volontaire et décidée, notre jeune retraitée, aussi rayonnante qu’organisée, n’hésite pas. Elle s’adresse aussitôt à l’Association Rhône-Alpes des amis de Saint-Jacques. La rencontre est décisive puisque les membres de l’association lui fournissent le soutien moral et logistique indispensable à une telle entreprise. Une entreprise d’autant plus ardue que notre Savoyarde ne porte pas d’appareil auditif et lit sur les lèvres pour comprendre ce que dit son entourage. En revanche, elle est particulièrement méthodique, jusqu’à préparer à l’avance sur un petit carnet, des phrases écrites en français et en espagnol, même si, dans le pays de Cervantès, la communication a été plus facile, « tout le monde y parlant avec des gestes ».

Et puis, il y a le volet physique également, car on ne s’attaque pas à… 1850 kilomètres de marche sans préparation: choix des vêtements, recours à des bâtons d’appui pour limiter les problèmes d’équilibre, entraînement intensif à la marche avec un sac de près de 10 kg, et enfin maîtrise de la signalétique qui ponctue, jusqu’à Santiago, le célèbre chemin de Compostelle.

A son rythme

En dépit des réticences de son vieux père, un peu inquiet devant les difficultés de l’aventure, là-voilà qui, le jeudi 3 mai 2012, fin prête, confie sa chatte de 16 ans à son entourage, ferme la porte de sa maison, et commence son pèlerinage. Les 500 premiers kilomètres, jusqu’au Puy-en-Velay, puis Conques, se déroulent avec la compagnie de membres de l’Association des amis de Saint-Jacques, qui veilleront à ce que tout se déroule harmonieusement. Le reste du pèlerinage, et jusqu’à l’arrivée, Catherine le fera seule, marchant à son rythme, ou escortée de compagnes et de compagnons rencontrés au gré des différentes étapes.

Avec les paysages, d’une beauté et d’une diversité à couper le souffle, ces rencontres représentent incontestablement une des grandes richesses de ce pèlerinage unique. Marc le Québécois, Michèle la Parisienne, Corinne la Versaillaise, Isabelle Langer la Lausannoise, codeuse-interprète de profession, et bien d’autre encore, ont ainsi émaillé ces longs mois de marche assidue. Partout, l’accueil est chaleureux, et la solidarité s’exerce à plein.

Portée par sa foi et son opiniâtreté, cette femme qui, toute sa vie, a fait de la résilience et de la joie de vivre une vertu cardinale, grignote chaque jour environ 25 km de son pèlerinage et chaque soir, dans un gîte différent, la célèbre assiette du pèlerin, accompagnée d’un bon vin rouge. La progression se fait régulièrement, et Catherine s’endort tous les soirs épuisée, pour se réveiller le matin, pleine d’entrain et d’enthousiasme.

Difficultés

Bien sûr, tout n’est pas toujours rose sur le chemin de Compostelle. Il peut arriver que l’on croise un faux pèlerin plus ou moins mal intentionné, une ou deux vipères, un chien pas très avenant, et même… que l’on chute, une mésaventure qui a valu à Catherine huit « jolis » points de suture sur le front. Et puis enfin, il y a les aléas de l’usure physique, les tendinites, les petites douleurs, et les ampoules aux pieds, même si Catherine n’en a eu qu’une seule, ayant porté la même paire de chaussures durant… les trois mois de marche.

Le dimanche 5 août, c’est Santiago qui pointe enfin le bout de son nez. C’est le bout du voyage, avec un intense sentiment de joie pour Catherine qui, d’émotion, fond aussitôt en larmes. « C’était le plus beau jour de ma vie », avoue-t-elle, avec le sentiment d’avoir surmonté un extraordinaire défi et surtout d’avoir répondu à l’appel spirituel qui s’est imposé à elle.

« Vous m’aidez beaucoup »

Mais le pèlerinage ne se termine pas à Santiago, ni même après le retour en avion à la maison. Non, Catherine a le cœur plein de souvenirs, l’ordinateur plein d’un millier d’extraordinaires photographies, sans compter une multitude d’adresses de personnes rencontrées tout au long de ce voyage exceptionnel. Beaucoup sont même restées en contact avec elle: Isabelle Langer, la codeuse-interprète lausannoise, qui s’est gentiment prêtée à l’exercice de la traduction pour rendre cet article possible, mais aussi Marc le Québécois, qui lui a fait parvenir une magnifique missive. « Je veux juste vous dire que je vous admire pour votre courage », lui a-t-il écrit quelques semaines après la fin du pèlerinage, concluant avec gratitude: « vous m’aidez beaucoup ».

Ch.A.