www.festival-moudon.ch) et le Rock Altitude Festival, Le Locle, du 16 au 18 août. (Rens. www.rockaltitude.ch) La prévention, toujours de mise Depuis de nombreuses années, forom écoute s’est particulièrement impliquée dans des actions de sensibilisation aux dégâts que peuvent occasionner les bruits excessifs. Et plus que jamais pour les normo-entendants, la prévention demeure de mise en matière de musique, tant l’ouïe est un précieux capital à préserver. Les jeunes sont particulièrement concernés. Qu’ils utilisent un baladeur numérique ou qu’ils assistent à des concerts de musique, il est indispensable pour eux de veiller à ne pas exposer leurs oreilles à des décibels intempestifs, capables de détériorer gravement leurs capacités auditives, de surcroît de manière irréversible. En concert, il est donc vivement recommandé de ne pas se tenir trop près des sources sonores et mieux encore, d’avoir systématiquement recours à des tampons auriculaires de protection (de telles protections peuvent être commandées sur le site www.ecoute.ch  rubrique « produits).   " />

Musique et malaudition: plaisir des sons, plaisir des sens

Depuis de nombreuses années, forom écoute a fait de la prévention du bruit excessif un de ses axes majeurs de sensibilisation.
Pour dangereuse qu’elle soit lorsqu’elle est écoutée avec une intensité excessive, la musique représente aussi un univers particulièrement enrichissant pour une grande majorité de malentendants.
Incontestable vecteur d’intégration sociale, elle leur permet même de se réconcilier avec leurs sens et… leur perte auditive.

Au premier abord, il y a une incompatibilité totale. Que l’on soit malentendant de naissance ou que l’on souffre d’une déficience auditive acquise, il semble légitime de se demander quel intérêt il peut y avoir à écouter de la musique. Et pourtant, pas un des malentendants que nous avons interrogés pour la rédaction de ce dossier (voir l’article « Paroles de malentendants »), n’a déclaré être indifférent à la musique. Bien au contraire, tous, quels que soient leur âge et degré de perte auditive ont affirmé que celle-ci à des niveaux divers, est incontournable dans leur vie.

Pour comprendre ce paradoxe apparent, il faut avoir à l’esprit qu’en réalité, la musique est toujours accessible aux malentendants, et même aux sourds profonds. Car au-delà de la voix et des perceptions auditives, on demeure toujours sensible aux aspects vibratoires et rythmiques de la musique. « Le corps tout entier peut être impliqué. La personne sourde peut recevoir des vibrations à travers le massif spongieux de la mastoïde, par les membres inférieurs, ou à la hauteur du plexus, écrit l’enseignante française Martine Boyer, dans un mémoire intitulé « La musique chez les enfants sourds ». La possibilité de percevoir les sons par le corps tout entier est une faculté que nous devons développer chez les sourds dès le plus jeune âge ! (…) C’est un long travail qui passe par un apprentissage méthodique, une mise à disposition d’instruments vocaux et instrumentaux et une pratique d’écoute.»

Sensations diverses

En clair, même avec une perte auditive complète, et sous condition d’une précieuse initiation, la musique permet d’accéder à des sensations diverses et par là même à toute une palette d’émotions.
Pour ceux qui, en outre, ont conservé des capacités auditives résiduelles, la palette émotionnelle sera plus riche encore, d’autant plus riche que les appareils auditifs de dernière génération permettent une restitution sonore d’une qualité à ce jour jamais égalée. Et pour peu qu’une boucle magnétique soit installée, les malentendants peuvent en plus avoir accès à l’ensemble de la richesse émotionnelle générée par un concert ou toute autre manifestation festive.

Portrait of German composer Ludwig van Beethoven (1770 – 1827)

« Incontestablement, les nouvelles prothèses auditives permettent aux malentendants de se réapproprier les sons musicaux, constate un orthophoniste genevois. Grâce aux nouveaux algorithmes de calcul, très perfectionnés, elles permettent en effet de bien différencier les diverses situations sonores: musique, paroles, voix, bruits fluctuants ou continus, etc. »

Résultat: pour un grand nombre de malentendants, musique rime toujours avec plaisir, un plaisir qui peut même être décuplé par rapport à celui éprouvé ordinairement par les Normo-entendants, tant les sensations physiques et auditives liées à la musique sont mieux perçues, en raison de la suppléance qui s’installe peu à peu (lire l’interview du musicothérapeute Alain Carré).

Suppléance

Mais il y a plus encore. Il est en effet établi qu’au-delà du plaisir éprouvé et du bénéfice « social » obtenu, une écoute musicale régulière, et même la pratique du chant ou d’un instrument de musique, renforcent considérablement les capacités d’adaptation et d’apprentissage auditif du malentendant. En bonne partie parce que la musique permet de manière plus aisée l’acquisition d’une suppléance mentale, tout en réconciliant la personne avec ses sensations.

« J’ai commencé à jouer du piano lorsque mon audition a décliné, j’avais 35 ans, témoigne une malentendante aujourd’hui sexagénaire. Et je peux dire qu’incontestablement, cela m’a sauvée, car cela m’a permis à la fois d’accepter ma perte auditive et de travailler pour améliorer la qualité de mes capacités auditives restantes ». Et d’avouer: « je ne sais pas si c’est très politiquement correct de l’avouer, mais je dois dire que du point de vue de la musique, la malaudition est la

Et un jour, vint l’implant cochléaire…

S’il est un phénomène qui a considérablement modifié la vie des malentendants profonds, c’est bien l’arrivée des implants cochléaires (lire notre dossier dans le numéro 53 d’aux écoutes, septembre 2011). Des implants qui ont ouvert ou ré-ouvert à bien des déficients auditifs, l’accès aux sons et par la même à la musique, même si une rééducation spécifique à la mélodie musicale semble nécessaire. Seul bémol néanmoins: la restitution auditive générée par l’implant est de moindre qualité que celle induite par les prothèses classiques, particulièrement au niveau des timbres, ce qui peut poser problème à ceux qui passent de la prothèse à l’implant. « C’est clair, la perception est moins agréable et moins précise avec l’implant, constate le musicothérapeute Alain Carré. Mais a contrario, l’implant a renforcé l’intérêt de la musique. Car tout ce qui est instrument musical aide à re-discriminer les sons durant les premiers mois après l’implantation. C’est la raison pour laquelle les chirurgiens recommandent fortement la musique comme instrument privilégié de rééducation chez les implantés. »

Alain Carré: « Ne jamais faire le deuil de la musique »

Linguiste, musicothérapeute et formateur à Chambéry-Bassens (F), Alain Carré enseigne depuis de nombreuses années la musique à des sourds et malentendants. Il est en outre l’auteur de très nombreux ouvrages consacrés à la problématique de la musique et du handicap et plus particulièrement de la surdité.


En quoi la musique peut-elle « parler » à un sourd ou à un malentendant ?

En fait, on entend la musique avec l’ensemble de notre corps. Comme les non-voyants, les sourds ont une perception générale largement supérieure à la nôtre. Car ils font preuve d’une suppléance qui peut même devenir dominante, en s’appuyant sur les vibrations perçues et non sur les sensations sonores. C’est impressionnant et franchement, je dois dire que les sourds qui parviennent à développer une intelligence auditive nous sont supérieurement intelligents ! J’ai observé qu’ils ont tous une parole de meilleure intelligibilité que celle de ceux qui n’ont jamais fait de musique. Pour eux, la musique est donc un atout considérable d’intégration !
Par rapport à la musique, y a-t-il une différence entre ceux qui ont perdu l’audition et ceux qui ne l’ont jamais eue ?
La différence est considérable, car ceux qui ont déjà entendu, ne serait-ce que quelques semaines, ont déjà des acquis. Leur cerveau a stocké suffisamment d’informations pour que tout ce qui est aussi bien de l’ordre de la parole que de la musique, soit ensuite traité différemment ! Mais, et c’est un paradoxe, j’ai souvent obtenu de meilleurs résultats musicaux avec celles et ceux qui souffrent d’une déficience auditive sévère. Car ce sont eux qui font le plus d’efforts d’acquisitions auditives. Les malentendants légers, quant à eux, font moins d’efforts, car ils ont tendance à se reposer sur leurs acquis !
Quelles difficultés rencontrez-vous au cours de votre enseignement de la musique ?
Pour les malentendants et sourds, c’est incontestablement la fatigue, car ils doivent faire un énorme effort d’interprétation et de décryptage. C’est d’ailleurs quelque chose qui est très difficile à comprendre pour nous, entendants. Pour moi, en tant qu’enseignant, le plus difficile est de convaincre ce que j’appelle un sourd de mauvaise foi qu’il a toujours quelque chose à voir avec les sons et les vibrations. Pour moi, le sourd ou le malentendant ne doit jamais faire le deuil de la musique, il doit toujours essayer !
A contrario, qu’est-ce que les sourds/malentendants apportent à la musique ?
Comme d’autres musiciens, ils apportent leurs éléments à eux, des éléments acoustiques qui nous échappent. A nous entendants, ils nous apportent un autre regard et remettent en cause bien des certitudes…
Et à vous, en tant qu’enseignant et musicothérapeute ?
Beaucoup de choses. C’est une de mes grandes joies: grâce à la musique, j’ai été accepté par la planète des sourds et des malentendants, et ce n’est pas la moindre des reconnaissances !
Et ensuite ?
Enseigner à des malentendants, c’est une école de tolérance, d’écoute de l’autre qui n’existe dans aucune autre circonstance et qui est particulièrement enrichissante ! En outre, et au-delà de l’aide à l’intégration du langage, le plus grand plaisir c’est de les voir faire de la musique comme les entendants, avec une joie immense. Lorsqu’on arrive à les faire parvenir à ce résultat, c’est la preuve de l’inutilité du fossé entre entendants et malentendants !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed

 

Paroles de malentendants romands

« La musique m’apporte de la vie, me fait vibrer. Je chante dans une chorale et j’adore ça. Fréquemment, j’écoute des morceaux de musique New Age, mais aussi Canon de Pachelbel, Haendel, de la musique religieuse, etc., des chansons qui ont un sens »

Ginny, malentendante depuis son enfance

« La musique et les sons sont pour moi d’une saveur inconnue. La musique est pratiquement toujours fade (sauf sans appareils mais dès lors, elle devient très distordue). J’adore la musique à volume élevé… Je peux la ressentir sur ma peau également »

Fabrice, malentendant de naissance

« J’ai toujours été très attiré par la musique de tous les styles et dans plusieurs langues: je m’en suis éloigné un peu brutalement lors de ma plus grave perte de l’audition en 2007, plus rien n’était comme avant… En fait, moins j’entendais, plus je m’accrochais à la musique… Aujourd’hui, écouter de la musique ressemble à une grosse cacophonie pour moi. »

Marco, malentendant depuis l’âge de 5 ans.

« Après la pose de mon implant, j’ai toujours apprécié la musique mais sans comprendre les paroles. Mes amis me disent : c’est bizarre qu’un malentendant apprécie comme ça la musique ! »

Lysiane, malentendante depuis 1981.

« Je sors plus dans un intérêt social et pour l’ambiance que pour la musique proprement dite. J’aime écouter la musique, mais je n’en ai pas besoin. »

Eva, sourde de naissance

« J’ai toujours aimé pour ne pas dire adoré la musique malgré ma perte auditive, malgré que les appareils n’étaient pas comparables à ceux d’aujourd’hui… Avec les appareils analogiques, au bout d’un moment la musique devenait une cacophonie de sons… Ce qui n’est pas le cas avec les numériques d’aujourd’hui. Je sors en concert depuis que j’ai des appareils numériques, en 2005, et…cela a été phénoménal pour moi ! »

Anne, malentendante de naissance

« C’est frustrant de ne pas comprendre les paroles, mais il faut lire un texte et écouter en même temps, ça aide beaucoup ! La musique permet de s’enfermer un moment dans son monde, d’être seule pour un petit moment, d’être dans un autre monde. Et parfois ça aide à se réveiller ! »

Tanya, sourde de naissance, implantée

« Dès que j’ai été implantée, mon père, dont la passion est la musique, m’a tout de suite fait écouter toutes sortes de musiques pour m’habituer. Cela m’a beaucoup aidée pour pouvoir entendre des sons inconnus, et me plonger dans la musique, dans des sons qui font du bien à entendre. Ça m’a aussi permis de voir autrement la vie, pas que dans le silence, le brouhaha, ou les bruits des voitures, qui ne sont pas très agréables à entendre »

Céleste, malentendante depuis l’âge de 2 ans

Des concerts accessibles aux malentendants

Depuis quelques années, de nombreuses manifestations musicales en Europe, mais aussi en Suisse romande, ont choisi de s’ouvrir aux sourds et malentendants. Grâce bien sûr, à la généralisation lente mais progressive de l’utilisation des boules magnétiques, et d’instruments d’écoutes appropriés, comme le casque. C’est d’ailleurs cette dernière option qu’a retenue le Rock Altitude Festival qui aura lieu les 16, 17 et 18 août prochains au Locle. Suite à une rencontre avec Marco Ecclesia, malentendant et ancien membre du conseil de fondation de forom écoute, la direction du festival a pris la décision de rendre cette 7ème édition également accessible aux malentendants en mettant des casques à leur disposition. C’est aussi le cas du Festival des Musiques populaires de Moudon (9-10 juin) qui, en collaboration avec forom écoute, procèdera à l’installation de boucles magnétiques, l’une à l’église St-Etienne (chorales a capella), et l’autre à l’extérieur, sur la place du Marché pour l’émission de radio « Le kiosque à musique ».


Mais il y a mieux. Certains groupes de musique n’hésitent pas à développer des concepts musicaux et visuels inédits, spécifiquement destinées aux malentendants. Le groupe français d’électro-rock fumuj, qui se produit régulièrement en Suisse romande, n’a pas hésité à mettre en place un concert adapté aux sourds et malentendants grâce à un dispositif sensoriel fait de lumières, vidéos et récepteurs somesthésiques distribués au public, qui a ainsi la possibilité de ressentir les vibrations au niveau des mains.
Festival des musiques populaires de Moudon, les 9 et 10 juin (Rens: www.festival-moudon.ch) et le Rock Altitude Festival, Le Locle, du 16 au 18 août. (Rens. www.rockaltitude.ch)

La prévention, toujours de mise

Depuis de nombreuses années, forom écoute s’est particulièrement impliquée dans des actions de sensibilisation aux dégâts que peuvent occasionner les bruits excessifs. Et plus que jamais pour les normo-entendants, la prévention demeure de mise en matière de musique, tant l’ouïe est un précieux capital à préserver. Les jeunes sont particulièrement concernés. Qu’ils utilisent un baladeur numérique ou qu’ils assistent à des concerts de musique, il est indispensable pour eux de veiller à ne pas exposer leurs oreilles à des décibels intempestifs, capables de détériorer gravement leurs capacités auditives, de surcroît de manière irréversible. En concert, il est donc vivement recommandé de ne pas se tenir trop près des sources sonores et mieux encore, d’avoir systématiquement recours à des tampons auriculaires de protection (de telles protections peuvent être commandées sur le site www.ecoute.ch  rubrique « produits).