Patricia Grilo de Almeida: « ne jamais abandonner »

Valaisanne d’origine portugaise, malentendante de naissance, Patricia Grilo de Almeida vient d’obtenir à Sion un CFC de Gestionnaire en intendance. Un caractère bien trempé doublé d’un solide entourage familial lui permet d’envisager l’avenir avec confiance. Les projets de cette jeune lauréate du Prix aux élèves malentendants ? Entamer une deuxième formation !

Comment êtes-vous devenue malentendante ?

Je suis née malentendante en raison d’un virus contracté par ma maman au début de sa grossesse. J’ai une déficience auditive pour chacune de mes oreilles, mais avec un appareil j’ai réussi à retrouver une acuité de 50% de chaque côté. Grâce en plus à la lecture labiale, je me débrouille bien dans la vie de tous les jours !

Comment s’est déroulée votre scolarité ?

Toute petite, j’ai été inscrite dans une école spécialisée pour sourds et malentendants à Sion. C’était bien, mais je dois dire qu’en raison du caractère répétitif des enseignements, je me suis un peu ennuyée, alors que j’avais envie d’apprendre plus de choses… C’est pour cela que quand j’ai intégré un cursus d’enseignement normal, à l’âge de quinze ans et demi, j’ai été plutôt contente !

Tout de même, votre intégration dans une école pour « bien entendants » n’a pas dû être si facile… 

Ce qui n’était pas facile, c’est que ni les enseignants ni les élèves n’avaient l’habitude des personnes malentendantes. Il a fallu faire beaucoup d’efforts, expliquer qu’il fallait se mettre bien en face pour me parler, bien articuler, et répéter si nécessaire. En plus, beaucoup de profs qui voyaient que j’arrivais à parler, ne comprenaient pas pourquoi je n’entendais pas bien (rires…) Mais petit à petit, avec le temps, tout est rentré dans l’ordre, et beaucoup de personnes dans mon entourage m’ont même aidée… Et puis moi, quand je ne comprends pas, je n’hésite pas à le dire tout de suite ! (rires)

Quel enseignement avez-vous suivi ?

Je viens de terminer mon apprentissage et d’obtenir un CFC de Gestionnaire en intendance. Je suis très fière car cela m’a demandé beaucoup d’efforts. Mais c’est vrai que c’était assez fatiguant, avec de longues journées, des stages loin de la maison, beaucoup de travail personnel, etc.

D’où vous vient une telle motivation ? On vous sent très déterminée…

C’est mon caractère, j’ai toujours été comme ça ! Je veux réussir, me débrouiller toute seule, être comme les autres… J’ai des moments de découragement bien sûr, mais j’ai toujours pu compter sur l’aide de ma famille, qui ne m’a jamais lâchée !

Qu’allez-vous faire, maintenant que vous avez décroché votre CFC ?

Une autre formation, pour devenir assistante socio-éducative pour personnes sourdes et aveugles. Mais je ne pourrai commencer qu’à la rentrée 2012, car c’est une formation en cours d’emploi et il faut d’abord que je trouve une place de travail… Je crois que ma déficience auditive a joué un rôle, car si j’avais été entendante, j’aurais été prise, sans même avoir la place de travail. J’avais d’ailleurs senti une certaine réticence au cours de l’entretien d’entrée à l’école, et tout s’est confirmé lorsque j’ai constaté qu’une de mes amies bien entendante avaient été acceptée… Au final, je suis très déçue même si j’ai bien l’intention de m’accrocher !

Qu’allez-vous faire dans l’intervalle ?

Chercher une place de travail et passer mon permis de conduire ! J’espère bien réussir cette formation, mais tout cela ne m’empêche pas de vivre dans le présent !

Vous venez de recevoir le Prix aux élèves malentendants…

J’en suis très contente. Ce prix est important surtout pour montrer que tout le monde peut réussir à condition de faire les efforts qu’il faut. Il faut se battre et ne jamais abandonner !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed