Pèlerinage express à Lourdes

Durant quatre jours, Vanessa Favre, malentendante fribourgeoise et enseignante en lecture labiale, s’est rendue à Lourdes accompagnée de ses amies et de sa maman. Une visite empreinte du plaisir des retrouvailles entre mère et fille, mais non dénuée non plus de spiritualité.

C’était en mai dernier, et sur les routes de France, depuis le canton de Fribourg. Quatre voyageuses en vadrouille, à destination de Lourdes. Vanessa, malentendante fribourgeoise de 37 ans, accompagnée de sa mère Thérèse, ainsi qu’une amie, également accompagnée de sa maman. 1000 kilomètres de route, jusqu’à la célèbre ville sainte. L’idée de ce voyage a germé en 2011. A ce moment-là, Vanessa, grande marcheuse devant l’Eternel, fait son chemin de Compostelle. Arrivée à hauteur de Pau, elle hésite à faire un petit détour par Lourdes, avant de se raviser. Mais cinq ans plus tard, la voilà qui se décide à enfin réaliser son projet.

« Ma maman est atteinte de polyarthrite rhumatoïde, explique Vanessa, qui se définit comme « catholique non pratiquante ». Alors je me suis dit qu’une petite virée à Lourdes ne pouvait pas lui faire de mal ! Et puis, c’était aussi l’occasion de faire un voyage avec elle. Mes parents étaient paysans et nous n’avions ni le temps ni les moyens de faire des voyages ensemble ». Et d’ajouter, en rigolant : « alors j’ai saisi l’occasion qui se présentait, d’autant que ma maman avait été à Lourdes il y a 50 ans, envoyée là-bas comme hospitalière par son village. Le plus dur a été en réalité de prendre le temps de la préparer à l’idée de quitter chez elle. D’ailleurs, nous avions choisi délibérément cette période de l’année pour ne pas trouver trop de monde là-bas ».

1000 km en voiture

Résultat : le mercredi 18 mai dernier, nos quatre amies quittent la Suisse et Fribourg pour Lourdes. Dans une auto confortable certes, mais le voyage est long, plus de 1000 kilomètres, effectués en deux étapes, après une nuit à Palavas-les-Flots, dans le Sud de la France. Certes, le train aurait été plus facile, mais le détour par Paris n’aurait fait que rallonger le voyage inutilement…

Le lendemain, en fin d’après-midi, nos voyageuses arrivent enfin à Lourdes. Et dès les valises posées à l’hôtel, les voici déjà en train de visiter la célèbre grotte du Sanctuaire Notre Dame de Lourdes, au sein de laquelle en 1858, la Vierge Marie apparut, à plus de 18 reprises, à Bernadette Soubirous. Haute de près de 2 mètres, la statue de la Vierge y représente l’Apparition, dans la célèbre attitude qu’elle a prise lorsqu’elle déclama : « Je suis l’Immaculée Conception ! »

Une fois la Grotte sacrée visitée – fait notable, l’accès à la totalité des sites du sanctuaire est entièrement gratuit -, nos quatre pèlerines grimpent au sommet du rocher qui abrite la Grotte, pour assister à la messe, dans la basilique de l’Immaculée Conception, bâtie en 1866. Deux moments émouvants pour Vanessa et ses compagnes de pèlerinage. « Je ne suis pas particulièrement portée sur le religieux, explique-t-elle. Mais il y a dans ce sanctuaire, un je-ne-sais-quoi de particulier, une ambiance très spéciale. Peut-être était-ce dû à la ferveur de toutes ces personnes venues de partout pour prier et espérer un miracle. »

Le pèlerinage se poursuit le lendemain matin, dans les piscines du sanctuaire. Les piscines, ce sont en fait 17 baignoires de marbre, contenant la célèbre eau de Lourdes. Les pèlerins y sont baignés, avec l’aide d’hospitaliers, en référence au message de la Vierge qui enjoignit à Bernadette Soubirous : « Allez boire à la fontaine et vous y laver ! ».

De fait, chaque année, ce ne sont pas moins de 350’000 pèlerins qui accomplissent cette démarche empreinte de spiritualité. « Ce qui m’a le plus frappée, explique Vanessa, c’est vraiment l’extrême gentillesse des hospitalières bénévoles qui, à grands renforts d’Ave Maria, s’occupent des baigneurs. C’est une gentillesse qui fait vraiment du bien, et on était vraiment très détendues au sortir des piscines, un peu comme si on nous avait soulagées d’un grand poids ».

Procession mariale

L’après-midi fut ensuite consacrée au visionnage d’un film très instructif consacré à l’histoire du Sanctuaire de Lourdes et de Sainte Bernadette. Le tout avant de filer voir, en soirée, la très renommée Procession mariale aux flambeaux. Organisée en commémoration de l’invitation de Marie, adressée à Bernadette le mardi 2 mars 1858, jour de la 13ème Apparition, « Qu’on vienne ici en procession et qu’on construise une chapelle », la procession part tous les soirs à 21 heures de la Grotte des Apparitions pour se terminer sur l’esplanade de la basilique Notre-Dame du Rosaire. A sa tête, une statue de la Vierge, portée par les pèlerins et un grand moment d’émotion pour tous ceux qui y participent. « C’est la célébration la plus populaire de Lourdes et ma maman tenait vraiment à y assister. Incroyable tout de même d’entendre tant d’Ave Maria dans toutes les langues ! ».

Et puis enfin, le lendemain, c’est la fin de ce pèlerinage express, court, vraiment trop court pour profiter pleinement du lieu sacré. A peine le temps d’allumer un dernier cierge, de remplir les jerrycans d’eau miraculeuse, qu’il faut déjà reprendre la route pour la Suisse. Non sans se promettre d’y retourner un jour. « C’est sûr, j’aimerais bien y passer une semaine entière, mais cette fois en tant qu’hospitalière bénévole ».

Cette petite escapade s’est-elle pour autant soldée par un miracle ? « Une chose est sûre, sourit Vanessa. Ma maman a moins souffert de sa polyarthrite pendant les semaines qui ont suivi son retour. Mais peut-être est-ce seulement dû au fait qu’elle est un peu sortie de chez elle ! » Et de conclure avec son rire communicatif : « Pour moi, le vrai miracle, c’est plutôt que juste après ce pèlerinage, j’ai pu commencer à enseigner la lecture labiale. Et rien ne pouvait me faire plus plaisir que ça ! »