René Schwab, 35 ans au service des malentendants

Après plus de 30 ans de présidence, René Schwab quitte ses fonctions de président de l’Amicale des malentendants de Neuchâtel. Portrait d’un fils du peuple déterminé dont l’appétit de vivre n’a d’égal que sa générosité.

A 82 ans, l’homme fait preuve d’une vivacité, d’un sens de l’humour et d’un appétit de vivre qui feraient pâlir d’envie bien des sexagénaires. Il faut dire que René Schwab est né sous une bonne étoile. Celle des bienheureux, toujours capables, malgré les vicissitudes de la vie, de privilégier le fameux « côté plein de la bouteille ». Pourtant, tout n’a pas été facile pour cet enfant d’une famille ouvrière, veuf depuis une trentaine d’années et entré aux CFF comme conducteur de locomotive en… 1949. « A l’époque, c’était un métier dangereux, se souvient-il. Heureusement tout s’est bien passé, malgré deux ou trois incidents. Mais je voulais absolument faire ce métier, il était pour moi synonyme d’indépendance et de découverte ! »

Passion

Très vite, après son apprentissage à Yverdon, le jeune René sillonne avec passion le réseau ferroviaire suisse, alors en plein développement. Horaires irréguliers, difficultés de la tâche, rien ne le décourage, puisqu’au final, il aura passé 41 ans au sein de l’ancienne régie fédérale, jusqu’à sa retraite en 1990. « J’aimais ce travail, et plus particulièrement les horaires irréguliers. C’était tellement extraordinaire de ne pas avoir de routine. Et si c’était à refaire, je n’hésiterais pas un instant », rappelle-t-il avec une lueur d’enthousiasme dans le regard.

Dans l’intervalle, ce passionné de la vie, curieux de tout et des autres, a en outre trouvé le temps de fonder une famille et d’élever quatre enfants. Une progéniture qui a réussi au-delà de toute espérance et qui fait aujourd’hui la fierté de son géniteur, demeuré aujourd’hui encore très proche de ses enfants. « Mes deux filles sont musiciennes professionnelles, un de mes fils est ingénieur et l’autre est journaliste. Ce qui est fabuleux, c’est que malgré leur réussite, ils n’ont jamais pris de haut leur papa, moi qui n’étais que cheminot. Vous savez, cela ne va pas toujours de soi », se réjouit cet octogénaire, aujourd’hui dix fois grand-père et une fois arrière grand-père.

Engagement

Mais il y a mieux. Au-delà de son engagement de père et de conducteur de trains, René Schwab cache une deuxième vie, évoquée avec pudeur et discrétion. Celle d’un militant qui a bénévolement consacré de très longues décennies de son existence à l’engagement associatif. Pour les personnes âgées, puisque l’homme est encore aujourd’hui engagé au sein d’un club de loisirs du 3e âge, mais surtout en faveur des personnes souffrant de troubles de l’audition.

Rien ne prédestinait pourtant cet homme à une telle vocation. Ni son milieu familial, ni son état de santé, lui-même ne souffrant d’aucun problème de ce type. Seulement voilà : « dans ma vie, évoque René Schwab, j’ai toujours eu la chance de rencontrer des personnes au bon moment et qui ont su m’orienter de manière déterminante. Ma fille jouait du violon. Comme son institutrice appartenait à l’Amicale des malentendants, elle est allée animer les Fêtes de Noël. Un jour, dans les années 70-75, la présidente de l’Amicale de Neuchâtel m’a sollicité pour entrer au comité ».

Passionnant

Et d’ajouter, dans un grand sourire : « Ma propre belle-mère souffrant de problèmes d’audition, je n’ai pas pu refuser. Ma femme me disait toujours que je ne savais pas dire non ! Heureusement, elle a su me mettre des limites, sinon j’aurais vraiment été de tous les comités et de toutes les combines !»

Tout va ensuite très vite. A peine quelques années plus tard, il reprend la présidence de l’amicale, l’ancienne présidente, alors âgée de 84 ans, ayant souhaité se retirer. S’ensuivent alors trois décennies d’engagement déterminé en faveur des personnes malentendantes. « Vous savez, c’est inné, j’ai besoin de donner aux autres. D’ailleurs, en donnant, on récolte beaucoup plus que ce que l’on sème. Tout cela a été passionnant, j’aimais faire ça, organiser des sorties, des rencontres, cela m’a apporté tellement d’amitiés et de moments extraordinaires! Et puis, la malaudition est le plus ingrat des handicaps. Contrairement aux autres, il est caché et ne se voit pas ! »

Déclin

Après plus de trente ans de bons et loyaux services, René Schwab a décidé l’année dernière de démissionner de ses fonctions pour prendre un repos bien mérité. Avec une ombre au tableau : l’avenir très incertain de l’Amicale de Neuchâtel, pourtant fondée en… 1921.

« Jusqu’à présent, personne ne s’est proposé pour reprendre la présidence, déplore-t-il. Cela témoigne du désintérêt général pour la vie associative, il n’y a plus de relève, le monde est devenu beaucoup plus individualiste. Sans compter que l’arrivée d’appareillages très sophistiqués et performants a aussi fait que les malentendants ressentent moins la nécessité de se regrouper !  Au départ, nous comptions plus de 80 membres. Aujourd’hui, il y en a à peine une trentaine, et encore, aux dernières rencontres nous n’étions plus que 5 ou 6. Ce déclin me peine vraiment!»

Désormais, René Schwab entend consacrer son temps de retraité à ses hobbies : cinéma, voyages, mais aussi… informatique. « La seule chose qui m’enquiquine vraiment, c’est d’être aussi vieux, conclut-il avec l’enthousiasme qui le caractérise. Il y aurait encore tellement de choses à faire. Mais j’ai un arrière-fond chrétien. Et tous les soirs, je suis reconnaissant d’avoir pu faire tout ce que j’ai fait dans la journée ! »

Charaf Abdessemed