Sandy Nussbaumer : « Les bijoux, ma grande passion »

Âgée de 18 ans, malentendante depuis sa naissance, Sandy Nussbaumer a réussi à la force du poignet sa scolarité obligatoire. Depuis deux ans, cette enfant du Locle est étudiante en bijouterie à l’Ecole d’arts appliqués de la Chaux-de-Fonds.

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A la fin de votre scolarité obligatoire, vous avez reçu le Prix aux élèves malentendants, décerné par forom écoute…

En effet, et cela m’a fait très plaisir car c’est une manière de nous encourager à faire plus. Cela montre aussi qu’il est toujours possible de réussir, et c’est important.

Depuis quand êtes-vous malentendante ?

Depuis la naissance, avec une perte auditive d’environ 80% des deux côtés ! La cause est génétique : en fait, mon père est malentendant, mon frère l’est également. Mais je suis appareillée, et si je me concentre bien, en m’aidant également de la lecture labiale, j’arrive à peu près à comprendre (rires) !

Du coup, comment s’est déroulée votre scolarité ?

J’ai intégré une école normale dès l’école enfantine, et ce n’était pas facile !

Pourquoi ?

D’abord parce que j’avais du mal à comprendre les autres enfants ainsi que les enseignants qui, je dois dire, s’en fichaient un peu. L’année suivante, on m’a placée dans une classe d’adaptation, mais comme j’avais de bons résultats par rapport aux autres élèves, on a fini par me réintégrer dans une classe normale !

Vous vous êtes plutôt bien débrouillée, donc…

Oui, parce qu’après l’école enfantine, certains enseignants ont vraiment fait des efforts, répétant en cas de besoin et parlant avec des gestes. A vrai dire, je les engueulais pour qu’ils ne me tournent pas le dos quand ils me parlaient (rires) !

Vous vous exprimez très bien, au point qu’on ne soupçonne pas forcément que vous êtes malentendante !

C’est parce que j’ai énormément travaillé avec mon orthophoniste ! Ma maman également s’est énormément investie, me poussant à travailler, me corrigeant lorsque je faisais des efforts. Elle le fait d’ailleurs encore aujourd’hui, et sans elle je ne serais pas arrivée là où je suis.

Et avec vos camarades de classe, comment se déroulaient les choses ?

J’ai subi énormément de moqueries, comme la grande majorité des enfants sourds et malentendants. Et ce n’était vraiment pas facile à vivre. Heureusement, deux de mes voisines étaient avec moi en classe. Elles savaient ce que j’endurais ! Mais pour le reste, je n’avais pas beaucoup d’amis. J’en ai d’ailleurs gardé une certaine crainte à aller vers les autres…

Et quels résultats scolaires avez-vous obtenus ?

Ça a été ! A chaque fois, je passais tout juste au niveau supérieur. Mais je n’ai jamais redoublé et j’en suis très satisfaite, surtout quand je considère le retard que j’avais…

Où en êtes-vous de vos études, actuellement ?

Je suis en 2ème année de bijouterie à l’Ecole d’arts appliqués de la Chaux-de-Fonds.

Bijouterie ? Pourquoi avoir choisi cette voie plutôt peu conventionnelle ?

En fait, durant ma scolarité obligatoire et comme j’étais souvent seule, j’occupais une grande partie de mon temps à dessiner. Le dessin était en quelque sorte ma manière de communiquer. En outre, un ami très proche était bijoutier, et enfant, il m’arrivait de rester discrètement dans son atelier, sans même qu’il s’en doute. En plus, les bijoux ont une signification symbolique qui me passionne…

Et à l’Ecole d’art, comment vous débrouillez-vous ?

Ça va bien. J’ai la grande chance de pouvoir exercer ma passion, en dessinant et en travaillant les matériaux. Mais que d’efforts et de persévérance pour arriver à faire ce que je veux ! Si tout va bien, je finis dans deux ans. Et peut-être continuerais-je à étudier encore, cela dépend surtout de la manière dont j’arrive à gérer tout cela.

Comment vous ressourcez-vous, avec toute cette pression ?

En faisant du camping, une vraie passion familiale. C’est mon refuge, j’y ai des amis qui, depuis toujours, m’acceptent comme je suis, sans discrimination. Et puis j’adore la marche dans la campagne, entre le Locle et la Chaux-de-Fonds. La nature y est magnifique et elle m’inspire beaucoup !

Qu’envisagez-vous de faire à la fin de vos études ?

Mon rêve, ce serait d’avoir si possible mon propre atelier privé. Mais il faudra d’abord acquérir une expérience en entreprise ! Et puis, j’ai vraiment envie de voyager, d’aller ailleurs, à la rencontre d’autres cultures.

 

Propos recueillis par Charaf Abdess