Séjour linguistique à Malte

En juillet dernier, Bastien Marquis s’est envolé pour l’île de Malte. Une première pour ce jeune malentendant qui souhaitait apprendre l’anglais afin de mieux exaucer son rêve d’enfance : travailler dans l’aviation. Récit d’un séjour studieux, mais qui n’a pas été dénué de loisirs et de farniente.

Un double défi. A la fois intellectuel et personnel ! Bastien Marquis est un jeune malentendant âgé de 22 ans. Et ce jeune homme qui vit à Delémont avec une vie tout ce qu’il y a de plus ordinaire, a de longue date une véritable passion : l’aviation. Sauf que la profession de pilote d’avion, très sélective en raison des mesures de sécurité drastiques qui y prévalent, est difficilement accessible, pour ne pas dire impossible, à toute personne souffrant d’un handicap auditif.

Persévérant et tenace, Bastien n’est cependant pas du genre à renoncer. Qu’à cela ne tienne. A défaut d’être pilote, il espère bien, juste après son CFC, devenir… steward, l’essentiel étant de rester dans les airs, au contact de ces incroyables machines volantes. Seulement voilà : qui dit aviation, dit… maîtrise de la langue anglaise. Et dans ce domaine, le moins que l’on puisse dire est que le jeune homme a du pain sur la planche, car les langues n’ont jusqu’à présent pas fait partie des priorités de son cursus de formation.

Alors, afin de rattraper le temps perdu, Bastien décide de se jeter à l’eau : ce sera un séjour linguistique. «Steward est plus accessible que pilote pour moi : il ne faut pas de casque pour discuter, les avions sont de plus en plus silencieux, les appareils de plus en plus performants, ce défi est donc à ma portée. Mais en revanche, il me faut impérativement l’anglais, qui quoi qu’il arrive, me sera toujours utile pour voyager. Alors j’ai cherché un séjour qui me permette à la fois d’apprendre cette langue, tout en profitant du soleil et des vacances. Et comme j’y avais été il y a plusieurs années avec mes parents, j’ai tout de suite pensé à Malte ! »

Plusieurs objectifs

Résultat : le 18 juillet dernier, le jeune homme s’envole depuis Genève pour La Valette, pour un séjour qu’il a payé avec ses propres économies. «Bien sûr, au début, on éprouve une certaine appréhension, surtout à l’approche du départ. Partir complètement seul depuis chez moi, faire un voyage sans amis ni famille, c’était quand même nouveau, même si mes parents m’ont encouragé malgré ma surdité, explique-t-il. Mais je me suis dit : aie confiance en toi, n’abandonne pas ! »

Seul ? Pas vraiment au fond. D’un tempérament très sociable et volontiers communicatif, Bastien rencontre dès l’arrivée à l’aéroport de La Valette, des Suisses ainsi que des jeunes Français qui logent dans la même résidence que lui. Communauté de langue oblige, le contact passe très bien, et toute la bande passera le séjour quasiment toujours ensemble.

« Ce séjour linguistique avait plusieurs objectifs, ajoute Bastien : apprendre une langue bien sûr, mais aussi aller vers l’inconnu, augmenter mon autonomie et découvrir de nouvelles choses. Et puis, apprendre une langue étrangère, pour un malentendant, cela reste toujours un sacré défi ! »

Sitôt arrivé dans son école, au coeur du quartier de Siema, les cours intensifs d’anglais commencent. A raison d’une demi-journée, le matin ou l’après-midi, en alternance. Bastien est inscrit en tant que débutant, et les cours demandent une attention soutenue. Pour un malentendant, il faut donc bien s’accrocher : « Les cours étaient de bonne qualité, mais ce n’était pas évident de suivre le rythme, avoue-t-il sans ambages. D’une manière générale, et c’est logique, l’écoute est toujours délicate pour un malentendant. Surtout quand on corrigeait les exercices. Mais la prof, lorsque je ne comprenais pas, formulait autrement jusqu’à ce que je saisisse le sens des mots. Finalement tout s’est bien passé et j’ai pu acquérir de bonnes bases ».

Des progrès

Volontaire, l’apprenti-étudiant en langue s’accroche, progresse, et peu à peu intègre les rudiments de l’anglais, « plus que ce qu’il a pu apprendre en Suisse». Et puis, chassez le naturel il revient au galop, Bastien met à contribution ses compétences en… lecture labiale ! «J’avoue avoir moi-même été étonné, mais la lecture labiale m’a tout de même bien aidé, s’étonne-t-il encore. Avec la même démarche que pour le français, elle m’a permis de reconnaître des mots. Dans un environnement bruyant comme lorsque je sortais en soirée, c’était très utile !»

Car bien entendu, après le travail, le temps est aux loisirs. Plage, farniente et surtout sorties avec des copains, organisées ou non par l’école, ont été de rigueur tout au long du séjour. «J’ai énormément aimé toutes les rencontres que j’ai pu faire avec les autres étudiants étrangers, observe Bastien. Des Espagnols, des Français, des Belges, des Brésiliens, des Chinois, des Japonais, etc., c’était très enrichissant. En plus, les sorties étaient une bonne occasion de pratiquer ce que j’avais appris en cours ».

Rentré le 1er août en Suisse, Bastien n’entend pas en rester là. Ni avec les voyages, ni avec la langue anglaise, puisqu’il commence déjà à réfléchir à son prochain séjour linguistique. Mais cette fois-ci, ce sera plus loin, beaucoup plus loin, puisqu’il entend bien réaliser un rêve d’enfance : se rendre aux Etats-Unis, plus particulièrement à Los Angeles. « En fait, les malentendants qui souhaitent apprendre une langue ne doivent pas avoir peur, conclut-il. Il ne faut pas avoir peur de partir et d’essayer. Cette appréhension est normale, mais quand on veut, on peut ! ».

 

 ChA