www.betscharthomas.ch Propos recueillis par Charaf Abdessemed   " />

Thomas Betschart : « Lève-toi et marche ! »

Né il y a 28 ans à Genève, Thomas Betschart vit depuis 4 ans à Lausanne. Le moins que l’on puisse dire, c’est que ce sourd profond implanté a toujours su ce qu’il voulait, et ne craint pas les difficultés. La preuve ? Il vient de s’installer comme graphiste et graveur indépendant, un audacieux pari sur l’avenir.

Depuis combien de temps êtes-vous malentendant ?

Je suis sourd profond de naissance, pour une raison inconnue, même si je dis parfois que je suis malentendant, car les gens ne font pas la différence.

Êtes-vous appareillé ?

Jusqu’à l’âge de 13 ans, j’ai porté des prothèses auditives. Puis, lorsque cette technologie s’est généralisée, on m’a posé un implant cochléaire, ce qui a bien amélioré la situation. Avant cela, j’étais bien moins réactif au bruit.

Où avez-vous suivi votre scolarité ?

Au début, j’ai fréquenté une école pour sourds, à Genève où je suis né et où j’ai grandi, en même temps que je commençais une école normale, selon le souhait de mes parents. Mes parents ne souhaitaient pas que je sois trop isolé dans un milieu pour sourds.

Et comment se sont déroulées vos études ?

J’ai bénéficié de la présence d’une codeuse-interprète LPC pour mes cours. Tout s’est donc bien passé la plupart du temps, même si parfois, à l’école, j’étais considéré comme quelqu’un de différent, puisque je ne rentrais pas dans le moule (rires) !

Et qu’avez-vous fait après votre scolarité obligatoire ?

Depuis tout petit, je suis passionné de bande dessinée. La bande dessinée m’a d’ailleurs beaucoup apporté dans l’apprentissage des subtilités du français. Alors pour trouver un compromis, j’ai suivi un apprentissage en graphisme, le métier qui me rapprochait le plus de la BD.

Cet apprentissage a-t-il été facile ?

Oui et non. Là encore, l’apport des codeuses-interprètes a été déterminant. Mais ce qui est difficile, c’est de devoir toujours courir à droite et à gauche pour obtenir les informations dont on a besoin. Et là, la codeuse ne suffit pas, d’autant que mes collègues étudiants ne faisaient pas vraiment preuve d’esprit de solidarité, ce qui est légitime d’ailleurs, dans le sens où c’était à moi de communiquer mes besoins ! Heureusement, en tant que fils unique, j’ai très tôt appris à compter sur moi-même !

Vous obtenez votre diplôme de graphiste en 2005. Que faites-vous ensuite ?

J’ai suivi pendant trois ans une autre formation dans une HES à Genève, cette fois en communication visuelle (rires). Ensuite, après avoir suivi de nombreux stages dans des entreprises, qui en général utilisent les stagiaires comme bouche-trous, j’ai fini par décrocher un contrat de graphiste en 2013, dans le canton de Vaud. Ce n’est pas rien, car en Suisse romande, chaque année 80 à 100 nouveaux graphistes arrivent sur le marché!

Et comment s’est passée cette première expérience professionnelle ?

Bien, si ce n’est qu’au bout de quelques temps, j’ai été licencié, hélas pour des raisons économiques. Ma surdité n’a joué aucun rôle dans ce dénouement.

Que faites-vous alors pour rebondir ?

J’ai décidé de me mettre à mon compte, comme indépendant. Cela correspond à mon caractère, de ne pas être dirigé, de faire les choses par moi-même et de pouvoir prendre des initiatives. Toute ma vie, qu’elle soit professionnelle ou sociale, j’ai toujours dû prendre des initiatives, pendant que les autres avançaient tranquillement. J’ai interprété cette citation de la Bible, « Lève-toi et marche », comme une invitation à faire les choses par moi-même.

Et comment cela se passe-t-il ?

Pas mal, même s’il faut beaucoup prospecter. Mais je ne regrette pas et j’entends bien continuer dans cette voie, même si, pour joindre les deux bouts, j’exerce aussi, toujours comme indépendant d’ailleurs, le métier de graveur sur étiquettes. J’ai très tôt appris à faire des compromis !

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Propos recueillis par Charaf Abdessemed