Thomas Magnin: « j’aurais aimé bien entendre ! »

Avec une importante déficience auditive, et une adoption dès les premiers mois de sa vie, l’avenir de Thomas Magnin aurait pu paraître des plus sombres. Vingt ans plus tard, ce jeune homme charmeur, pugnace et plein d’humour mord la vie à pleine dents. 

Comment êtes-vous devenu malentendant ?

Comme je suis né au Liban et que j’ai ensuite été adopté par une famille suisse, j’ignore d’où vient ce handicap. Cela date certainement de ma naissance.

Comment avez-vous évolué au sein de votre famille ?

Je suis le seul malentendant. Mes trois autres frères et sœurs, qui ont aussi été adoptés, entendent bien.  C’est donc surtout ma mère qui m’a éduqué, car elle connaît le code et les signes. Mais c’est toujours un peu compliqué pour moi quand tout le monde parle en même temps (sourire) !

Avez-vous souffert de discrimination en raison de votre handicap ?

A l’école primaire, j’étais le seul sourd de ma classe. Mais malgré les moqueries qu’il y avait parfois, j’avais beaucoup d’amis. A l’adolescence et l’entrée au cycle, ces amis ont eu d’autres préoccupations, qui ne m’intéressaient pas, les filles, les sorties, la musique. Je me suis alors senti très seul et j’ai même parfois subi l’agressivité des autres quand j’essayais de m’intégrer dans un groupe.

Qu’y a-t-il de plus difficile à vivre pour un malentendant ?

J’entends très peu et il m’est très difficile de comprendre les autres. La solitude est ce qu’il y a de plus difficile à vivre et cela fait quand même souffrir.

Auriez-vous aimé être « bien entendant » ?

Oui, j’aurais aimé. Tout de même, cela m’aurait bien facilité la vie (grand sourire) !

Être adopté et malentendant, n’est-ce pas une richesse peu commune ?

(Longue réflexion). Je ne crois pas. Ce n’est pas possible !

Que faites-vous aujourd’hui ?

Je suis en 2ème année d’apprentissage de vitrier, à Sion, alors que les cours ont lieu à Morges. Ça me plaît beaucoup, j’ai trouvé le métier qui me convient ! Il faut dire qu’avant de choisir, j’ai fait plusieurs stages, en mécanique, horticulture et boulangerie ! Depuis que j’ai commencé cet apprentissage, j’ai beaucoup travaillé, et aux examens, je suis sorti dans les tout premiers. En plus, mon patron est vraiment content de moi !

Auriez-vous exercé ce métier si vous n’aviez pas été malentendant ?

Non, j’aurais aimé devenir architecte, pour construire des gratte-ciel !

Quel est votre plus grand souhait pour les années à venir ?

J’aimerais beaucoup voyager. En 2006, je suis parti avec ma famille pour un long voyage de sept mois en camping-car, depuis chez moi à Savièse jusqu’à  Hanoï, le long de la Route de la Soie. C’était extraordinaire. Et puis, cette année, avec mon père et une de mes sœurs qui est aussi originaire de là-bas, je vais pour la première fois aller au Liban, rendre visite au Groupe Petit Elias, qui s’occupe d’enfants défavorisés. Et puis un jour, j’aimerais beaucoup aller au Brésil, car j’y ai un ami !

Quels sont vos principaux hobbies ?

Depuis trois ans, je fais beaucoup de football dans une équipe de sourds. Et puis je fais aussi du unihockey, mais cette fois dans une équipe d’entendants (sourire). Et puis, je skie aussi…

Les associations pour sourds et malentendants sont-elles importantes?

Bien sûr, c’est important. Elles permettent de se retrouver. Comme on se comprend, on peut discuter de tout !

Êtes-vous heureux ?

Oui. Mais même si je n’ai pas peur, je suis quand même parfois inquiet. Penser à l’avenir me rend parfois triste.

Propos recueillis par Charaf Abdessemed

*Cette interview n’aurait pas pu avoir lieu sans l’agréable et subtile interprétation en LPC de la codeuse Marie-Luce Délèze.

Légende photo: Thomas Magnin, apprenti-vitrier accompagné de sa codeuse Marie-Luce Délèze.