Travail contre gîte et couvert, l’étonnant voyage d’Olivier Merz en Amérique

Pérou, Californie, Canada. Mais aussi, réceptionniste, baby-sitter, promeneur de chiens, jardinier. Durant près de 4 mois, de novembre 2015 à février 2016, Olivier Merz choisit de découvrir le continent américain en donnant son temps en échange d’un hébergement. Récit d’un périple particulièrement instructif.

De l’autonomie, une soif de rencontres et de découvertes, un goût prononcé pour l’effort, tel est le subtil cocktail qui a conduit Olivier Merz, un jeune malentendant de la région de Nyon, à entamer un incroyable séjour à l’autre bout du monde. Au début du mois de septembre dernier, Olivier s’envole en effet pour Huaraz, une ville du Pérou, pays dans lequel il arrive après plus de 24 heures de vol et 8 heures de bus.

Ce voyage, le jeune homme l’a imaginé de longue date, alors qu’il était encore au gymnase, avant de terminer sa scolarité et d’entamer une année sabbatique bien méritée. Le choix du Pérou non plus n’a pas été fortuit. « J’ai suivi trois années de cours d’espagnol au gymnase et j’avais le souhait de pouvoir le pratiquer un peu. Je souhaitais en outre aller plus loin que les habituels voyages en Europe ou en Afrique du Nord. Alors, quand via des amis en Suisse, j’ai pu avoir un contact au Pérou, je n’ai pas hésité ».

Au Pérou

Le Pérou donc. Mais pas tout à fait comme on se l’imagine, un rien pépère via les circuits touristiques habituels. Non, Olivier a besoin d’autre chose. Alors son crédo durant tout son périple sera simple : chaque fois qu’il le pourra, il échangera gîte et couvert contre son travail. A Huaraz, ville de 130’000 habitants située à plus de 3000 mètres d’altitude, c’est dans un petit hôtel de 7 chambres qu’il va exercer ses talents : accueil et accompagnement de la clientèle, gestion des réservations, traduction pour les voyageurs francophones, etc.

« J’ai adoré cette expérience, vraiment enrichissante, et dans ce pays étonnant je me suis tout de suite senti chez moi, raconte-t-il. J’ai pu avoir énormément d’échanges tant avec la clientèle plutôt internationale, qu’avec les Péruviens, très chaleureux. Huaraz est une ville où il y a beaucoup de jeunes et où la nature aux alentours est superbe, avec de magnifiques lacs de montagne et des panoramas grandioses. Très vite j’ai été dans le bain et j’ai fait aussi bien du trekking que des promenades en ville ».

Après deux mois de travail et de découvertes, se soldant d’ailleurs par une solide amélioration de son niveau en langue espagnole, Olivier quitte le Pérou et s’envole pour… la Californie, avec toujours le même crédo : trouver via le web des hôtes qui l’hébergent gratuitement en échange de ses services. Sauf qu’à l’arrivée à Los Angeles, l’hôte pressenti lui fait faux bond. Il lui faut alors une semaine pour trouver un plan B, sur la côte nord, en bord de mer, à Carpinteria. Sa tâche cette fois est fort différente : il travaille pour un couple de retraités et doit jardiner, couper des branches et même sortir promener les chiens. « Durant trois semaines, ça a été une expérience assez spéciale, sourit-il. Disons que madame était une caricature d’Américaine, à la fois sympathique et maniaque. Et puis, c’était assez marrant, je n’avais jamais promené de chiens avant dans ma vie ! »

A la fin du mois de novembre, il reçoit en outre la visite de son père, venu à l’occasion de l’anniversaire de ses 19 ans, puis de ses grands-parents. En janvier, et après avoir découvert San Francisco, une ville exubérante et séduisante avec ses quartiers si divers et un esprit d’ouverture exceptionnel, c’est à Vallejo qu’il prend racine durant 10 jours, hébergé sans contrepartie par une vieille dame qui avait connu les grandes heures du mouvement hippie :« ça a été très enrichissant de pouvoir discuter avec elle et ses amis artistes, dont chacun avait un profil et une histoire de vie passionnants ».

Baby-sitter au Canada

Faute d’avoir trouvé de nouveaux hôtes, le jeune homme décide ensuite d’abréger son séjour californien et de rejoindre le Canada, deux semaines plus tôt que prévu. « Mon contact à Squamish, en Colombie-Britannique était disposé à me recevoir plus tôt. Je n’ai pas hésité et j’ai pris l’avion pour Vancouver ». Squamish, ville « refuge » pour jeunes couples en quête de loyers plus abordables est connue pour sa superbe nature. Olivier y restera trois bonnes semaines, à expérimenter une toute nouvelle activité : le jeune homme se mue en effet en « baby-sitter » devant gérer deux enfants de 3 et 7 ans, chaque jour de 16 à 23 heures, pendant que leurs parents officiaient dans leur restaurant.

« Là, il a bien fallu apprendre à interagir avec des enfants, prendre le temps de gagner leur confiance pour en obtenir des choses. C’est le genre de travail où on apprend beaucoup ! » Petit détail qui n’a pas échappé à Olivier : le père de famille était lui-même malentendant, issu d’une famille de malentendants et dont aucun membre n’était hélas appareillé, en raison du système d’assurance canadien qui ne couvre pas ce type de prestation.

Après s’être éclipsé une semaine pour rejoindre un ami de gymnase non loin de là, pour s’adonner aux joies du ski dans l’ancienne station olympique de Whistler, Olivier retourne terminer sa mission de baby-sitting avant de rentrer en Suisse le 13 février. Non sans éprouver une intense satisfaction après ce voyage peu commun : « partout, en particulier au Pérou, la chaleur et la confiance des gens m’ont énormément surpris. J’ai énormément appris en termes de contacts humains, mais aussi sur moi-même ». Et de conclure : « ce voyage m’a permis non seulement de consolider ma confiance en moi, mais aussi d’acquérir une harmonie certaine ».