Vallée de Joux: Jean-Paul Guignard, un demi-siècle au service des malentendants

52 ans !!! C’est la durée exacte que Jean-Paul Guignard, du Sentier, aura passée à la tête de l’Amicale des malentendants de la Vallée de Joux, jusqu’à son départ en 2013. Un mandat particulièrement riche, à l’image de cet homme de bonté et de foi qui l’a assumé sans relâche pendant plusieurs décennies. Portrait d’un ex-président, féru de sciences et passionné par l’insondable mystère de la Vie.

Tout a commencé en 1960. Le jeune Jean-Paul est alors âgé de 28 ans, quand il est pressenti par le président de l’ancienne Amicale des malentendants de la Vallée de Joux, qui souhaitait passer la main. Une amicale dont le père de Jean-Paul Guignard était déjà lui-même membre du comité. « Je les connaissais et ils me connaissaient donc bien », se souvient M. Guignard. « Je suivais leurs activités et il m’arrivait même de participer à leurs sorties. »

Pourtant, le premier réflexe du jeune Jean-Paul est plutôt de décliner l’offre. Trop jeune, trop occupé par ses hobbies et ses activités professionnelles dans un laboratoire de recherche sur les aciers. Sauf que très vite, le candidat approché se ravise. « Je suis très croyant, se souvient-il, et j’ai beaucoup réfléchi. Une nuit, j’ai reçu, il n’y a pas d’autre mot, un appel très particulier qui m’a profondément retourné et indiqué la voie à suivre. Du reste, l’ancien président me l’avait prédit : cela ne t’empêchera pas de mener à bien tes projets, et il avait bien raison ! ».

Sorties variées

Voilà donc notre jeune homme, lui-même malentendant, engagé à la grande joie de l’ancien président et de Mathilde Le Coultre, la fondatrice de l’amicale, quelque 30 ans plus tôt, dans une présidence qui allait durer… cinq décennies.

Durant plus de 50 ans, Jean-Paul Guignard, soutenu par ses comités successifs, fera ainsi vivre l’Amicale de la Vallée de Joux grâce, pour l’essentiel, à l’organisation de sorties annuelles, toutes plus variées les unes que les autres. « Nous avons beaucoup de chance à la Vallée d’avoir de nombreux lieux d’accueil pour organiser des rencontres. Surtout qu’au début de ma présidence, l’amicale comptait encore beaucoup de jeunes, et on organisait même des sorties de ski ainsi que de nombreuses excursions en car, en Suisse bien sûr, mais aussi en France ! »

L’autre grand volet de la présidence était sans conteste la gestion et l’animation du petit journal de l’amicale, intitulé « Que dit-on ? ». « C’était la charge de travail la plus lourde », explique Jean-Paul Guignard. « Il fallait être très régulier, trouver des idées d’articles, les traiter, et je consacrais de nombreux sujets à la nature, qui est l’une de mes grandes passions. Heureusement, l’arrivée de l’ordinateur m’a beaucoup facilité la tâche ! »

« Jamais envie d’arrêter »

Au fil des années, l’amicale se développe, passant d’une vingtaine de membres à plusieurs dizaines dans ses belles années. Le plus grand changement observé en 50 ans ? Sans conteste, le développement des appareils auditifs, de plus en plus perfectionnés, le traitement chirurgical de l’otospongiose qui a permis à bien des malentendants ou sourds de quasiment guérir, et bien sûr, « l’arrivée des assurances sociales, AVS et AI ».

« En 50 ans, je n’ai jamais eu envie d’arrêter », ajoute encore Jean-Pierre Guignard. « A vrai dire, je ne me suis même jamais posé la question. Car cet engagement ne m’a jamais coûté qu’une contribution régulière. Mais une chose est sûre : sans l’appui du Seigneur, je n’aurai pas réussi, ni cette présidence, ni tous les autres projets de ma vie d’ailleurs ! Et puis, cet engagement m’a beaucoup apporté, aussi bien sur le plan humain que sur le plan intellectuel avec le journal de l’amicale. »

Il y a deux ans, le président Guignard décide de passer le flambeau. Des soucis de santé et l’âge aidant le conduisent à se chercher un successeur, trouvé en la personne de Pierre Badoux (Lire aux écoutes numéro 69) avec « le sentiment de la mission accomplie, le sentiment d’avoir été utile à la collectivité ».

Avec une question : comment expliquer l’exceptionnelle longévité de Jean-Paul Guignard à cette responsabilité ? On l’a compris, le Combier est un homme de foi et de mission. Et derrière cette abnégation et ce sens du bien commun se cache un authentique passionné. Passionné par ses contemporains certes, mais aussi passionné par la vie, dont, toute son existence il aura cherché à percer les insondables mystères.

Insatiable curiosité

Car c’est cette insatiable curiosité, « le fondement de ma vie ! », cet éternel questionnement sur l’Homme et ses origines qui le conduiront à s’intéresser à la nature, plus particulièrement à l’Evolution bien sûr, mais aussi à la géologie et aux minéraux dont la Vallée de Joux est si riche, devenant au passage membre de la Société vaudoise des sciences naturelles. D’autres disciplines scientifiques suscitent également son intérêt : la paléontologie fort logiquement, et la microbiologie, discipline à laquelle il aura consacré un superbe film, tourné à l’aide d’un microscope (!) et intitulé « A l’autre bout de la vie, la vie à l’autre bout du temps ».

« J’ai toujours ressenti la foi et les sciences comme deux activités spirituelles intimement liées », conclut l’infatigable scientifique, qui garde sa curiosité intacte et affiche une authentique sérénité. « J’ai désormais 82 ans et j’ai trouvé dans la Bible tous les renseignements nécessaires pour ne pas avoir peur de la mort. J’arriverai donc au bout sans regrets et avec la conviction que la vie continue. La vie prend d’ailleurs tout son sens quand on découvre avec la foi que l’Homme est sur Terre précisément pour répondre aux bontés de Dieu ! »

ChA