Vaud : Un congrès pour mieux… s’entendre

Le 14ème congrès de forom écoute, tenu le 24 mai dernier, a connu l’affluence des grands jours. Pas moins de 140 personnes y ont participé. Objectif de la journée : tenter de mieux cerner la complexité des relations qui unissent entendants et malentendants. Le tout bien sûr, dans la convivialité et la bonne humeur, et… non sans émotions !

Une journée entière ! C’est une journée entière qui a été consacrée, lors du dernier congrès de forom écoute, le 24 mai dernier, à cette épineuse et lancinante problématique : « Malentendant et entendant : mieux se comprendre ». Une question qui revient depuis tant d’années comme un leitmotiv et qui évidemment, n’aura pas trouvé de réponse définitive au cours de cette journée. Mais dans l’intervalle, que d’émotions, d’échanges, de pas réciproques vers une meilleure compréhension mutuelle !

Et bien entendu, il n’est point de congrès réussi sans un début convivial autour d’un café-croissants, et les 140 participants se sont adonnés à ce petit déjeuner avec autant d’appétit que d’enthousiasme. Un petit déjeuner qui très vite, a laissé place, dès 9h30, au début des festivités, avec la traditionnelle allocution de bienvenue de Michèle Bruttin, la présidente de forom écoute.

Extraits sonores

Puis, comme pour entrer dans le vif du sujet avec un maximum de douceur et de convivialité, ce sont deux jeunes malentendantes, Solène, membre du Conseil de fondation, et Fiona, toutes deux membres actives de la Commission Jeunesse de forom écoute, qui ont, avec leur bonne humeur coutumière, ouvert le bal, par des extraits sonores particulièrement édifiants : et pour cause, chacune d’entre elles a diffusé, en forme de regards croisés et devant une assistance particulièrement attentive, des enregistrements de ce qu’elle entend lorsqu’elle ne porte pas ses appareils auditifs. Comme il n’est point de meilleure démonstration que par l’exemple, bien des entendants présents dans l’auditoire, ont pu se rendre compte, pour la première fois de leur vie, de ce qu’était la réalité sonore d’un malentendant.

 

Ce sont ensuite deux observateurs particulièrement avisés de l’interaction malentendant-entendant qui ont succédé aux deux jeunes femmes. Jean-Louis Dorey, psychologue clinicien et thérapeute familial psychanalytique à Lyon, accompagné de sa collègue Michelle Mura, ancienne enseignante puis directrice pédagogique au Centre de rééducation de l’ouïe et de la parole (CROP) de Lyon, ont fait bénéficier l’assistance de leur longue expérience en matière d’accompagnement familial d’enfants malentendants et sourds. Et c’est la complicité de ces deux orateurs, profitant aujourd’hui d’une retraite aussi active que méritée, qui a fait merveille.

Entre les générations

Complémentaires dans leur vie professionnelle, mais aussi en tant qu’orateurs, ils ont exposé un très édifiant exemple « d’intégration de la malaudition dans une dynamique transgénérationnelle ». Plus simplement, l’objectif de leur exposé et de leur démonstration a été de montrer à une assistance très intéressée, et dont certains membres ont pu se reconnaître dans les situations exposées, comment les souffrances liées au sournois handicap de la malaudition peuvent occasionner des difficultés aux générations suivantes, y compris lorsqu’elles sont entendantes.

En deuxième partie de matinée, les convives ont été invités à découvrir le superbe témoignage d’une malentendante pas tout à fait comme les autres. Comédienne parisienne, Isabelle Fruchart n’a vu ses troubles auditifs diagnostiqués que lorsqu’elle avait 26 ans, alors qu’elle mettra encore une bonne décennie avant de s’appareiller.

Un parcours sinueux vers l’acceptation de sa propre audition, mais qu’elle relatera avec brio dans une pièce de théâtre en forme de monologue intitulée « Journal de ma nouvelle oreille ». Alors bien sûr, cette oratrice hors pair et pétillante, alliant brio et gentillesse, et passant imperceptiblement d’extraits de son spectacle aux réponses aux questions du journaliste, n’a pas manqué de séduire l’auditoire, au sein duquel elle a tour à tour soutiré, rires et gravité dans d’intenses moments d’émotion.

Après avoir partagé leurs repas avec les participants au congrès, les orateurs ont ensuite été soumis au feu roulant des questions, durant toute l’après-midi. Des questions qui ont démontré une fois de plus, l’importance pour les malentendants de voir leur handicap pleinement reconnu à sa juste gravité.

Car une chose est sûre : la souffrance et l’incompréhension se dissolvent dans l’échange, le dialogue et les rencontres. Une preuve supplémentaire s’il en était encore besoin, que le congrès de forom écoute, véritable agora qui réunit chaque année un grand nombre d’entendants et de malentendants, remplit une authentique mission d’intérêt public.

 

ChA