Virginie Michel, de la surdité à l’HEP

Faire du handicap une force, c’est toute la démarche de cette jeune Fribourgeoise bien dans sa peau, née avec une surdité héréditaire et qui vient de décrocher le diplôme lui permettant d’enseigner.

« Je suis née comme ça, c’est dû à un problème congénital de l’oreille interne. Je ne me suis jamais sentie différente ou minorisée, puisqu’à la maison, nous étions 3 personnes sur 5 à souffrir du même handicap. Chez nous, c’est au fond un peu une habitude ! » Pour Virginie Michel, une jeune Fribourgeoise de 23 ans, sympathique et bien dans sa peau, le handicap lié à la mal-audition n’a  jamais véritablement représenté un problème. Et pour cause : chez les Michel, ces problèmes sont une affaire de famille, puisque le handicap qui a affecté d’abord le papa, a été transmis à deux des trois enfants.

Accepter

Résultat : dès l’âge de 6 mois, la perte d’audition de la jeune Virginie était diagnostiquée, puis traitée par un appareillage posé à 2 ans qui lui a permis de récupérer plus de 80% de son acuité auditive. Avec à la clé, la possibilité de mener une vie tout à fait normale, à commencer par une scolarité menée dans un établissement ordinaire. « Dans notre école, il n’y avait que moi et mon frère à porter un appareil, raconte la jeune femme. Pour moi, porter un appareil auditif, c’est aussi banal que porter une paire de lunettes. En réalité, je pense que c’est parce que j’accepte ma différence que les autres l’acceptent. Ainsi, à l’école, j’ai tout de suite annoncé la couleur à mes camarades ! » Avant de se raviser quelque peu, non sans lucidité : « Je ne suis peut-être pas un bon exemple. Je suis née avec ce handicap, c’est donc plus facile à accepter. Je conçois que pour ceux qui perdent leur audition, cela soit bien plus difficile ! »

Avec une telle philosophie de vie, Virginie est devenue championne dans l’art de positiver et de privilégier la fameuse « partie pleine de la bouteille ». « Bien sûr qu’il y a des avantages à être malentendant ! Croyez-moi, savoir lire sur les lèvres peut être un atout considérable, dans un bar ou dans une classe quand les gens bavardent. Autre exemple, la nuit, j’enlève toujours mes appareils. Je dors tellement bien, je n’entends aucun bruit, ni orages, ni rien. C’est quand même bien, non ? » Et d’ajouter, avec une lueur malicieuse dans les yeux : « Au collège, il m’est même arrivé de les éteindre une ou deux fois, quand je m’ennuyais un peu ! »

Richesse

Plus sérieusement, la jeune femme considère que son handicap est « incontestablement une richesse, puisqu’il lui permet d’être ouvert au monde du handicap en général ». Au point d’ailleurs d’en faire un objectif de vie : la jeune femme vient en effet d’obtenir un diplôme de la Haute Ecole Pédagogique (HEP) qui lui permet d’enseigner au primaire. Avec une perspective à moyen terme : se former par la suite en pédagogie curative pour pouvoir enseigner aux malentendants et aux personnes handicapées en général.

Même si la toute nouvelle diplômée affiche une modestie réelle, nul doute que le parcours en HEP n’a pas forcément été de tout repos, malgré ses appareils auditifs. « En réalité, précise-t-elle, c’est surtout les cours de musique qui m’ont posé des problèmes. Il a toujours été très difficile pour moi de chanter juste. Or dans cet enseignement, c’était vraiment important. Heureusement j’ai compensé en jouant de la flûte et de la guitare, et en travaillant beaucoup avec une amie de l’école qui jouait du piano. Et puis, j’ai appris à connaître mon corps. Par exemple, je sais à peu près où ma voix se place selon le degré de tension que je ressens dans ma gorge ! »

Très volontaire, la jeune femme a en outre mené une vie tout à fait ordinaire d’étudiante. Avec ses hobbies, natation, lecture, basket, mais aussi avec ses contraintes. Car Virginie a en outre travaillé pendant ses études, en s’occupant très longtemps de colonies de vacances pour enfants, mais aussi en travaillant pour la Farandole, la fondation fribourgeoise d’aide aux enfants et adolescents mentalement handicapés.

Cap sur l’Asie

Fraîchement diplômée, Virginie entend d’abord s’offrir… des vacances bien méritées. Objectif : un grand voyage de quatre mois en Asie, d’abord en Malaisie chez des amis, puis en Australie où elle rejoindra des membres de sa famille établis à Sydney. « J’ai une famille très ouverte, constate-t-elle. Cela vient du handicap, qui donne l’habitude de la différence, mais il y a aussi chez nous une tradition du voyage : mes frères voyagent beaucoup, mes parents et mes grands parents aussi. Finalement, j’ai eu beaucoup de chance d’avoir évolué dans un tel environnement qui m’a permis de me développer ! »

Reste bien entendu la cruciale question des enfants. Pour la jeune Fribourgeoise, la perspective d’une éventuelle maternité demeure lointaine, même si elle avoue que « trois enfants feraient un très bon chiffre ». Mais l’enjeu est ailleurs, dans la transmission du handicap dont elle a hérité de son père. « A vrai dire, ça ne m’angoisse pas plus que ça ! Si, je ne le transmets pas, c’est tant mieux, et si je le transmets, c’est OK. Après tout, j’ai eu un très bon exemple à la maison, puisque mes parents l’ont très bien accepté et géré. Mais c’est vrai que je n’ai peut-être pas encore très bien approfondi la réflexion ! »

Charaf Abdessemed