Yutaka Ito: « Le piano, ma grande passion ! »

Né à Genève il y a 19 ans d’une mère suisse alémanique et d’un père japonais, YutakaIto respire la joie de vivre. Et pour cause: son prénom en japonais, signifie… « plénitude ». Rencontre avec un jeune homme plein de vie et de… sagesse.

Que faites-vous dans la vie ?

Après l’école obligatoire, j’ai entamé en 2007 un apprentissage en ferblanterie et installation sanitaire. Je passe d’ailleurs en juin prochain mon diplôme de ferblantier… C’est un métier que j’ai choisi, car j’aurais tout à fait pu aller au collège. Mais ce qui me plaisait c’était l’aspect très concret du travail, puisque cela consiste à faire l’étanchéité de la toiture des bâtiments. Mais dans mon école, je reste l’un des seuls à lire des bouquins… (rires)

Comment êtes-vous devenu malentendant?

On ne sait pas, c’est de naissance. J’ai une perte auditive de 50% à droite, alors que l’oreille gauche entend parfaitement. Je suis appareillé, mais je n’utilise mon appareil auditif que très rarement, car je n’en ai pas vraiment besoin, sauf quand je suis très fatigué et que j’ai besoin de me concentrer… Le problème, c’est que l’appareil amplifie tous les sons. Et dans mon métier, comme je tape la tôle, je n’ai pas vraiment besoin d’amplifier ! (grand rire)

Comment avez-vous connu forom écoute ?

A la fin de l’école obligatoire, forom m’a décerné le Prix aux élèves malentendants. J’étais d’ailleurs très surpris qu’une telle institution existe. C’est génial que des gens qui ont des difficultés communes se regroupent ainsi, c’est vraiment une initiative heureuse !

Quels sont vos principaux hobbies ?

Ah, je fais deux fois par semaine un sport de self-défense. J’aime beaucoup lire et il m’arrive fréquemment de lire deux ou trois livres en même temps ! Et puis, depuis quatre ans, j’ai découvert le piano qui me prend beaucoup de temps !

Le piano ? D’où vous vient cette passion ?

Je ne sais pas, c’est venu comme ça ! En fait, j’ai eu un super prof, avec de très grandes connaissances musicales. J’adore Haydn, Bach, Mozart, et sur mon mp3, il n’y a que ça !Lors de la dernière Fête de la musique, j’ai assisté à un concert à Genève. La salle était remplie, mais le concertiste n’était pas encore là. Alors, je suis monté sur scène et j’ai joué la « Marche turque »…

Comment a réagi le public ?

Bien, les gens ont applaudi ! En fait, j’aimerais bien devenir concertiste, mais il y a beaucoup de concurrence, j’ai commencé tard et j’ai beaucoup de lacunes ! Et puis, il me faudrait mettre toute ma vie de côté pour le piano, et je n’en ai pas vraiment envie !

Quels sont vos projets ?

Je suis en couple depuis sept mois et je crois que j’ai trouvé la femme de ma vie ! Dans sept ou huit ans, lorsque j’aurai une situation financière stable, j’aimerais vraiment avoir des enfants. Et puis, j’aimerais bien voyager, peut-être aller au Japon pour apprendre la langue !

Finalement, vous êtes un garçon très sage…

(Grand rire) Oui, mes rêves sont simples… J’apprécie juste le fait d’avoir une famille, des parents en bonne santé, des trucs simples de la vie! Au lieu de demander toujours plus, il faut apprécier ce que l’on a et vivre l’instant présent, car ça change tout! Et tout ce que l’on vit nous construit: les difficultés et les joies font ce que nous sommes !

Propos recueillis par Charaf Abdessemed